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 don't drink or even drive → Ezio

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MessageSujet: don't drink or even drive → Ezio   Jeu 4 Sep - 15:05

Smyrna, petite ville du Maine, autant dire le trou du cul de l’Amérique du Nord, si pas du monde entier. Il devait être environ sept heures du matin mais Daneel était debout depuis deux heures au moins et pédalait à présent sur sa jolie bicyclette pour rentrer le plus rapidement à la ferme afin d’éviter tout un tas de questions gênantes. Quand on tenait à tout prix à être l’une des rares communautés Amish à frayer avec des anglais, il fallait s’attendre à ce que les jeunes soient plus souvent soumis à la tentation de s’aventurer toujours un peu plus loin sur les terres de ces gens vivant quotidiennement avec eau courante et électricité. La culpabilité la rattrapait bien, de temps à autres, mais elle se souvenait qu’elle était le vilain petit canard de sa famille, de toute façon, et que c’était dans ses gènes plus que dans sa tête. En effet, Daneel avait été adoptée très jeune et le même sang ne coulait pas dans ses veines, ce qui se démontrait par le fait qu’elle ne sache pas parler ce foutu dialecte allemand que tout le monde s’employait à parler à la maison. Ce n’était pas faute d’avoir essayé à maintes reprises mais sa langue fourchait et elle butait sur un si grand nombre de mots qu’ils avaient tous finis par renoncer et ne s’adressaient désormais plus à elle qu’en anglais.

Mais le véritable scandale, c’était le jour où elle était rentrée de la ville avec une paire de lunettes de soleil qu’elle avait payé deux dollars cinquante. Elle avait bien cru que sa cousine – l’une d’entre elles, car tout le monde est un peu cousin, chez les Amish, c’est la fête de la consanguinité tous les jours – allait en faire une jaunisse puisque c’est rigoureusement interdit. Allez savoir pourquoi, c’est vu comme le summum de la vanité. Sa ferme émergeait du brouillard au même moment où elle fonçait sur un buggy avec sa bicyclette, il s’en était fallu de peu mais elle ne prit même pas la peine de s’excuser, il fallait qu’elle rentre au plus vite. Si on lui demandait où elle était, elle dirait tout simplement qu’elle était partie vendre un lapin ou n’importe quoi, ultra bio bien sûr, et ça ferait bien l’affaire mais, pour l’heure, elle devait rentrer, pour une raison particulière, qui plus est. Sa communauté, dans l’optique de prouver au reste de l’état qu’elle était une communauté avant-gardiste, hébergeait un anglais. Un fugitif, à vrai dire, Daneel l’avait appris en fouinant quelque peu et en laissant traîner une oreille là où il ne fallait pas. Mais c’était à peu près tout ce qu’elle savait, elle ne connaissait ni la raison de cette fugue, ni pourquoi sa communauté avait accepté de le planquer, rien de tout ça et elle s’en fichait, elle s’en irait une fois majeure, ce qui n’était plus qu’une question de mois. Mais apparemment, elle était une des rares personnes à être au courant.

Toujours est-il que ce matin-là, ils recevaient la visite d’autres anglais cherchant le premier. Ceux-ci ne s’étaient pas annoncés mais tout finit toujours par se savoir, surtout chez les Amish et surtout quand ça concerne des anglais. Une fois arrivée, la jeune fille balança sa bicyclette dans un buisson et courut rejoindre ses parents, dont sa mère qui s’empressa de remettre sa coiffe comme il le fallait pour faire bonne impression. Elle la repoussa d’un geste impatient de la main et s’en chargea toute seule alors que les anglais débarquaient. En passant un jour devant un magasin qui vendait des télés, elle avait vu la reine d’Angleterre faisant une entrée à peu près semblable mais bien plus sécurisée. Et l’espèce de colosse qui descendit de voiture n’avait rien de comparable avec la reine d’Angleterre, c’était le moins que l’on puisse dire. Daneel était déjà grande, elle dépassait d’une bonne tête ses parents qui eux, étaient tout petits, mais lui, c’était encore pire. Tout bronzé, il dénotait franchement parmi tous ces visages blafards et puis il avait l’air tellement sûr de lui que ça ne devait pas du tout plaire aux autres, encore moins à leur chef, cela va de soi.

Elle parcourut la mini-foule du regard pour s’apercevoir que l’anglais à qui ils offraient l’hospitalité depuis plusieurs semaines, maintenant, n’était pas présent. Il devait se terrer dans l’une de leur grange à tous les coups, et Daneel avait très envie de s’éclipser pour trouver laquelle et le balancer. Si elle devait choisir un camp, ça serait celui du géant basané plutôt que celui du fuyard. Déjà qu’il leur mentait à tous, suite à un arrangement quelconque avec le chef, elle n’était pas prête de lui accorder sa confiance. Mais elle attendrait de voir comment les choses se passaient. Du moins c’est ce qu’elle pensait avant de voir que cette rencontre s’éternisait et qu’ils n’avaient pas l’air d’avoir envie d’arrêter de s’échanger des politesses. Elle avait surestimé sa patience et, après un bref coup d’œil aux autres Amish qui attendaient sans broncher avec de grands sourires, comme dans le village des damnés – des fois elle s’asseyait sur le trottoir devant le magasin et regardait au moins la moitié du film qui passait – mais version adulte et nettement moins décolorée, elle se décida à aller faire un tour du côté des granges, résolue à trouver l’autre. Le jour où Stephen King viendrait leur rendre visite, là elle serait d’accord de faire le pied de grue sans moufter jusqu’à ce qu’il reparte, mais sinon…

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Jeu 4 Sep - 21:10

Une chose était sûre, ces gens-là savaient accueillir les touristes. Sérieusement, Ezio crut pendant quelques secondes qu’il était arrivé en pleine veillée funèbre. Ces gueules ! La vie au grand air donnait des couleurs et de la bonne humeur, en temps normal, mais il n’aurait pas été étonné d’apprendre que ceux-là vivaient dans des caves. Pas un coucou, pas un sourire, pas un « hey, salut, ça va ? » et même pas un regard un tant soit peu éveillé. A part qu’ils étaient tous là en rond autour de lui à le mater comme s’ils venaient de sortir de sa soucoupe volante mais qu’ils y étaient totalement habitués. Et que les aliens dans son genre, ils les mettaient au bûcher. Ezio songea que c’était un peu cette impression qu’avaient dû ressentir les sorcières à Salem au moment où elles étaient pointées du doigt devant toute la population de la ville. Pourtant, Ezio ne se considérait pas comme menaçant. Il avait vingt-cinq ans, le sourire facile, le sourcil charmeur, avait débarqué dans son tout terrain noir lustré, ses raybans accrochées au tee-shirt parce que le même le soleil devait s’emmerder dans cette région grise et morne et qu’il aurait eu l’air con à les porter, ses deux flingues à la ceinture et sa carabine à plomb lourd à la main. Le plomb lourd, c’était pour les récalcitrants. Loger du plomb dans le cul d’un bonhomme, ça le calmait sans le tuer. Les flingues, c’était vraiment pour tuer. D’abord pour se défendre lui, ensuite pour tuer. Et son but, ça n’était pas de tuer, parce que la plupart des criminels après lesquels il courait devait être livrés en vie pour passer en jugement ensuite. Un criminel mort, c’était la moitié seulement de la paye.

Ce criminel-là en particulier était un sacré coriace. Ezio le traquait depuis Houston, sa terre natale et aussi celle du bonhomme, qui devait sacrément vouloir lui échapper pour en venir à se terrer ici, à l’autre bout du pays, à l’extrême frontière, presque dans la taïga canadienne, et dieux que ce coin était déprimant ! Ezio dépérissait sans soleil ni chaleur, et puis cette humidité, et ce froid ! Il était quand même en tee-shirt, mais il regrettait bien de ne pas avoir pris son blouson en cuir. Le type s’appeler DyEon, ce qui pour Ezio n’était pas un nom, plutôt un surnom de gang débile. Et Dyeon – tant pis pour sa majuscule merdique – avait effectivement un petit gang, prêt à tout pour l’aider. Mais gang ou pas, Maine ou pas, il ne pourrait pas lui échapper. Ezio n’avait pas fait tout ce chemin pour abandonner. Même s’il avait passé les trois derniers jours à tourner en rond dans ce coin verdoyant où tout se ressemblait, les forêts, les villes de cinquante habitants et les routes pourries, droites et interminables. A force de secouer le neuneu qui tenait la station-service la plus proche, Ezio avait enfin pu retrouver la piste de Dyeon. Eh ouais, l’essence, ça nécessitait un arrêt obligatoire. Le chasseur de primes avait donc débarqué dans ce charmant petit village visiblement habité par une créature suceuse d’énergie vitale et de ses cent coquilles vides humaines contrôlée à distance. Il n’avait jamais vu des regards aussi morts – et aussi accusateurs, aussi. Il préférait ne pas croiser les yeux de ceux qui lui souriaient comme des cannibales.

Ezio salua au hasard d’un geste et eut droit à des moues outrées en retour. Toutes ces barbes ! Et ces looks de vieux ! Franchement, son esprit avait déjà additionné un et un mais luttait encore pour repousser l’horrible vérité. Même si la charrette tirée par un bœuf qui passait dans le fond, remplie de foin et menée par deux gamines en robe de vieille, ne fit que confirmer ses craintes. Bon bon. Il s’approcha d’un type au hasard et lui tendit la main, parce que, comme disait sa mère, être poli, ça ne coûtait rien, et ça excusait tout, ensuite. Le barbu ventru regarda sa main, puis releva les yeux sur lui d’un air méfiant.

« Je cherche un homme qui a été vu dans le coin. Grand, maigre, grand consommateur de crystal meth, ça se voit pas mal sur son visage… Youhouuuu ! »

Le type ne l’écoutait visiblement pas vraiment. Mais la façon dont il avait baissé les yeux d’un air buté dès qu’Ezio avait commencé à décrire Dyeon lui suffisait. La petite enflure était là. Cette bande de ploucs le cachaient et il se demandait bien pourquoi. C’était peut-être dans un délire chrétien d’offrir l’hospitalité à qui conque venait frapper à leur porte, sauf que bon, Dyeon avait une tête de psychopathe, tout de même. Il se tourna vers la foule et haussa la voix.

« Quelqu’un peut me renseigner, parmi vous ? »

Grognements de négation, yeux qui se baissent, silences. Okay, l’omerta, quoi. Bon eh bien, ploucs ou pas ploucs, Ezio était encore sur la glorieuse terre des États-Unis aux dernières nouvelles, de justesse, mais quand même, et ça voulait dire qu’il pouvait circuler librement dans ce village de dégénérés. Il haussa les épaules, récupéra ses affaires dans sa voiture qu’il ne prit même pas la peine de verrouiller et parcourut les lieux du regard. Par où commencer ? Va pour les granges, allez ! Il s’y dirigea de son pas tranquille et dansant de type qui vient du sud, sa carabine coincée sous son bras. Il y avait une chance pour Dyeon soit au courant de sa présence. Lors de leur dernière confrontation, dans le New Jersey, ce petit drogué de merde était armé. Ezio commença par faire le tour du plus proche bâtiment, et en tournant au coin d’un mur, faillit heurter une gamine qui se tenait plantée là. Enfin, une gamine, plus tout à fait, surtout qu’elle était grande. Sapée comme tout le monde ici, c’est-à-dire horrifiquement, mais elle n’avait pas l’air mal dégrossie et paysan des autres femmes du coin. On aurait dit qu’elle portait un déguisement, en vérité, qui lui allait mal, qui plus. Et elle était très belle. Et très mineure, probablement. Et elle avait l’air très énervée, aussi, ce qui changeait de tous les autres.

« Salut, fillette. Dis voir, il y a une autre façon d’entrer dans cette grande à part par la porte principale ? »

Peut-être qu’à force de demander, quelqu’un finirait par lui répondre.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Ven 5 Sep - 15:14

Chercher quelqu’un dans des granges d’Amish revenait à chercher une aiguille dans une botte de foin, et c’est là que c’est très ironique, car elles étaient pleines de bottes de foin, ces granges. Ce n’est pas qu’elles soient très différentes des granges d’anglais, c’est juste qu’il y en a plein et qu’il faut bien débuter par l’une d’entre elles. La plus proche pour commencer même si Daneel était pratiquement certaine de ne pas l’y trouver. Ça serait bien stupide parce qu’il devait bien se douter que ça serait la première qu’il fouillerait, lui, le géant là-bas. Toute à ses réflexions, elle n’avait pas entendu ledit géant se diriger droit sur elle, au sens littéral du terme, puisqu’ils venaient d’éviter la collision d’un cheveu et, vu leur différence de gabarit, pas sûr qu’elle s’en soit remise de sitôt. Légèrement ébranlée, la jeune fille eut besoin de quelques minutes pour se remémorer ce qu’elle faisait là exactement. Ça aurait été terrifiant de se faire prendre sur le fait par un Amish, qui lui aurait sans aucun passé un sacré savon parce qu’elle ne soutenait pas la reste de sa communauté présentement, mais elle aurait pu le gérer, ça, qu’un anglais… c’était différent, voire pire, forcément. Ca ne l’empêcha pas de lâcher :

    « Put… mince alors, on vous entend vraiment pas venir, vous ! »


Si en plus elle se mettait à blasphémer et qu’il allait le dire à qui que ce soit, c’est seulement que ça chaufferait pour son matricule. Bref, l’anglais voulait savoir s’il y avait moyen d’entrer là-dedans autrement que par la grande porte. Au risque de le décevoir, c’était une grange et pas une boîte de nuit ou un autre comme ça qui comporterait une entrée des artistes. Néanmoins, elle connaissait bien une autre entrée, plus discrète et elle aurait pu répondre tout de suite, ou moins s’offusquer du fait qu’il l’ait appelée fillette. Amish ou pas, comme toutes les filles de son âge, elle avait horreur qu’on l’infantilise, d’ici quelques mois, si elle était toujours là, on la baptiserait et peut-être même qu’on lui trouverait un mari, ça voudrait dire qu’elle serait entrée dans le monde des adultes, alors elle n’était certainement plus une fillette. Mais son regard venait de tomber sur toutes ses armes alors Daneel en oublia très rapidement de s’offusquer de quoi que ce soit. Certains Amish avaient des fusils mais ils n’étaient en rien comparables à tout ça. D’ailleurs, pour la plupart, ils avaient seulement des fourches donc ça l’impressionnait drôlement. Elle releva les yeux vers le visage du bonhomme.

    « Vous êtes qui ? Vous êtes un policier ? »


Le tout en tentant tant que bien que mal de dissimuler l’excitation dans sa voix. Si seulement elle pouvait afficher un air totalement blasé, comme si ce n’était pas la première fois qu’un type comme lui s’aventurait sur leurs terres à la recherche d’un dangereux criminel. C’est ce qu’elle en avait déduit quand elle l’avait entendu parler de crystal meth. Elle ne savait pas de quoi il s’agissait exactement, mais avec un nom pareil et vu la tête du gars en question, ça ne pouvait être qu’un truc un peu dangereux. Soit, il lui avait demandé comment on entrait là-dedans le plus discrètement possible et elle allait le lui montrer parce qu’il avait une bonne tête. Ou plutôt parce qu’il la fascinait, il était tout l’opposé de ce qu’elle connaissait. Daneel contourna la grange par derrière en lui faisant signe de la suivre, s’approcha d’un mur et compta les planches. La septième en partant de la gauche ne tenait que grâce à deux clous et il suffisait de la soulever un peu pour passer en-dessous. Tous les jeunes Amish de cette communauté le savaient très bien, certains se servaient de cette sorte de passage secret pour aller se peloter dans la paille et d’autres pour sauter dedans de l’étage. L’un comme l’autre étant strictement interdit, le premier parce qu’il vous conduisait directement en enfer, l’autre parce qu’on n’était jamais à l’abris que quelqu’un laisse traîner une fourche, justement, ils étaient bien obligés de ruser.

La jeune fille souleva la planche et montra au géant qu’il pouvait entrer par-là. Avant de se rendre compte que, jamais il ne passerait, il resterait plutôt coincé et l’autre aurait tout le temps de se moquer de lui ou de prendre la fuite, encore.

    « Jamais vous ne passerez par-là, mais je veux bien y aller, moi ! »


Et pour quoi faire, hein ? S’il était armé lui aussi, alors elle n’avait pas la moindre chance, d’abord parce qu’elle n’avait même pas de fourche, elle. Cela dit, elle pourrait peut-être en trouver une à l’intérieur, posée contre le mur plutôt que perdue au milieu de la paille. Daneel n’attendit pas l’accord du colosse pour se glisser par cette minuscule ouverture. De toute façon, elle n’avait pas d’accord à attendre, elle était chez elle et elle faisait ce qu’elle voulait. De l’autre côté, il n’y avait personne, pas le moindre bruit, la grange était vide et elle aurait pu le dire sans même approfondir ses recherches. Elle retourna l’un ou l’autre ballot de paille pour ne décevoir personne, mais, comme elle l’avait prévu, personne. Evidemment, ça aurait été bien trop facile. Puis elle se décida à ressortir, par la grande porte, cette fois-ci, et elle fit le tour pour rejoindre son nouvel ami.

    « Y a personne dans celle-ci, et les autres n’ont pas cette petite particularité. »


C’est alors que quelqu’un passa devant eux en buggy et Daneel baissa automatiquement la tête, prise en faute. Mais ce n’était un Amish comme les autres, c’était lui portant des vêtements Amish et une fausse barbe… ce n’était pas la première fois qu’elle le voyait habillé de la sorte, c’était obligatoire lorsqu’on venait demander asile à cette communauté, mais la fausse barbe, ça c’était nouveau et ça le changeait pas mal, peut-être croyait-il pouvoir le berner ? Et peut-être que ça aurait marché si elle n’avait pas décidé de coopérer avec cet anglais bronzé, elle lui tapa sur le bras et désigna le buggy du menton.

    « C’est lui ! J’en suis quasiment certaine. »

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Ven 5 Sep - 18:41

A la regarder de plus près, elle n'était pas si jeune que ça, la fillette. Enfin, si, elle était jeune, mais pas une petite fille non plus. Une ado, un peu en avance sur la nature, même, parce qu'il était clair qu'elle avait déjà traversé la puberté, et avec classe, qui plus est. Ezio la voyait simplement avec l’œil du Texan habitué à appeler toutes les femmes de 7 à 77 ans par des surnoms laissant entendre qu'elles étaient toutes jeunes et jolies. Et puis bon il avait vingt-cinq ans, lui, déjà presque à la retraite, donc, du moins c'était comme ça qu'il voyait les choses. Il révisa cependant assez rapidement le reste de son jugement. Pas si frêle que ça la gamine, et aussi amish que lui était mormon, c'était clair. Il se demandait vraiment ce qu'elle fichait là, cette fille. Elle était peut-être retenue en otage par ces grands malades ? Son avion s'était crashé dans le coin quand elle était bébé, ses parents étaient morts et elle avait été recueillie par la communauté ? En tout cas il y avait peu de chance qu'elle soit un agent du FBI infiltré à la recherche de Dyeon, elle était trop jeune, ils n'embauchaient pas avant la fac, ces gens-là, et à force d'en croiser, Ezio avait appris à les reconnaître à des kilomètres à la ronde. Et puis l'autre indice, aussi, ce fut qu'elle, elle lui répondit.

« Non, je suis chasseur de primes. T'es sympa de me répondre, je commençais à croire que j'étais mort sans le savoir et que personne me parlait. »

A moins que ce soit vraiment le cas et qu'il soit tombé sur la seule fille de la planète à voir les fantômes. Mais non, ça ce serait pour plus tard. En tout cas, il lui aurait bien posé quelques questions pour savoir où est-ce qu'il était tombé et comment il devait faire pour repartir dans le futur, là où sa vie se trouvait, mais l'ado était déjà entrée en action, tirant sur une planche de la grange. Oh, réactive, direct dans le vif du sujet, business is business, il aimait ça. En revanche il apprécia moins qu'elle décide d'y entrer toute seule alors que l'autre se planquait peut-être à l'intérieur. Non pas qu'il voulait se la jouer chevalier blanc mais n'empêche qu'il doutait que cette gamine puisse se défendre contre Dyeon. Ce qu'il avait fait ? Tabassé sa copine à mort et blessé grièvement un flic en s'enfuyant, le tout sous l'influence de sa meth merdique et pas chère. Il devait commencer à arriver au bout de ses réserves et de toute façon c'était le problème, avec les camés, soit ils étaient sous influence et étaient ingérables, soit ils étaient en manque et étaient ingérables aussi. La meth cela dit était vraiment vicieuse, elle provoquait de violentes hallucinations, de la parano, désinhibait totalement un homme et le rendait violent. D'un autre côté, s'il se planquait au milieu de ces blaireaux depuis quelques jours, il y avait peu de chance qu'il s'en prenne à la gamine. Mais quand même. Il avait déjà vu des civils être pris dans des tirs croisés ou devenir des dommages collatéraux et ça n'était jamais bien à voir.

Il la retrouva devant l'entrée de la grande, et elle lui annonça qu'il n'y avait personne. Bien bien, la traque ne faisait que commencer, de toute façon. Et le criminel ne pouvait pas aller bien loin, maintenant, il était littéralement au bout de la route, dans la plus paumée des impasses topographiques américaines. Et puis juste comme ça, Ezio entendit un bruit qu'il n'avait pas capté depuis un moment ici sans même s'en rendre compte : celui d'un moteur. Un buggy, qui leur passa devant, avec un barbu au volant. Mais bordel, c'était quoi ce pays ? C'est là que la fille lui annonça tout net que "c'était lui". Et à bien y regarder, elle avait probablement raison. Ah, eh merde...

« Okay, merci pour ton aide, petite ! »

Il la salua d'un geste et courut retrouver son 4x4, ouvrit la porte passagère, sauta au volant, posant sa carabine sur la plage avant et démarra le moteur. C'est là qu'il entendit la porte passager claquer. Il tourna la tête et trouva la fille assise à côté de lui.

« Mais qu'est-ce que tu fous ? Oh bon laisse tomber, il y a urgence. »

C'était mal pour des tas de raisons et il aurait dû la jeter de sa voiture avant de se lancer à la poursuite du dangereux camé paranoïaque, mais il voyait déjà le buggy disparaître sur la route à l'horizon. Au pire il lui dirait d'attendre dans la voiture. Il démarra en trombe, faisant jaillir poussière et gravillons sur quiconque se tenait à côté de la voiture, et ne regrettant rien, et se lança dans une course poursuite. Qui dura une minute avant qu'il n'arrive à un carrefour.

« Rah, c'est quoi ce pays... T'as une idée d'où mènent ces routes ? Il cherche probablement un endroit pour se cacher, dans un coin pas trop isolé, où il pourra se planquer derrière d'autres gens en cas de besoin. Un village comme le tien, par exemple. C'est tellement charmant, en plus... »

Il aurait peut-être dû se présenter d'abord, tout ça, mais il n'y pensait même pas, trop obnubilé par la traque et l'envie de rattraper ce petit bâtard.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Sam 6 Sep - 15:55

Dans sa tête, ce n’est pas du tout à ça que ressemblait un chasseur de primes. Quand on parlait de chasseurs de primes, elle imaginait tout de suite un cow-boy, un vrai, comme ceux dont on parlait dans des livres dont elle arrachait la couverture pour la coller sur d’autres, comme ça elle pouvait lire tranquillement ce qu’elle voulait en faisant croire que c’était la bible qu’elle lisait, ou quelque chose comme ça. Elle imaginait Clint Eastwood, John Wayne ou encore Charles Bronson, quoi, et pas du tout ce type immense et bien trop jeune pour ça. Cela étant dit, Daneel voulait bien le croire, s’il le disait, et puis ça expliquait pourquoi il était armé jusqu’aux dents. Du coup, elle brûlait de lui demander ce que l’autre anglais avait fait pour qu’on mette une prime sur sa tête, et s’il toucherait quand même la prime s’il le ramenait mort. Dans ses livres, c’était le cas. Mort ou vif, ils touchaient toujours quelque chose mais peut-être que les règles avaient changé avec le temps. Puis le chasseur de primes se mit à parler de choses étranges, qu’il s’était demandé un moment s’il n’était pas mort tout ça parce qu’elle était la seule à lui avoir répondu. Encore heureux que c’était à elle qu’il tenait ce genre de discours parce que les autres Amish l’auraient pris pour un fou. Quand tu meurs, tu vas au paradis ou en enfer, point, et n’allez pas essayer de les raisonner, ça serait comme d’essayer de convaincre un mur qu’il pourrait se mettre à marcher s’il le voulait vraiment.

Daneel eut rapidement la réponse à sa question concernant le criminel en cavale, s’il touchait une prime pour lui mort ou vif, il lui aurait déjà tiré dessus quand il était passé devant eux comme une fleur. Et en parlant de ça, le géant l’avait remerciée et s’en allait déjà sans demander son reste et courait déjà vers son énorme voiture. La jeune fille hésita environ un quart de seconde avant de lui emboîter le pas et de grimper dans le 4x4 à son tour. Loin d’elle l’idée de s’incruster uniquement pour partir à l’aventure, mais il fallait bien quelqu’un pour ramener le buggy ! Dans tous les cas, ça faisait une très bonne excuse pour partir à l’aventure… et pour monter à bord d’un de ces engins qu’elle n’avait encore jamais fait que regarder de loin, avec envie, parce que les chevaux c’est bien, mais seulement quand on peut les monter, or elle ne pouvait pas, la question était donc réglée. Et puis l’anglais à qui appartenait cette voiture parut surpris mais pas tout à fait contre l’idée qu’elle l’accompagne. Elle haussa les épaules et désigna le buggy du doigt pour répondre à ça question.

    « C’est à nous ça, il faut bien le ramener. »


Puis il démarra en trombe et Daneel s’en fichait bien, elle était trop occupée à observer tous ces petits détails qui faisaient que la voiture tenait debout. Tous les petits boutons sur lesquels elle avait une furieuse envie d’appuyer même si elle s’abstiendrait, sous peine d’être abandonnée sur le bord de la route, comme un vulgaire chien. En revanche, elle jouait avec la ceinture de sécurité lorsqu’ils arrivèrent à un carrefour. C’est sûr qu’elle se souviendrait toute sa vie de sa première virée en voiture, elle en arrivait même à regretter de ne croiser aucun des jeunes de sa communauté pour crâner un peu. Peut-être qu’elle pourrait le leur raconter, plus tard.
Bref, si elle savait où menaient ces routes, ben oui évidemment, elle avait passé dix-sept – presque dix-huit – années de sa vie à parcourir ce trou paumé en long, en large et en travers, que ce soit au moyen de sa bicyclette ou à pieds.

    « En continuant tout droit, y a un abattoir, mais en allant à droite, on tombe sur une autre communauté Amish, plus loin, il faut sortir de Smyrna. Par contre, ils ne sont pas aussi sympas que nous envers les anglais… »


Ce qui ne voulait pas non plus dire que les chefs n’avaient pas convenus d’un arrangement entre eux pour aider le criminel. Daneel était bien placée pour savoir que les Amish ne sont pas aussi innocents que ce qu’ils veulent faire croire. Pour ce qui était des raisons cachées derrière tout ça, elle séchait. Même si le type était un ancien Amish, ils n’avaient pas pour coutume de leur venir en aide, ils préféraient les bannir et les crever la bouche ouverte, ça leur était égale.
Lassée de regarder ces boutons qu’elle ne pouvait pas toucher, elle tourna la tête pour observer le chasseur de primes. Une foule de questions lui traversa la tête mais elle savait qu’elle passerait pour une chieuse si elle les posait toutes.

    « Il a fait quoi ce type ? Et vous venez d’où ? Ça se voit que vous êtes pas du tout du coin. »


Mais vu l’allure à laquelle ils roulaient, il n’aurait peut-être pas le temps de répondre à ces deux questions. Ce qui serait dommage, sans compter que Daneel n’avait pas plus envie que ça de rencontrer les Amish de cette autre communauté. Elle n’était pas sûre qu’ils la connaissent mais ils comprendraient vite qu’elle venait de la communauté qui fraternisait avec l’ennemi. Un anglais et une Amish issue de la communauté de traîtres, ils ne seraient sûrement pas bien accueillis.

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Sam 6 Sep - 23:53

Le buggy « était à eux » et donc c’était pour ça que la fille était montée avec lui. Ezio ne voyait pas trop à qui elle faisait référence par « à nous », mais petit à petit il commençait à comprendre où est-ce qu’il était tombé. Ça ressemblait tellement à une secte que c’en était forcément une, et ils étaient bien trop au nord du pays pour qu’il s’agisse là de mormons. Mais des sectes, il y en avait tellement aux États-Unis que c’était difficile de deviner juste, surtout qu’elles se ressemblaient toutes, c’étaient toujours des gens aux idées extrêmes qui décidaient de vivre dans des conditions extrêmes. Aux dernières nouvelles les témoins de Jéhovah ne vivaient pas comme ça les uns sur les autres, et les lieux paraissaient bien trop paumés pour qu’il ait affaire à une bande de fous furieux attendant l’arrivée des aliens pour tous s’immoler main dans la main. Ils étaient aussi un peu trop pour recréer une communauté crytpo-polygame de tueurs en séries comme l’avait fait ce bon vieux Manson en son temps. Des amishs, alors ? Mais les amishs n’utilisaient pas de buggy, si ? Oh bon, tant pis. Il n’avait pas le temps de débattre de ce sujet avec une adolescente et il était absolument sûr et certain de pouvoir la convaincre de se planquer quelque part tout à l’heure quand ça chaufferait, naïf qu’il était.

Et en attendant, elle était bien utile, en fait. Pour commencer, elle savait se repérer dans ce morne paysage, elle, contrairement à lui. Franchement, est-ce que ce pays voyait seulement le soleil, des fois ? Il n’aurait jamais pu vivre ici, ne pourrait jamais vivre dans un pays humide, gris, froid et qui ne voyait le soleil que quelques heures par jour, et encore, en plein été. Bref, la fille lui expliqua où menaient les routes et il fut certain que sa proie se dirigeait vers l’autre communauté d’amishs, des amishs, donc, c’était bien ça, et c’était la première fois qu’Ezio en rencontrait. Non pas qu’il en avait toujours rêvé ni même qu’il s’en souviendrait, vu comment ils étaient sympas. Bon eh bien, ce serait le village. Peut-être que la gosse pourrait faire parler les habitants, à défaut de lui, il voulait bien parier là-dessus. Des fois, il fallait savoir se montrer joueur. Il tourna la tête vers la fille, en se demandant soudain si c’était la première fois qu’elle montait dans une voiture. Si c’était le cas, ça ne se voyait pas vraiment. Elle était plutôt douée pour jouer la comédie, tout comme elle jouait les amishs, vu qu’il était clair qu’elle n’avait pas sa place ici. Tout en conduisant, il esquissa un sourire et la regarda de nouveau, partageant son attention entre la route et les questions qu’elle lui posait.

« Il a tué sa copine et blessé un flic. C’est un drogué, un parano et un sociopathe, alors si on tombe sur lui, tu ne t’approches pas et tu ne croises même pas son regard. Et au fait, je ne suis pas anglais, hein. »

Ça s’entendait à son accent, tout de même, qu’il n’était pas anglais, non ?

« Je viens de Houston. Le Texas, Las Vegas, Dallas, tout ça, tu connais forcément, non ? Si c’est pas le cas, je te conseille d’aller y faire un tour. Sans vouloir t’offenser, chez toi, ça craint, et c’est tout petit. »

Tout petit par rapport au reste du monde, quoi. C’était triste quand même de savoir que les gens d’ici s’imposaient une telle vie et surtout s’interdisaient de voir d’autres lieux et de rencontrer d’autres gens pour des raisons… eeeerrrrr… quelles raisons, d’ailleurs ? Ezio n’avait aucune idée d’à quoi tournaient les amishs. Dieu ? C’était sûrement Dieu, il n’y avait que ce prétexte pour rendre les gens aussi cons. Et d’ailleurs, en parlant de cons, ils arrivaient en vue d’un autre village, celui dont la fille lui avait parlé, probablement. Ezio se gara sur le bord de la route, en lisière de forêt.

« On va y aller à pied, histoire de ne pas se les mettre à dos dès le départ, et si Dyeon s’est caché parmi eux, on n’attirera pas son attention, comme ça. »

S’il était vraiment là, évidemment. Mais s’il n’y était pas, Ezio avait bon espoir d’obtenir des renseignements auprès des habitants de cet adorable hameau. Qui faisait rêver. Il se tourna vers la fille.

« Tu veux bien me servir d’interprète ? Je pense pas que les gens du coin m’apprécient. Je m’appelle Ezio, au fait. Si tu veux pas que je t’appelle ‘petite’ en permanence, tu devrais me dire ton nom. »

Il prit son holster de ceinture contenant ses deux flingues, sa carabine, et verrouilla la voiture dont il garda les clés, cette fois, juste au cas où Dyeon passait par là, puis se mit en route vers le village. De toute façon, il n’y avait aucun moyen de se faire discret, pour lui, alors il comptait bien sur cette fille pour l’aider.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Dim 7 Sep - 15:17

Entre deux ou trois visions d’horreur de ce gars, qui partageait leur vie depuis deux ou trois jours comme si de rien n’était, tuant sa fiancée – qu’on lui pardonne le terme, le concept de copine passait difficilement chez les Amish – à coup de tesson de bouteille – aucune idée de pourquoi mais c’est ainsi qu’elle imaginait les choses – puis s’en prendre à un agent de police, Daneel prit quand même le temps de ne pas montrer à quel point elle était choquée. Pas par ces actes, comme dit précédemment, elle était bien placée pour savoir que les gens sont moins innocents qu’ils ne le laissent paraître mais parce que leur chef, qui passait la majeure partie de son temps à clamer qu’il faisait tout ce qui était en son pouvoir afin d’assurer leur protection, avait laissé entrer ce cinglé dans leur communauté. Tu parles d’une protection ! Inutile de lui dire de ne pas s’approcher, les Amish n’ont pas de tendances suicidaires, ça aussi, ça vous conduit direct en enfer. Une fois le choc passé, la jeune fille s’attarda une seconde sur la blancheur des dents de ce type, qui tranchait avec son bronzage qui les rendait sûrement encore plus blanches qu’elles ne l’étaient réellement, et encore une fois, il fallait l’excuser car chez les Amish, le dentiste c’est le médecin généraliste qui est aussi vétérinaire et a elle ne savait combien de fonctions alors des dents aussi régulières et blanches, ça ne se voit pas souvent, pour ainsi dire jamais.

Soit, ça la fit rire de l’entendre dire qu’il n’était pas anglais. Oui bon, il n’y avait nul besoin de le préciser, ça, pas assez pâle. Ça ne la surprit donc pas des masses qu’il venait du Texas même si, en revanche, elle ne savait pas qu’il y avait un Las Vegas là-bas mais qu’en savait-elle, de toute façon ? Tout ce qu’elle connaissait du Texas, c’était Dallas et son univers impitoyable. Pas étonnant que le chasseur de primes soit dépaysé pour le coup, le Maine devait être tout le contraire du Texas, que ça soit au niveau du climat, de l’ambiance ou du décor. Point d’amarante poussée par le vent sur la route, et encore moins de mirages dus au désert et à la chaleur. Jamais, même en plein été, par temps de canicule. Puis les gens ne devaient pas être aussi sympathiques non plus, Daneel en avait un exemple. Elle essayait depuis bien longtemps de se convaincre que c’était à cause du temps, que ça jouait fortement sur le moral du tout le monde mais, en son for intérieur, elle était plutôt convaincue que ça venait de l’état, que ça n’était pas que de la science-fiction qu’écrivait Stephen King et qu’il y avait bel et bien une petite part de vérité dans tout ça.

    « Je sais bien que vous n’êtes pas anglais, ça aussi ça se voit et ça s’entend. Mais c’est comme ça que nous, Amish, appelons les non-Amish. Peu importe que vous veniez du Texas, de New York ou de Floride, pour nous, vous êtes un anglais. Et oui, je connais le Texas, on a des cours de géo comme tout le monde. »


Même si, en théorie, ça leur servait plus à savoir où se trouvaient les différentes communautés Amish à travers le pays, en cas de besoin. En dehors de ça, elle était loin d’être offensée, elle aussi n’avait qu’une seule envie : se tirer de là dès qu’elle aurait l’âge requis. Peut-être bien qu’elle suivrait son conseil et irait y faire un tour dès qu’elle en aurait l’occasion.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Daneel fut déçue que cette petite balade en voiture prenne fin aussi rapidement, mais ils étaient arrivés et le géant n’avait pas tort en disant que c’était mieux de ne pas entrer dans le village avec ce 4x4. Ils ne verraient en lui la carriole du diable, mais la devise des Amish c’est « Tu ne te conformeras point à ce monde qui t’entoure » alors dans le fond, on peut dire qu’ils sont les plus hipsters de tous les hipsters et comme tous les hipsters, ils rejettent en bloc tout ce qui pourrait faire d’eux des gens comme tout le monde. C’est l’âme en peine qu’elle descendit de voiture et rejoignit le chasseur de primes qui, au passage, lui apprit qu’il s’appelait Ezio, et lui demanda si elle voulait bien lui servir d’interprète. Littéralement ? Non parce qu’elle ne parlait pas ce dialecte allemand qui leur était propre, alors… mais sinon, oui, ils se méfieraient sûrement moins d’elle qui portait l’habit que de lui, qui portait des armes. Puis elle n’était pas forcée non plus de leur dire d’où elle venait exactement. Et peut-être aiderait-elle à l’arrestation de ce Dyeon. Ezio, Dyeon, ils portaient de drôles de noms au Texas.

    « Ah oui c’est vrai. Moi je m’appelle Daneel et je veux bien vous aider, oui, je peux pas promettre que ça sera un succès mais on va essayer ! »


Une fois les présentations faites, ils pouvaient y aller. Comme toujours quand un anglais approchait, les activités cessaient et tous les regards se tournèrent vers eux. Daneel avisa un petit groupe de jeunes et se dirigea droit sur eux, plutôt que de privilégier les adultes qui se méfiaient bien plus que les plus jeunes. L’envie de leur lancer un « youkaïdi les amis ! » sonore lui vint bien à l’esprit mais ils n’étaient pas chez les mennonites, qui ont pour réputation d’être plus simples d’esprit que les autres et ça serait le meilleur moyen de les faire se refermer comme des huîtres. Déjà qu’ils n’avaient pas l’air très ouvert…

    « Salut ! On cherche un homme d’apparence Amish qui serait passé par ici en buggy, vous ne l’auriez pas vu par hasard ? »


Ils eurent la réaction escomptée, à savoir qu’ils eurent l’air dérangé par le fait qu’elle ne leur parle pas dans cette autre langue en présence d’en anglais, et, au lieu de lui répondre, ils échangèrent quelques mots entre eux et dans leur dialecte et tout ce qu’elle comprenait c’était « un truc, un truc, un truc, un truc, buggy, un truc, un truc, pas dire, un truc, armes ». Bon, voilà qui allait grandement les aider… mais s’ils ne voulaient pas parler – alors qu’elle savait qu’ils pouvaient, c’était juste de la mauvaise foi -, elle avait une tactique secrète. Qu’elle mit à exécution sans perdre de temps : elle cligna des yeux en direction des garçons du groupe et minauda un peu, dansant d’un pied sur l’autre.

    « S’il vous plait, c’est pour la bonne cause ! »


Et ça, ça marchait presque à tous les coups, à condition d’avoir un bon public, ce qui semblait être le cas puisqu’ils acceptèrent de leur dire qu’effectivement, il était passé par-là mais qu’ils étaient censés ne rien dire parce qu’eux aussi, avaient laissé traîner leur oreilles là où il ne fallait pas, apparemment. Ils évoquèrent aussi les égouts de la ville mais Daneel préférait en faire abstraction pour le moment. Tout le monde avait peur des égouts, dans le Maine, c’est précisément ce qui en faisait une bonne cachette.

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Lun 8 Sep - 18:35

Bon okay, peut-être bien qu'il avait mérité le petit cours de rattrapage sur les amishs que lui donnait la gamine. A partir du moment où elle lui avait dit qui ils étaient, Ezio n'avait plus pu imaginer autre chose qu'une bande de paysans consanguins refusant tout concept moral ou matériel datant d'après la révolution industrielle. En gros oui, des barbus misogynes faisant travailler femmes et enfants dans les champs et affirmant qu'il n'y avait rien de mieux pour guérir un cancer qu'une bonne infusion de camomille avec un peu de miel. Et sûrement que c'était mal de juger et qu'en plus de ça, il n'aurait pas dû se sentir concerné, mais c'était difficile de ne pas s'énerver quand les gens se voilaient la face à ce point. Alors oui, Ezio les prenait sûrement pour plus crétins qu'ils n'étaient, mais à peine. Quoiqu'il en soit, il ne devait pas sous-estimer cette amish-là, qui lui expliqua d'abord pourquoi elle lui disait qu'il était anglais - c'était terrible, ces gens faisaient comme si le Tea Party de Boston n'avait jamais eu lieu- et qui lui annonça au passage qu'elle savait très bien de quoi il parlait. Ah ben ouais, ils avaient quand même des cours, alors ? Sur une carte de Nouvelle-Angleterre pré-guerre d'indépendance ? Il commençait sérieusement à sentir poindre la curiosité, surtout que cette fille semblait tellement peu à sa place ici... Mais il ravala ses commentaires pour le moment, surtout qu'elle ne semblait pas se formaliser de son attitude. Et voilà qu'à présent il la mettait carrément à contribution pour son affaire, ce qui était fondamentalement mal et dangereux, somme tout. Bon, c'était aussi pour ça qu'il n'était pas devenu flic, il fallait des fois savoir faire entorse à la morale et tenter des coups. Il se faisait positivement confiance pour écarter tout danger de la petite amish et surtout, il fallait absolument qu'il attrape cette raclure, ça faisait trop longtemps que Dyeon lui échappait. Ce n'était plus du tout une question de sécurité, non, c'était devenu personnel. Ezio n'appréciait pas qu'on lui échappe ni qu'on se foute de sa gueule, deux choses qu'avait fait Dyeon depuis le début de la traque, quelques semaines plutôt.

En attendant, Daneel voulait bien essayer de l'aider. C'était bien la première fois qu'il entendait un prénom pareil, mais bon, c'était peut-être un truc amish et leurs arbres généalogiques étaient peut-être pleins de Daneel, aux côtés des Jacob, Isaiah et autres Jésus ou petit bouddha. Et puis bon il ne pouvait pas trop faire de commentaires sur ce sujet précis compte tenu de son prénom à lui, pondu par sa mère, assurément, il n'en savait rien fait parce qu'il n'avait jamais posé la question, mais ça ne pouvait être qu'elle. Ils arrivèrent à proximité de cette nouvelle communauté, même si Ezio ne voyait pas ce qu'elle avait de nouveau, de différent, quoi. Les mêmes mecs aux allures de pécores, les mêmes coiffes hideuses sur la tête des femmes, les mêmes carrioles branlantes dont s'était servi la raclure pour se barrer. Et sinon, ils n'avaient jamais pensé à tous se regrouper en une seule communauté géante, et même qu'ils pourraient ouvrir leur ghetto aux touristes de temps en temps, façon Disneyworld ? Parce que ça devait être compliqué pour communiquer entre villages. Pigeons voyageurs ? Lassie chien fidèle ? Ezio essayait de prendre son air le plus rétrograde possible, les bras croisés pour ne pas avoir les mains près de ses armes, sa carabine dans son dos. Il suivit Daneel, qui se dirigea droit sur une bande de jeunes. Ils ne ressemblaient pas aux jeunes en bande auxquels Ezio était habitué, point de pull à capuche, de clope au bec et de pantalon sur les genoux. Oh, eh bien en fait, ce n'était pas un mal... Et sinon, ils avaient quand même le même air renfrogné que n'importe quel jeune de ce monde, pas content qu'on vienne les sortir de leur petit monde adolescentesque dramatique. Ezio sonda les gamins quand Daneel leur demanda s'ils n'avaient pas vu Dyeon. Ce à quoi ils répondirent par une diarhée verbale qui arracha une grimace à Ezio. Pas très accueillants, les gens, en général on faisait un effort en présence de touristes, quand même. Il serrait déjà les poings, prêts à les secouer jusqu'à ce que leur dents pourries tombent, mais Daneel avait une autre technique. Efficace, qui plus est. Ils devaient être sacrément morts de faims, ces pauvres jeunes amishs, il faut dire que sans la télé ni internet ni magazines, ça devait être difficile de traverser l'adolescence.

Dyeon était donc passé par là. Au moins ça voulait dire qu'il ne s'était pas planqué dans les abattoirs, pas encore du moins. Malin, le salaud. Ezio ne pouvait pas vraiment se mettre à tirer dans le tas jusqu'à déloger le bonhomme, ce qu'il n'aurait pas hésité à faire dans un lieu isolé et désert. Et sinon, il y avait une histoire d’égouts. Ce qui ne l'aurait pas plus étonné que ça venant du criminel, habitué des coins humides, sombres et crades, comme tout bon toxico qui se respecte. Il regarda autour de lui, perplexe.

« Comment c'est foutu, vos égouts ? Vous vous contentez pas de jeter des sceaux par les fenêtres comme au Moyen Âge ? Si les égouts se déversent dans une rivière à l'extérieur du village, ça lui ferait un excellent moyen de se barrer discrètement. »

Non pas qu'à présent, en plus d'une experte des égouts, il considérait Daneel comme une chasseuse de primes, mais réfléchir à voix haute, c'était son truc. Il hésitait pas mal. Pour se barrer, c'était un bon plan, mais alors la raclure serait à pieds, dans un environnement carrément désertique : il aurait du mal à se faire prendre en stop dans la région, sauf par un amish évidemment... Ces débiles semblaient décidés à rendre service à Dyeon, allez savoir pourquoi. Sûrement que ça confirmait la fameuse maxime : qui se ressemble s'assemble. Cependant, il était possible que la raclure se planque dans les environs. Ezio se tourna vers Daneel.

« J'ai bien compris que tes congénères vont continuer de le cacher rien que parce qu'ils ne m'aiment pas. Même si je me collais une barbe, je ne pourrais pas les amadouer comme Dyeon l'a fait. Partons du principe qu'il se planque, pour le moment, et qu'il s'enfuira au dernier moment. Il ne t'a jamais vue alors il ne s'enfuira pas s'il te croise. Tu veux bien qu'on se sépare ? Tiens, prends-ça, et appuie sur la touche 1, ça composera automatiquement mon numéro. »

Il sortit un téléphone portable de sa poche en remerciant les satellites de communication qui se fichaient bien, eux, de passer au-dessus d'une communauté amish. Alors oui, ça n'était pas le téléphone le plus discret du monde, et il ne savait pas non plus si Daneel risquait sa peau telle une sorcière à Salem en utilisant ce truc ici. Il se disait qu'elle trouverait bien un coin isolé pour l'appeler si besoin, et en attendant, il fallait bien que cette robe du quatrième âge sans forme et pleine de poche serve à quelque chose, comme par exemple planquer un téléphone satellite. Il en avait encore deux autres dans son 4x4, parce qu'on n'était jamais trop prudent.

« On se retrouve ici dans une demi-heure, si on ne l'a pas trouvé, j'irai voir dans les égouts. Si tu le croise, ne l'approche pas, appelle-moi juste, d'accord ? »

Est-ce qu'il était complètement taré de lui confier une telle mission et de lui faire confiance ? Bizarrement, il avait confiance. Il était clair qu'elle n'était pas du tout à sa place chez ces demeurés, et puis son instinct lui disait qu'il avait raison de compter sur elle, et son instinct ne se trompait jamais.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Mar 9 Sep - 15:55


Visiblement, cet Ezio avait des tas d’a priori vis-à-vis de sa communauté. Ce dont elle ne lui tenait pas rigueur, elle aussi avait tendance à les voir comme une bande d’arriérés, s’excluant automatiquement du fait qu’elle ait été adoptée, mais ils ne lançaient pas des seaux par les fenêtres, comme au Moyen-Âge, non, ils avaient des toilettes sèches. Tout au fond du jardin et c’était vraiment très pratique en plein hiver, quand il faisait -15. En revanche, c’est vrai qu’ils ne se servaient pas vraiment des égouts, faute d’eau courante, mais il y avait des tas d’autres petites villes d’anglais qui en dépendaient. La jeune fille réfléchit un instant, n’étant pas coutumière des égouts, il lui fallait se creuser la tête pour savoir s’ils se jetaient dans une quelconque rivière. Probablement que oui, comme tous les égouts de la planète, non ? Perspective tout à fait répugnante qui vous dégoûterait d’aller vous baigner dans une rivière à tout jamais. Ce qui tombait bien, car Daneel ne se baignait jamais dans la Kenduskeag. On aurait pu croire que son corps se serait habitué à de si faibles températures mais il ne fallait pas pousser non plus, elle venait du Brésil, elle, là où l’eau est chaude et claire, tout l’inverse de la Kenduskeag, en somme. Et même de toutes les autres rivières du Maine. Alors quand les autres allaient s’y baigner en été, elle se contentait de rester sur la rive en tâchant bronzer un peu. Ce qui était marrant parce qu’elle pouvait toujours rêver d’un bronzage intégrale, il n’y avait jamais que son visage et ses avant-bras qui bronzaient.


    « Ils ne s’en servent sûrement pas plus que nous, mais ils en parlent parce qu’il y a une entrée par là-bas, tout le monde sait ça. Et j’imagine qu’ils se déversent dans la Kenduskeag, oui. »


Tout le monde savait ça dans le coin parce qu’on y avait déjà retrouvé un corps. Le Maine est un état calme seulement en apparence, il s’y passe des choses bizarres et tout le monde s’entend sur le fait qu’il ne faut surtout pas que ça s’ébruite trop. Mais dans le fond, est-ce que c’était vraiment si différent du reste des Etats-Unis ? Pour le coup, Daneel n’avait pas de point de comparaison, elle devait faire avec ce qu’elle savait, soit pas grand-chose. Mais Ezio était de toute façon déjà en train d’échafauder un autre plan. S’il lui avait posé la question, elle aurait très certainement répondu qu’il se trompait lourdement quand il disait que les autres Amish cachaient Dyeon uniquement parce qu’ils ne l’aimaient pas, lui. Ils n’avaient pas de raisons d’apprécier davantage un criminel, mais ça serait difficile d’avancer tel ou tel argument quand elle n’était censée les connaître, puis personne n’avait encore pensé à créer Amish Mafia, donc ça pèserait encore moins lourd. De plus, il ne lui avait pas posé la question, il avait l’air sûr de lui à ce sujet, alors pourquoi vouloir le détromper à tout prix ?

C’est alors qu’il lui prêta une grosse boîte en plastique, ornée de plein de boutons, qui s’avéra être un téléphone satellite. Daneel observait le boîtier avec intérêt, dire qu’elle n’était même pas censée savoir ce que c’était. Bref, si elle appuyait sur la touche 1, ça composerait le numéro du chasseur de primes, ce qu’elle s’empressa de faire et un sourire étira ses lèvres lorsqu’une petite musique étouffée s’éleva dans les airs. Cet énorme truc encombrant fonctionnait à merveille, voilà qui était une bonne nouvelle. En théorie, elle n’aurait pas dû accepter et peut-être qu’on la bannirait carrément quand elle retournerait chez elle, mais à ce moment-là, elle aurait aussi dû refuser tout net de grimper dans cette voiture et même d’adresser la parole à Ezio. Ce qu’elle ne regrettait en aucune façon parce qu’elle s’amusait beaucoup, mine de rien. Elle rangea finalement l’objet dans l’une de ses poches qui ne le cachait pas vraiment mais c’était toujours mieux que de se balader avec ce truc à la main. Et ils se séparaient pour environ une demi-heure, donc. Bien, Daneel n’avait aucune objection à émettre à ce sujet. Ça serait même sûrement plus facile de faire cracher le morceau à ces demeurés sans un géant intimidant dans les parages.


    « D’accord, à tout à l’heure ! »


Elle ne promit pas de ne pas s’approcher, elle ferait ce qui était en son pouvoir pour que ça n’arrive pas, mais on ne pouvait jurer de rien alors autant ne pas faire de promesses qu’elle ne pourrait peut-être pas tenir, ça aussi c’était très mal considéré par ici. Puis elle partit d’un côté. Pas plus de dix minutes plus tard, les autres la rejoignaient, comme le papillon attiré par la flamme. Forcément, ils voulaient savoir qui était ce type et pourquoi elle prenait le risque de lui parler et aussi pourquoi ils recherchaient le faux Amish au buggy. Comme quoi, une fausse barbe ne suffit pas à duper des Amish. Daneel ne leur mentit que par omission, à savoir qu’elle leur dit que c’était un criminel ayant trouvé refuge chez eux pour quelque raison que ce soit et fit l’impasse sur le meurtre de sa fiancée et l’attaque de l’agent de police. Il y avait fort à parier que ces Amish-ci soient plus impressionnables qu’elle. La plupart décidèrent qu’ils préféraient se mêler de ce qui les regardaient et de ne surtout pas intervenir mais un autre était d’accord de lui venir en aide, lui. Elle soupçonnait que ce ne soit que pour ses beaux yeux, mais s’il savait où Dyeon se cachait et que ça ne se trouvait pas dans les égouts, alors elle était preneuse. Bien sûr, il ne fallait pas trop y compter et c’est devant la fameuse entrée – où ne traînait aucun corps, cette fois-ci – qu’il la conduisit. Point de corps, mais le buggy, abandonné là. Voilà, elle avait retrouvé le buggy et elle aurait pu tout arrêter là et rentrer chez elle avec, mais ça allait à l’encontre des engagements qu’elle venait de prendre. Par contre, elle n’était pas du tout sûre que cette découverte vaille vraiment la peine de déranger Ezio, si lui avait trouvé mieux, de son côté. Puis ça ne faisait jamais que vingt minutes qu’ils s’étaient séparés et il avait dit trente. Tant pis, ça restait tout de même une découverte. Elle sortit le téléphone de sa poche.


    « C’est quoi, ça ? Un félétone ? Je peux essayer ?? »


Un quoi ? Voilà qui lui valut un regard noir de la part de Daneel.


    « Non ! C’est à moi qu’il l’a prêté, puis tu saurais pas comment faire, toi, tu sais même pas comment ça s’appelle, ferme-la pendant que je parle. »


C’était clair, non ? Qu’il dégage celui-là, maintenant qu’elle n’avait plus besoin de lui, qu’il retourne faire ses trucs de paysans. Pendant ce temps-là, elle appuya sur la touche 1, approcha l’objet de son oreille, puisque c’est comme ça que les autres faisaient et se mit à parler un peu fort, pour être sûre de bien se faire entendre, où qu’Ezio soit. Mieux valait que Dyeon ne se planque pas trop près, sinon il entendrait tout et ne se déciderait jamais à sortir de sa cachette.

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Mar 9 Sep - 21:03

Il semblait qu’il y avait des égouts dans le coin, mais dont les gens ne se servaient pas vu qu’ils n’avaient pas l’eau courante. Ezio pouvait imaginer chaque barbu du coin avec un réservoir dans son jardin pour récupérer l’eau de pluie. Et en attendant, des égouts qui ne servaient, qu’est-ce que c’était sinon des catacombes pas visitées depuis des années ? Il devait y en avoir des bestioles, des cadavres et des crocodiles, là-dessous. L’avantage, c’était que s’il devait vraiment y descendre, il n’y aurait pas d’eau usagée croupie. Il voulait bien se balader au milieu de squelettes des premiers colons, mais pas avec de la gadoue organique jusqu’aux genoux. Le fait qu’il y avait une rivière pas loin, c’était bon à savoir. Ezio avait essayé de se renseigner un peu sur la topographie de la région mais en fait ici il n’y avait rien, c’étaient des forêts, des rivières, encore des forêts et encore des rivières et au final il s’était concentré sur les endroits habités parce qu’il était sûr que c’était là-bas qu’irait se planquer Dyeon. Bon eh bien soit, il avait proposé à Daneel qu’ils se séparent, espérant quand même tomber sur la raclure avant la fille. Mais avec l’omerta qui régnait chez les amishs, il avait quand même peu d’espoir, à moins d’avoir vraiment un gros coup de pot. Tout ce dont il avait besoin, c’était de coincer Dyeon dans un coin. Une fois qu’il lui aurait mis la main dessus, il ne le lâcherait plus. Et dans un coin de sa tête, il se demandait quand est-ce que la raclure se sentirait au pied du mur et prendrait quelqu’un en otage. C’était comme ça qu’il s’était enfui lors de leur dernière confrontation, et même s’il avait largué le chauffeur de taxi qu’il avait embarqué de force pour sortir de la ville quelques kilomètres plus loin sans lui faire de mal, ce n’était pas une expérience qu’Ezio souhaitait revivre.

Quand il lui tendit le téléphone, la première chose que Daneel fit, ce fut de mettre en pratique ce qu’il venait de lui dire. Il laissa son téléphone sonner jusqu’à ce qu’elle ait l’air satisfaite et préféra ne même pas essayer d’imaginer ce qu’était une vie sans la technologie. C’était carrément criminel de ne pas laisser le choix aux gosses. Et sinon, il se rendait bien compte après coup qu’il lui donnait des ordres comme si elle était devenue son apprentie ou quelque chose comme ça mais tout d’un coup, il réalisa à quel point il était dingue de faire ça. Elle n’était pas du tout armée pour affronter un type comme Dyeon, merde elle n’était même pas armée pour affronter la vie en dehors de ce trou à rat. Et en même temps, grandir dans ces conditions, ça faisait de vous un dur, non ? Ezio ne connaissait pas de gamin de l’âge de Daneel qui aurait accepté de vivre comme elle vivait. Et puis finalement elle s’en sortirait forcément mieux que lui dans cet environnement. Mais tout de même, il la regarda partir, déterminée, avec un brin d’appréhension. C’était bien pour ça aussi qu’il n’était pas devenu policier, pour ne pas avoir à s’inquiéter pour un partenaire. Au moins quand il bossait en solo, il pouvait se passer de ce genre d’inquiétude. Il hésita même un moment à la suivre pour la surveiller, puis songea que plus vite il trouverait la raclure et plus vite tout le monde pourrait rentrer chez soi, même si ça ne serait pas forcément une bonne nouvelle pour Daneel. Bon eh bien, ils avaient tous leur croix à porter, hein, et la sienne serait de retraverser le pays jusqu’à Houston en compagnie d’un toxico en pleine descente.

Il se mit à marcher au hasard dans le village. Les gens qui le croisaient le regardaient comme s’il lui poussait en permanence une deuxième tête, et faisaient des crochets en le croisant, comme s’il était un rocher au milieu d’une rivière. Pour la discrétion, il repasserait. Et en plus, il finit par regarder autour de lui avec l’œil du touriste : c’était tellement hallucinant qu’il ne pouvait pas faire autrement. Des femmes qui étendaient le linge dans leur jardin, qui cousaient des trucs devant leur porte, des hommes avec des fourches ou qui fumaient la pipe en le foudroyant du regard et des enfants qui jouaient avec trois cailloux et deux bâtons… Il se serait presque cru dans La Nuit au musée, dans l’aile sur l’histoire des pionniers. Comment ils faisaient si l’un d’eux faisait un infarctus, si un moment se fracassait le crâne ? Et pour se chauffer l’hiver, c’était quoi, tous serrés les uns contre les autres dans le salon avec les vaches et les cochons en prime ? Plus il les observait et plus il se disait qu’ils n’étaient tous qu’une bande de tarés. Finalement Dyeon avait peut-être trouvé la famille d’adoption qu’il lui fallait. Mais finalement son téléphone sonna. Au point où il en était, il décrocha devant tout le monde, en pleine rue, et les gens réagirent comme s’il était un pervers qui venait de flasher tout son matos devant un jardin d’enfants. Pour le coup, il préféra ne pas prononcer le nom de Daneel, juste au cas où. C’était pas parce que lui ne les comprenait pas qu’ils ne parlaient pas sa langue. Il écouta brièvement ce qu’elle avait à lui dire.

« Okay, dis-moi où exactement… Wow, pas la peine de hurler, je t’entends comme si tu étais à côté de moi, tu sais… Bien, alors ne bouge pas, j’arrive. »

Et effectivement, il arriva. Daneel était debout à côté du buggy abandonné et un gamin d’à peu près son âge rôdait un peu plus loin, l’air de vouloir savoir ce qui se passait tout en ayant l’air de ne pas vouloir savoir ce qui se passait. Tous des tarés. Ezio rejoignit la fille et tourna autour du buggy avant de s’accroupir devant l’attelage, dont les lanières traînaient dans la boue. Il y avait des tas de traces de pas, humains et des sabots. La raclure avait pas mal piétiné.

« Il s’est tiré avec le cheval. Ah, bordel, il s’est encore barré ! »

Ezio donna un coup de poing dans le buggy qui émit un craquement sourd, en même temps que ses jointures. Oh, mais c’était un buggy made in china, ou quoi ? Il avait clairement pété un truc, mais fit semblant de ne rien voir. Bon eh bien il était reparti pour plusieurs jours de traque. Avec un cheval, on ne pouvait pas aller beaucoup plus loin qu’avec un vélo.

« Il est bien capable d’être parti dans la nature, sans rien à boire ni à bouffer, avec le peu de neurones intactes qu’il lui reste… Allez viens, je te ramène chez toi et je repars à sa recherche. »

Ezio fit demi-tour et se dirigea vers la sortie du village, dans l’intention de retrouver sa voiture. Il lança quand même à Daneel, avec un sourire :

« Merci de ton aide en tout cas. Tu pourrais peut-être réfléchir à une reconversion dans le milieu. »

Ohoh, comme si son destin n’était pas de retourner faucher les champs, se marier à dix-huit ans avec un imberbe boutonneux de son âge et pondre six ou sept gamins entre deux lessives à faire à la rivière. Pauvre gosse. Et bien sûr dans sa tête, il était évident que la jeune fille accepterait sagement de revenir à son village, là, comme ça, pour vivre ce merveilleux destin.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Mer 10 Sep - 18:47

La jeune Amish avait baissé d’un ton dès lors qu’elle avait su que son interlocuteur l’entendait aussi bien que si elle s’était trouvée tout à côté de lui. Il est vrai qu’elle l’entendait clairement elle aussi et elle s’en voulut un peu d’avoir crié ainsi, si elle ne passait pour une arriérée avec ça… Toujours est-il qu’Ezio avait dit qu’il arrivait et elle ne bougea pas, comme il le lui avait demandé. Elle se contenta de chasser la cinquième roue du carrosse qui commençait à devenir franchement envahissante. Le gosse – parce que c’en était clairement un, même à ses yeux – parut se vexer, ce dont elle se moquait comme de sa première coiffe et le chasseur de primes arriva pile à ce moment-là. Il se mit à inspecter la scène de crime tel un Ichabod Crane des temps modernes. Au bout d’un moment, la sentence tomba : le détraqué s’était tiré avec le cheval. Hum oui, elle aurait pu en dire autant sans faire autant de manières mais ça impliquait que la chasse continuait et ça avait un petit côté excitant. Raison pour laquelle elle ne releva pas et hocha simplement la tête en prenant un air désolé qui sied tout à fait à cette situation. Daneel était sincèrement navrée pour lui mais pouvaient-ils y aller maintenant ? Elle avait vraiment hâte de retourner dans sa voiture, et de quitter l’autre espèce de sangsue qui tournait toujours autour d’eux mais à distance raisonnable.

Mais il semblerait qu’Ezio ait d’autres projets pour elle. La balancer dans son village avant de repartir à l’aventure en faisait partie. Daneel tenta vainement de cacher sa déception en se disant que, bien sûr, c’était ce qui lui pendait au nez. Comment pourrait-il vouloir qu’elle l’assiste lors de cette capture ? Il devait la voir que les autres dégénérés composant sa communauté ainsi que celle-ci et rien de plus. Pourtant, si elle lui avait apporté son aide une fois, elle pouvait continuer. Ce n’était pas parce qu’elle était Amish qu’elle n’avait jamais mis les pieds en dehors de son village, elle connaissait bien ce coin du Maine pour l’avoir foulé à de nombreuses reprises et puis il lui était arrivé d’aller plus loin aussi, en carriole pour aller vendre des récoltes. Mais elle garda tous ces arguments dans un coin de sa tête pour les ressortir au bon moment. Pour le moment, elle perdit juste le sourire et suivit le jeune homme jusqu’à sa voiture. Tu parles, oui, qu’elle pouvait réfléchir à une reconversion. Devenir chasseuse de primes ne faisait pas vraiment partie de ses ambitions ultimes, et quand bien même ça le serait, ce n’était pas en la raccompagnant chez elle qu’elle y parviendrait.

Daneel monta dans le 4x4 sans mot dire, déjà habituée – c’est que c’était rapide de se faire à tout ce confort, parce qu’on n’en parle pas assez mais les carrioles en bois n’ont pas d’amortisseurs et ce n’est absolument pas agréable de faire du chemin sur un de ces foutus trucs. Puis elle attendit sagement qu’ils reprennent la route pour lui faire part de son ressenti.

    « Hum… c’est vraiment obligé que je rentre ? J’ai pas envie, je peux pas vous aider encore un peu ? Je connais le coin comme ma poche, au moins jusqu’à… je sais pas, Bangor ! Si vous devez aller jusque-là, je pourrais vous être utile, j’en suis sûre ! Je veux même bien promettre de faire tout ce que vous direz, cette fois. Si vous me dites de pas l’approcher ou de pas lui parler, je le ferai pas, mais je veux pas rentrer. En plus, vous vous rendez pas compte, je risque gros juste parce que je vous ai suivi… »


Au moins comme ça, on ne pourrait pas dire qu’elle n’avait pas tout tenté. Lui prouver à quel point elle pouvait être utile, lui prouver à quel point elle pouvait être docile et surtout, pas encombrante pour un sou et même essayer de l’apitoyer. Si ça ne marchait pas, ça démontrerait un certain nombre de choses, à commencer par le fait que ce colosse n’était jamais qu’une montagne de muscles sans cœur et sans cervelle. Un a priori que tout le monde a au sujet des bodybuildés mais qu’elle n’avait pas eu jusque-là et elle espérait bien qu’il s’en souviendrait. Pour elle ne savait trop quelle raison. D’autant que ça lui ferait beaucoup de peine, s’il s’avérait qu’il était réellement comme ça, elle l’aimait bien et l’estimait beaucoup. Tout ça en ne le connaissant que depuis une ou deux heures à tout casser, oui, mais parfois on a le feeling et parfois pas.

Au fur et à mesure que le paysage, entièrement composé de champs, de granges et de fermes se rapprochant de plus, défilait sous ses yeux, la jeune fille cherchait d’autres arguments qui pourraient peser lourd dans la balance, mais force était de constater qu’elle était à court. Bon, elle pouvait toujours essayer le coup des battements de cils à répétition mais elle était pratiquement certaine que ça n’aurait aucun effet. Il n’était pas un ado de quinze ans qui n’attendait que ça alors elle aurait juste l’air stupide. Bon, eh bien elle n’avait pas trop le choix, il ne lui restait plus qu’à tourner ses yeux légèrement brillants – et pas larmoyants, elle n’était pas bonne actrice au point de pouvoir pleurer sur commande – vers Ezio. Ce qu’elle fit.

    « Hein dites, je pourrais vraiment pas venir ? Si vous avez peur que j’attire trop l’attention dans cette tenue, je sais même où je peux trouver des vêtements d’anglais. »


Mais évidemment, il valait que personne d’autre que lui ne soit au courant de ça non plus. Heureusement qu’elle n’avait pas l’intention de rester, tout de même, sinon elle serait cuite de chez cuite et préférait ne pas imaginer le châtiment qu’on lui réserverait. Ça au moins, ce n’était pas exagéré.

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Jeu 11 Sep - 20:43

Sans être un pro pour lire entre les lignes, loin de là, et encore moins avec les ados parce que qui savait comment fonctionnait leur cerveau saturé d'hormones étranges, Ezio sentait bien que Daneel faisait un peu la gueule. Il avait un peu l'impression d'avoir débranché sa console de jeu à un gamin alors qu'il se battait contre le boss de fin pour lui annoncer que maintenant, il devait faire ses devoirs et s'assurer un avenir plus radieux que ses parents - c'était cette analogie qui lui venait parce que c'était exactement ce que faisait sa mère à lui quand lui était gamin. Il se souvenait très bien de l'intense sentiment de frustration et d'injustice qu'il ressentait à ce moment-là, mais bon, la vie était frustrante et injuste et c'était pas plus mal qu'il l'ait appris tout jeune, avant qu'il ne soit trop tard. Les gamins qu'on ne frustre pas, après, ça donnait des adultes qui pensaient que tout leur était dû. Bon certes, il était un peu désolé pour Daneel. S'il avait dû, lui, retourner dans ce musée vivant en sachant qu'il y passerait sa vie, il aurait sûrement réagi de la même façon, et en plus de ça elle l'avait tout de même sacrément aidé et en guise de gratitude, il se posait là, tout de même. Mais enfin il n'avait pas vraiment le choix, il n'allait pas juste l'embarquer sur les routes du Maine avec lui, tout de même. D'abord, il travaillait très bien tout seul et n'avait pas envie d'avoir qui que ce soit dans les pattes, et puis surtout, un de ces barbus l'accuserait sûrement de kidnapping et il se retrouverait avec toute une bande de gens brandissant des fourches et des torches à ses trousses. Et puis il n'avait pas vocation à sauver de leur détresse toutes les amishs du pays, ni même leur offrir quelques jours de vacances dans le vrai monde, tout de même. Ezio grinça des dents en écoutant le discours de la jeune fille, puis laissa échapper un soupir.

Bangor. Il devait malheureusement s'avouer qu'il n'avait aucune idée de quoi elle parlait, et c'était bien là le problème. Il ne savait pas où était Bangor ni même ce que c'était, là comme ça il aurait dit une ville en Inde mais c'était sûrement un autre trou perdu de la région, région qu'il ne connaissait que par ses cartes, contrairement à elle. Et au-delà de tout le reste, qui touchait certes une corde sensible parce qu'il était un brave type mais-quand-même-fallait-pas-pousser, ce fut cela qui lui parut irréfutable. Tout le reste se rapprochait d'un discours classique d'adolescente en crise, ce qui en soi évidemment ne le dérangeait pas puisqu'il était toujours pour que les ados se rebellent tant qu'ils le faisaient intelligemment, et autant dire qu'une amish qui disait ne pas vouloir rentrer chez elle, ça lui paraissait la chose la plus légitime du monde et de l'univers, maintenant qu'il avait pu voir de ses yeux ce que ça voulait dire, être amish. Oui voilà, pour une fois la crise était fondée, en fait. Et puis elle avait raison aussi sur le fait qu'elle pouvait avoir des ennuis. Sauf qu'elle en aurait encore plus s'il l'emmenait. Et aussi, accessoirement, il ne croyait à aucune de ses promesses sur le fait qu'elle resterait sage et obéirait à ses demandes. Bon, elle l'avait vraiment aidée et pouvait encore lui être d'une aide précieuse. Point positif. Il n'avait pas l'habitude d'avoir un partenaire et encore moins une gosse, point négatif. Elle avait l'air rapide à la détente, n'avait visiblement pas peur de grand-chose et était débrouillarde à souhait, point ultra-positif. Elle cherchait visiblement un moyen d'échapper au moins temporairement à son enfer perso et semblait prête à tout pour ça, point... sacrément positif, en fait. Tout cela étant dit, il était clair qu'il n'avait aucune raison de ne pas l'emmener si ce n'était qu'il se méfiait naturellement, non pas d'elle mais de ce que pouvait donner leur association. Et puis elle était jeune, aussi, même pas majeure, c'était clair, il allait sûrement violer des tas de lois du Maine en emmenant une mineure à la traque au toxico. Parce que oui, en vérité il avait déjà décidé qu'il allait l'emmener. Son père lui avait toujours dit que son pire ennemi serait les femmes, parce qu'ils n'avaient jamais rien pu leur refuser de père en fils, dans la famille. Il lui jeta un regard en coin et la vit alors larmoyer comme un bébé labrador.

« Wow, je me suis gouré, c'est une carrière d'actrice qui t'attend, toi ! Arrête de faire ça, c'est bon, je suis en train d'y réfléchir... En imaginant que j'accepte de t'emmener, il faudrait quand même que tu ailles bobarder tes parents, non ? Histoire qu'ils n'organisent pas une battue. Parce qu'on risque d'en avoir pour plusieurs jours. Et il te faudrait des affaires, aussi, j'ai pas vraiment de quoi te nourrir ou te prêter des fringues. »

Il ralentit et finit par se garer sur le côté de la route alors que le village était en vue, et se tourna vers elle pour la regarder des pieds à la tête. Ce qui aurait pu passer pour un truc extrêmement pervers, sauf qu'il réfléchissait en termes techniques et logistiques, là, et ne la voyait pas autrement que comme une fille.

« Si je t'emmène, c'est parce que tu m'as bien aidé et que tu peux encore m'aider, j'en suis sûr. Mais ensuite, je rentre chez moi et là ce sera vraiment un adieu, d'accord ? »

Disait-il sans savoir à quel point il avait tort, mais là n'était pas la question pour le moment. En fait la seule chose qui le faisait encore hésiter, c'était qu'il craignait qu'après ça elle ne lui demande de l'emmener, de l'arracher à son village et à sa vie et de... quoi, lui offrir une nouvelle vie ? Il en aurait été bien incapable, il n'aurait pas su comment faire et de toute façon, vivait dans un studio pourri, une vraie garçonnière, et il n'avait pas beaucoup d'argent qui plus est - c'était bien pour ça qu'il courait après Dyeon, pas pour le plaisir de faire une bonne action. Il n'y avait que les chasseurs de prime de télé-réalité qui étaient pleins aux as. Non mais voilà, si elle partait avec lui maintenant, est-ce qu'elle pourrait revenir ? Parce qu'il se connaissait, si au final elle lui disait qu'en rentrant ses parents l'attacherait à un arbre pendant six jours et cette nuits en guise de punition, il ne pourrait pas faire autrement que de l'aider.

« Et puis aussi, c'est dangereux, d'accord ? Pour de vrai, pas comme dans les séries télé. Que tu ne connais pas... Bref, si tu as conscience de ça et que tu es prête à me suivre quand même, alors okay, je t'emmène. »

Il devait vraiment avoir perdu la tête, c'était pas possible autrement. Ou alors, son instinct qui ne se trompait jamais lui faisait prendre en fait une excellente décision. L'avenir le lui dirait bien assez tôt.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Sam 13 Sep - 14:40

Il ne voulait pas qu’elle pleure, elle ne pleurerait pas. D’ailleurs, elle ne pleurait même pas, elle avait juste les yeux légèrement brillants. Mais elle arrêta même ça, puisqu’il lui demandait d’arrêter. Qu’elle aille mentir à ses parents n’était pas une mauvaise idée, bien que l’idée de partir sans rien leur dire – parce qu’elle ne savait pas du tout quel mensonge leur servir et que leur dire la vérité en mode « vous vous rappelez l’anglais impressionnant de tout à l’heure ? Je pars avec pour quelques jours, allez bye ! » était exclu – mais ça équivaudrait à créer des problèmes supplémentaires. Donc il valait mieux qu’elle trouve quelque chose à leur raconter, aussi problématique que ça soit. Daneel cherchait quoi inventer, plutôt que de réfléchir aux questions d’Ezio qui semblait tout prêt à l’emmener avec lui. Comme quoi, sa technique fonctionnait à merveille, mine de rien et elle n’était pas prête de la laisser tomber. C’était compliqué de s’absenter d’une communauté Amish, même en cas de blessure grave ou autre chose qui puisse paraître dangereux. Elle ne pouvait pas rentrer et leur dire qu’elle partait, juste comme ça, il leur faudrait des explications et encore fallait-il en trouver qui tiennent la route. C’était un peu le seul problème qui se posait, pour ce qui était de la nourriture, elle pouvait piocher dans les réserves, elle pouvait même prendre toutes ses économies avec elle, au cas où ça ne suffirait pas, puis pour les vêtements, soit elle prenait les siens – sa garde-robe étant uniquement composée de robes comme celle qu’elle portait actuellement -, soit elle se débrouillait autrement. Et elle avait bien envie de se débrouiller autrement !

C’est à peine si elle remarqua le regard sondeur du chasseur de primes, toute perdue dans ses réflexions intenses qu’elle était, mais la suite lui fit froncer les sourcils. Ben oui, oui, oui, après il rentrait chez lui et elle ne savait pas si ça sous-entendait qu’elle ne devait pas le suivre, mais elle n’en avait pas l’intention, de toute façon. Quand elle pensait qu’elle irait bien faire un tour du côté de Dallas pour voir de ses yeux le ranch des Ewing, elle pensait à plus tard. Bien plus tard, en touriste, pas en tant que pot de colle officiel d’Ezio. Par ailleurs, il était peut-être marié, qu’est-ce qu’elle en savait ? Ce n’était pas parce qu’il ne portait pas d’alliance qu’il ne l’était pas, ou qu’il n’avait pas une fiancée qui ne verrait certainement pas d’un très bon œil qu’une petite Amish le suive partout comme son ombre.

    « Pourquoi vous me dites ça ? J’ai pas le béguin pour vous, hein, je ne vous suivrai pas jusque chez vous, n’ayez crainte. Quand vous repartirez, moi j’irai de mon côté, voilà tout. »


Elle était clair sur ce point, tout comme Ezio était clair sur le danger que représentait cette traque. Daneel ne s’était pas fait d’illusions, elle avait bien compris que c’était dangereux, que c’était un autre monde et que les anglais se battaient à coup d’armes comme celles du géant plutôt qu’à coups de fourche. Mais ça ne lui faisait pas vraiment peur et elle avait très, très envie de s’en aller et de voir du pays. Au risque de se faire bannir à tout jamais car elle venait tout juste de prendre la décision que, finalement, elle dirait la vérité à ses parents, qu’elle y songeait avec le plus grand sérieux depuis un certain temps déjà et que c’était le bon moment. En revanche, elle ne parlerait pas d’Ezio pour ne pas lui attirer d’ennuis, elle dirait qu’elle agissait de son propre chef, ce qui était le cas, de toute façon, ce n’était certainement pas un chasseur de primes qui lui avait retourné la tête. C’était totalement cool et tout ce qu’on veut mais elle ne l’enviait pas spécialement.

    « J’ai bien compris tout ça, oui, et j’ai quand même envie de prendre le risque. Surtout si je peux vous être utile d’une quelconque façon. Ce qui est le cas, je le sais bien, je vous ai vu ciller quand j’ai parlé de Bangor. »


Bangor ou l’une des plus grandes villes du Maine, tout de même, ce n’était pas rien. Mais bon, elle ne pouvait demander à quelqu’un du sud de connaître mêmes les grandes villes d’un état aussi éloigné du sien que le Maine.

    « Vous n’avez qu’à rester là pendant que je vais chercher tout ça et leur dire que je m’en vais. Ça devrait pas prendre trop de temps, puis si je ne suis pas revenue dans maximum une heure, je ne vous demanderai pas de venir me chercher. C’est que ça se sera mal passé. »


Parfaitement rassurante comme formulation, mais ça pouvait aussi mal se passer. C’était déjà arrivé à d’autres Amish qui en avaient un jour eu marre de bosser jour et nuit dans les champs et qui avaient pris la décision de se tirer pour de bon. Bref, parce que ça ne servait à rien de repousser l’échéance, la jeune fille mit son plan à exécution en descendant de voiture et en prenant la direction de son village. Une maison se tenait entre le 4x4 et le village, avec des vêtements pendant à la corde à linge. Après vérification, Daneel s’empara de ce dont elle avait besoin, et tant pis si ce n’était pas exactement à sa taille, ça serait ses tous premiers vêtements d’anglais. Puis elle reprit la route. Dans sa ferme, il n’y avait personne, ce qui tombait très bien, en fin de compte, elle n’aurait pas pu rêver mieux. Bref arrêt dans sa chambre pour récupérer ses maigres économies, des chaussettes et un sac dans lequel tout fourrer, puis un passage obligatoire par la cuisine pour vider un peu les placards et hop, un mot précis, écrit à la main et laissé sur la table de la cuisine plus tard, elle pouvait repartir en évitant le drame de sa vie.

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Dim 14 Sep - 0:42

D’ordinaire, Ezio était quelqu’un d’assez organisé et qui aimait planifier tout à l’avance et échafauder des stratégies. Il considérait l’improvisation comme source d’ennuis et donc, de perte de temps. Il était capable de s’adapter à pratiquement toutes les situations et ne craignait pas de devoir changer ses plans au dernier moment ou d’y ajouter une composante inconnue, comme, par exemple, la présence d’une adolescente amish à ses côtés, mais n’empêche, il ne pouvait pas s’empêcher de se demander ce que ladite composante inconnue allait avoir comme compétence sur ses beaux plans établis à l’avance. Peut-être bien que ça se passerait très bien et que tout le monde serait content à la fin, sauf Dyeon, ce qui serait une réussite totale, mais peut-être aussi que ça se passerait mal et qu’il se retrouverait avec un toxico en fuite et la mort d’une ado sur la conscience. Bon, il n’était pas trop tard pour reculer jusqu’au moment où ils seraient tous deux effectivement face à Dyeon, même si ça ne plaisait pas à Daneel… Mais pour l’instant, il lui avait dit qu’il l’emmènerait avec lui et c’était ce qu’il allait faire. Et puis la réponse de Daneel à sa remarque lui ferma son clapet, et soudain il explosa de rire à en faire trembler les vitres de sa voiture. Wow, elle avait la langue acérée, la gamine qui n’en était plus une. Il leva les mains en l’air et secoua la tête.

« Okay, okay, je prends note. Pas de love story à la fin du film, on se serrera la main et on s’enverra des cartes postales éventuellement. De toute façon, t’es pas mon genre non plus. »

Oui, c’était exactement le genre de phrase que disaient les hommes quand ils se sentaient rejetés par une femme, mais pour une fois c’était tout à fait vrai en ce sens où Daneel était une mineure. Quant à savoir quel genre de femme était son genre, il n’avait pas vraiment de préférence qui ce n’était qu’il était sûr et certain de n’avoir encore jamais croisé la femme qui saurait le faire s’arrêter sur place et ne plus jamais repartir. Et donc, il avait bien compris que pour Daneel, la fin de leur traque ne signifierait pas la fin du voyage pour elle. Ça, c’était sa vie, sa décision, et il n’avait pas à la commenter, sauf qu’en l’occurrence et compte tenu de son existence actuelle, il l’aurait bien applaudie. Lui-même voyageait beaucoup depuis très longtemps, ne serait-ce qu’à l’intérieur du pays, et il aurait déjà fallu plusieurs vie pour voit tout ce que les États-Unis avaient à proposer. Il adorait ça, aimait sa solitude et sa vie sur les routes et ne découragerait jamais personne de partir découvrir le monde. Soit, tout était mis au point, même su le fait qu’elle acceptait le danger de la chasse. Sur ce point, Ezio avait des doutes, non pas qu’il ne la croyait pas mais il n’était pas sûre qu’elle ait jamais été confrontée au genre de violence à laquelle il avait pensé en la prévenant. Et face à ce genre de situation, personne ne savait à l’avance comment il allait réagir. Il lui adressa un hochement de tête approbateur quand elle le tacla sur le fait qu’il ne savait pas ce qu’était Bangor, dernier clou dans le cercueil de ses réserves quant à la présence de Daneel à ses côtés.

Restait donc à la laisser prévenir ses parents et récupérer trois bricoles, et ils pourraient y aller. Il était clair qu’Ezio n’allait pas la suivre jusque chez elle, pour le coup il serait tout aussi mal accueilli que la première fois et elle, elle ne pourrait probablement plus jamais sortir de sa chambre si elle était vue ainsi à ses côtés. Il n’avait aucune idée de ce qu’elle allait leur raconter comme histoire et si les amishs pouvaient avoir une bonne raison de quitter leur village quelque temps. Elle se débrouillerait, et si elle ne se débrouillait pas, il partirait sans elle, il n’aurait pas d’autres solutions. D’ailleurs elle le lui dit elle-même et il hocha de nouveau la tête. L’idée qu’elle soit punie et enfermée et mariée au débile du village pour son crime n’était pas plaisante mais bon, il ne pouvait pas débouler sur la place du village en tirant en l’air avec ses flingues et en hurlant « je m’oppooooooose ! » et en tuant tout le monde à la cérémonie pour ensuite l’emmener sur son cheval blanc dans le soleil couchant. Il la regarda donc descendre de la voiture et partir sur la route toute seule, petite silhouette gracile, en se demandant s’il la reverrait un jour.

Il aurait pu partir là, tout de suite. Il ne l’aurait jamais revue de toute façon et elle l’aurait probablement détestée longtemps, mais la vie était injuste. Cependant, elle lui faisait visiblement confiance, et Ezio décida donc de respecter sa part du marché et d’attendre une heure. Il alluma la radio, capta plusieurs stations cathos flippantes, de la musique de redneck nordistes et une pop gluante pourrie, l’éteignit, sortit ses cartes pour les étudier et noter les endroits dans les environs où Dyeon aurait pu aller à dos de cheval, fit le compte de son argent et de ses munitions, et juste comme ça, l’heure passa, et toujours pas de Daneel. Il descendit de voiture à son tour et s’appuya contre la carrosserie en s’attendant à moitié à la voir débarquer en courant poursuivie par toute sa famille, soit le village entier, probablement, pour utiliser un des nombreux stéréotypes qui couraient sur les communautés amish. Allez la chercher ? Bon, il pouvait au moins s’approcher ? Mais finalement, ce ne fut pas la peine, car elle apparut enfin. Elle avait un petit sac et portait des habits qui n’étaient clairement pas les siens. La seule amélioration par rapport à avant c’était qu’elle pouvait bouger plus librement avec un pantalon qu’avec une robe, mais sinon, ces habits ne faisaient pas plus honneur à sa beauté que les précédents, et le choc entre les habits et la fille qui se trouvait dedans était rude. Il la salua de la main comme si ça faisait trois semaines qu’ils s’étaient séparés.

« Hey ! Alors, on peut partir tranquille sans craindre de se faire courir après ? Tout est réglé ? »

Il fit le tour de la voiture pour lui ouvrir la porte et grimpa derrière le volante à son tour avant de récupérer un autre téléphone portable dans la boîte à gants, beaucoup plus petit.

« Tiens. On va se rapprocher de la civilisation et on aura du réseau, alors garde-le toujours avec toi. On ne se sépare pas, mais c’est juste au cas où. Il fonctionne exactement comme l’autre, sauf que tu peux prendre des photos avec celui-là, tu vois… »

Il la vannait un peu et en même temps il se disait que c’était probablement la première fois qu’elle voyait un truc pareil prendre des photos pareilles. Il décida de ne pas lui donner d’arme, surtout que ça aurait été illégal vu qu’elle n’avait pas de permis, a priori. Puis il déplia sa carte pour la montrer à Daneel.

« Avec un cheval, il ne peut pas aller bien loin, alors on le trouvera dans un rayon d’une dizaine de kilomètres grand maximum. Aucune chance pour qu’il se soit enfoncé dans la forêt en direction de nulle part, aucune chance aussi pour qu’il ait emprunté les grands axes, donc on va commencer par aller dans ce patelin, entre ici et Bangor, donc. Si tu penses à quoi que ce soit en chemin, un endroit où il pourrait aller, trouver de l’aider, voler de la bouffe ou une voiture, n’hésite pas à me le dire. »

Et là-dessus, il fallait qu’ils s’y mettent, parce que l’après-midi était déjà bien entamée, et quoi de pire que de se retrouver la nuit sur une route paumée du trou du cul du Maine.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Lun 15 Sep - 15:59

La traque avait duré une bonne partie de ce qu’il restait d’après-midi. Ezio menait les opérations, et Daneel ne se permettait pas de contester, sauf si elle était certaine qu’il se trompait et que Dyeon puisse prendre une autre direction. Ça faisait partie du deal, en somme, mais elle ne contestait pas beaucoup car il aurait effectivement pu visiter tous ces villages – qui selon elle, s’apparentaient plus à des villes, tellement c’était plus grand que son propre village – que ce soit pour y trouver de quoi se nourrir ou même pour voler une voiture, forcément. Une fois sorti de son village, il y en avait un sacré paquet partout, de voitures, ça ne restreignait donc en rien leur champ de recherches. Pour l’instant, ils avaient surtout beaucoup tourné en rond autour de son village, dans un rayon de dix kilomètres, puisque c’était le plan du chasseur de primes, mais ils n’avaient pas trouvé trace du criminel en fuite. La jeune fille avait la sensation qu’il était tout près, qu’il le ratait d’un cheveu à chaque fois, puisqu’il savait très bien qu’il devait se planquer s’il ne voulait pas se faire attraper. En tout cas, cette fois ils étaient sur la bonne voie et s’il avait tout fait pour ne pas laisser d’indice, son cheval ne faisait pas preuve d’autant de retenue, lui. Et quand bien même il pourrait s’agir de n’importe quel cheval, ils avaient son signalement et des témoins oculaires qui s’ignoraient.

A la nuit tombée, il fallut songer à prendre une pause, et quoi de mieux pour cela qu’un motel miteux en bordure de route ? Une chance qu’elle ait pensé à prendre un peu d’argent avec elle car voilà bien quelque chose qu’Ezio avait omis dans son plan sans failles. Eh bien, ça serait sa première nuit en dehors de son lit et ça faisait un peu bizarre mais elle avait hâte, en même temps. Il devait sûrement y avoir un poste de télévision, sans doute pas du dernier cri comme on en voyait dans les vitrines, mais un poste de télévision tout de même et elle avait surtout hâte de se planter devant et de zapper sur toutes les chaînes. Après avoir passé plusieurs heures dans la voiture, touché aux quelques boutons qu’elle avait le droit de toucher, notamment ceux de la radio, elle avait bien besoin de se dégourdir les jambes, ce qui tombait extrêmement bien puisque ça lui permettait de donner un peu de son argent au géant pour qu’il lui prenne une chambre à elle et lui évitait, par la même occasion, de croiser une tête qui aurait pu la reconnaître. En partant de la façon dont elle était partie, il valait mieux qu’elle ne croise personne qu’elle connaissait avant d’être arrivée à Bangor, au moins. Si leurs recherches les menaient là, évidemment.

Daneel marchait devant ce qui devait être la réception, étant donné que c’était ce qui était écrit sur la porte en se disant que c’était elle l’intruse, à présent, mais que ça se passait plutôt bien, puisque personne ne l’avait encore montrée du doigt ni quoi que ce soit de ce genre. Puis son regard tomba sur le distributeur qui se trouvait juste devant la réception. Il ne fallait pas croire, elle savait ce que c’était, elle savait que si on insérait des pièces dans la fente, on pouvait avoir des trucs en échange. C’était juste qu’elle trouvait ça fascinant, en fait, comme une sorte de jeu. C’était autrement plus drôle d’acheter des trucs comme ça plutôt que de tendre sa monnaie à un vendeur pas toujours aimable. D’ailleurs, elle décida qu’elle n’avait pas envie de shoo-fly pies alors que c’était là à peu près tout ce qu’elle avait pris, enfermé dans une petite boîte. Elle pourrait toujours en donner à Ezio, s’il en voulait. Toujours est-il qu’elle sortit de la poche de son jean volé – Winona Ryder serait fière d’elle si elle savait, franchement – toutes les pièces qu’elle avait sur elle.

Le fonctionnement était simple, heureusement, il lui suffisait d’appuyer sur les touches correspondant à ce qu’elle tenait absolument à goûter. A savoir tout un tas de barres chocolatées, de chips et de soda. Toutes ces saletés bourrées de conservateurs et d’allez savoir quoi d’autre encore étaient aussi interdites dans son village, bien que rien ne le stipule vraiment, alors ça aussi, ça serait une grande première pour elle.
Des gens commençaient à faire la queue derrière elle en ronchonnant très fort parce qu’une espèce de barjot était en train de vider le distributeur quand Ezio sortit enfin, clefs en main. L’Amish ramassa son butin et se tourna vers le géant.

    « Regarde un peu tout ce que j’ai ! »


Son timbre n’était pas très différent de celui d’un gosse venant de déballer ses cadeaux de Noël ou de celui d’un pauvre gars venant enfin de décrocher le gros lot à la loterie. Et oui, elle avait finalement laissé tomber le vouvoiement, le temps que durerait la traque. Mieux valait le voir comme un ami que comme un supérieur, non ? Puis elle le suivit, les bras chargés jusqu’à leurs chambres, excitée comme une puce de pouvoir allumer la télé et regarder tout ce qui lui chanterait. Il leur fallut passer devant toutes les autres pour enfin arriver aux leurs et elle s’empressa de récupérer sa propre clef pour aller voir à l’intérieur. Un lit, une télé, un bureau minuscule et une sorte de mini-salle de bains que l’on pouvait seulement deviner, de là où elle se trouvait. Le tout très miteux mais c’était sûrement ainsi que ça se faisait. Puis une porte, même pas verrouillée en plus, puisqu’après avoir laissé tomber tous ses trucs sur le lit, Daneel s’était jetée dessus pour voir. Elle communiquait avec la chambre voisine qui, par chance, était celle d’Ezio.

    « Est-ce qu’on peut la laisser ouverte ? Juste au cas où je m’en sortirais pas avec la télé. »


Puis elle avisa une sorte de boîte tout à côté du lit et ça semblait être le même principe que le distributeur puisque le but était d’y mettre des pièces – quel dommage qu’elle n’en ait plus pour essayer – sauf qu’on ne recevait rien en échange.

    « A quoi ça sert ? »

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Mar 16 Sep - 17:46

Ezio n'était pas habitué à voyager avec un passager et encore moins avec une passagère et surtout pas avec une passagère amish. De ce qu'il retiendrait surtout de ces heures-là, c'était le son de la radio, où comment Daneel était aussi rapide à changer de station toutes quatre secondes comme un ado peut zapper devant sa télé à la vitesse de la lumière. D'habitude, quand il roulait sur de longs trajets, il se collait du vieux rock à fond dans l'habitacle, ou l'intégrale de la Motown, voire quelques best-of de Tina Turner. Mais Daneel n'avait pas trouvé les CD et il ne lui avait pas dit qu'il y avait des ds parce qu'au bout de quelques minutes à peine il avait abandonné l'idée de passer un trajet dans le calme et la volupté. Que ce soit en tripotant la radio, en manquant de peu de poser les doigts sur l'allume-cigare incandescent qu'elle avait elle-même allumé sans faire exprès, en déclenchant la clim histoire que le froid et l'humidité de l'extérieur soient exacerbés à l'intérieur ou même en baissant et relevant l'intégralité des vitres du tout-terrain, il n'y avait pas un seul truc qui avait échappé à son regard et qu'elle n'ait pas eu envie de tester. C'était drôle et désespérant à la fois et si au départ il s'était retenu de lui dire de ne pas toucher ci ou ça dès qu'elle trouvait un nouveau truc à tester, il avait vite fini par lâcher l'affaire. Et donc ils avaient roulé dans un medley de chansons et de pubs mélangées. Dans tout ça, à chacun de leurs arrêts, ils gens avaient peut-être mais peut-être pas vu Dyeon, qui voyageait peut-être à cheval mais peut-être en voiture pour aller au nord, au sud, à l'est ou à l'ouest. Un grand classique du témoin standard qui faisait que si dix personnes voyaient une voiture écraser une petite vieille, chacun affirmerait que ladite voiture était d'une couleur différente. Tout ça fut absolument contre-productif et pourtant, il n'y avait pas moyen que Dyeon, avec sa tête de tueur en série placardée un peu partout comme au far-west - et par un peu partout il voulait dire "dans les stations services' - et en pleine crise de manque, ait pu aller bien loin.

La nuit tombée, il décida de s'arrêter dans un motel, dans un village paumé plein d'un autre sous-genre délicieux de l'humanité : des rednecks. Daneel avait de quoi payer sa chambre, ce qui était plutôt bien, parce qu'il ne fallait pas non plus que cette traque finisse par lui coûter de l'argent, tout de même, il faisait ça pour bouffer et payer ses factures, lui. Pendant qu'il payait la réceptionniste en liquide avec son argent et celui de Daneel, celle-ci se mit à zoner, sous l’œil curieux de la femme. Ezio commençait à s'impatienter. Il n'était pas vraiment pressé mais bon, il avait grande envie d'avoir la clé de sa chambre histoire de prendre une douche et de boire un coup, donc si cette bigleuse voulait bien accélérer le mouvement... Il tapa sur le comptoir du plat de la main, arrachant un sursaut à la femme, qui le foudroya du regard et lui répondit en faisant une immonde bulle de chewing-gum. Charmant. Il récupéra enfin les clés de leurs chambres et tourna les talons et sortit, pour tomber nez à nez avec Daneel qui avait les bras chargés de saloperies achetées au distributeur, au grand désespoir d'un groupe de gens qui se massaient devant. Un môme pleurait parce qu'il n'y avait plus de Fritos dans la machine, ce qui semblait logique vu que Daneel en avait acheté quatre paquets. Bon, c'était son droit après tout, elle avait de l'argent, elle avait payé, elle obtenait tous ces trucs en échanges, le monde était ainsi fait. Lui-même se nourrissait de façon similaire, sauf que ce n'était pas quelques snacks qui allaient le caler, mais il avait déjà prévu tout à l'heure de se trouver un diner quelque part pour avaler un ou deux hamburger avec une assiette de frites et quelques milkshakes, le tout arrosé de café. Il resta un moment le bec ouvert face à la jeune fille puis hocha la tête.

« C'est bien. J'espère que t'as pas claqué tout ton argent, mais c'est une bonne façon de le dépenser, en même temps. J'ai hâte que tu fasses connaissance avec les sites de vente en ligne. Allez viens. »

Il l'entraîna vers les chambres, dans un bâtiment attenant à la réception, au premier étage. De chaque porte qu'ils dépassèrent émanaient divers bruits typiques des hôtels pas chers fréquentés par la plèbe : télé à fond, beuglements du mari engueulant sa femme, grincements de sommier déjà défoncé, etc. Pour le moment, Ezio s'en foutait, mais cette nuit, ça ne serait plus la même histoire. Il avait le sommeil léger. Mais il ne s'inquiétait pas non plus, en général quand il allait frapper à une porte pour demander à un voisin de fermer sa gueule, le voisin en question obéissait. Ça devait aider qu'Ezio soit obligé une fois sur deux de se baisser pour s'encadrer sous le chambranle. Il tendit sa clé à Daneel qui se jeta dessus, puis se jeta dans sa chambre. Il la suivit, puisque de toute façon sa propre chambre serait le clone de celle-là, et il songea que c'était un peu limite pour elle, comme premier contact avec le monde de l’hôtellerie. Mais bon il n'avait pas les moyens de se payer mieux, et elle encore moins, et peut-être qu'un jour elle pourrait se payer des chambres au Ritz. Il haussa les épaules à la demande de Daneel.

« Si tu veux. Tu te rends compte que je pourrais être un tueur en série spécialisé dans le découpage des ados ou bien un vendeur d'organes sur le marché noir ? »

Bon, c'était pas une pauvre porte rongée par les termites qui l'empêcherait de venir s'il le voulait mais quand même, ce serait bien qu'elle ait quelques réflexes de survie, tout de même. Cela dit, elle ne l'écoutait pas, obnubilée par le lit vibrant. Il alla déposer ses affaires dans sa chambre, gardant ses armes cependant parce que pas question qu'un taré ou qu'un gamin ou même Daneel mettent la main dessus pour jouer avec. Avec un grand pouvoir venaient de grandes responsabilités. Bref, il sortit une pièce de sa poche et la glissa dans le boîtier avant de faire signe à la jeune fille de se poser sur le lit.

« C'est un truc d'hôtel de passes, à la base. J'imagine que c'est censé masser, moi ça me donne juste l'impression de faire une descente d'organes. Et comme tu vois, c'est payant. A partir de maintenant, sache que tout ou presque sera payant. Par exemple, la télé... »

Il récupéra le dépliant usé posé sur le vieux poste et l'agita devant lui.

« Si tu veux mater des chaînes à péage, ça comptera dans le prix de la chambre, alors évite le porno. Oh, et puis au cas où ça te manque, tadaaaan ! »

Il avait sorti la bible rangée dans le tiroir de la table de nuit. Le lit continuer de faire un léger vibrato dans le silence et il ouvrit la bible pour tomber sur des dessins obscènes dedans, évidemment. Aaah, les gens... Il reposa le pavé à sa place et retourna jusqu'à la porte qui séparait leurs chambres.

« Je me douche et on ira bouffer si tu veux, en attendant tu peux grignoter ton butin. Et ferme la porte de ta chambre de l'intérieur en laissant les clés dessus. Et casse rien, okay, cette garce à la réception nous le ferait payer au centuple. »

Pourquoi est-ce que tout d'un coup il parlait comme s'il était son père, aucune idée. Il lui piqua un paquet de Fritos qu'il ouvrit et renversa au-dessus de sa bouche ouverte tout en retournant dans sa chambre. Après tout c'était une chambre de motel, pas le septième cercle des enfers, il pouvait très bien la laisser seule dix minutes, tant qu'elle y restait aussi. Il récupéra quelques fringues dans son sac et s'enferma dans la micro-salle de bains où il pouvait à peine bouger. Au moins, il y avait de l'eau chaude, c'était déjà ça.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Mer 17 Sep - 13:35

Inutile de préciser que Daneel ne savait pas ce que pouvait bien être des sites de vente en ligne. Elle avait entendu parler d’internet à une ou deux reprises, ne comprenait pas bien le principe mais avait la vague impression que c’y était relié de près ou de loin. Du coup, elle aussi avait hâte de faire cette découverte. D’autant que, jusque maintenant, tout était bien trop excitant pour qu’elle ait, ne serait-ce qu’un peu, le mal du pays. Peut-être même que ça ne viendrait jamais, en fin de compte. Et ça lui faisait un peu peur, pour être honnête. Ne pas regretter d’avoir quitté son village et leurs coutumes archaïques était une chose, mais ne pas regretter d’avoir quitté ses parents en était une autre. C’était probablement dû au fait qu’elle ait été adoptée et qu’elle leur en voulait pas mal de l’avoir gardée captive durant toutes ces années. Ou peut-être pas, et alors le regret viendrait plus tard. Dans tous les cas, c’était une trop belle journée pour la gâcher de la sorte avec des pensées négatives et elle les chassa bien vite pour se concentrer sur sa chambre. Chambre qui n’était ni très belle, ni très propre mais ça lui convenait tout à fait. Surtout qu’il y avait de l’électricité et, en toute franchise, elle n’en demandait pas plus pour sa première nuit en dehors du village.

Effectivement, maintenant qu’elle y pensait, il pourrait être un tueur en série revendeur d’organes, mais elle ne connaissait pas les codes, et, dans sa tête, s’il avait passé toute la journée avec elle sans la tuer alors qu’il en avait eu l’occasion à plusieurs reprises, c’est qu’il était bien un chasseur de primes et rien de plus. Bien sûr, elle ne remettait pas en doute qu’il soit réellement capable de tuer quelqu’un, ça arrivait parfois, lorsqu’on était chasseur de primes, non ? Mais dans ce cas, elle était tout aussi dangereuse que lui, étant donné qu’il lui était arrivé d’achever de pauvres bougres dont la cage thoracique avait été enfoncée par une carriole. Ça ne lui avait jamais vraiment posé de problèmes, à elle, puis c’était mieux ainsi que de les voir agoniser durant des heures. Cela étant dit, elle aimait autant ne pas en parler, ce n’était pas vraiment quelque chose dont on pouvait se vanter même si elle était convaincue de leur avoir rendu service. Pour toute réponse, Daneel haussa les imperceptiblement épaules et attendit sagement qu’Ezio revienne pour lui montrer à quoi servait la boîte qui se trouvait à côté du lit.

Un truc d’hôtel de passes, oui d’accord, voilà encore quelque chose qui la dépassait totalement. Il n’y en avait pas par chez elle, ou alors il y en avait mais ça faisait partie de ces sujets que l’on ne pouvait aborder devant n’importe qui. Ça ne l’empêcha pas de faire comme si elle avait tout compris et de s’asseoir sur le lit. La jeune fille ne savait pas si c’était pratique niveau massage mais en tout cas, c’était drôle, puis ça faisait trembloter sa voix et ça aussi, c’était l’éclate. Mieux qu’une journée à Disneyland, même si encore une fois, elle ne savait même pas ce que c’était, Disneyland. Elle écouta néanmoins ce qu’Ezio avait à lui dire. Désormais, tout serait payant, dont certains films. Pas besoin de lui dire de ne pas regarder de films porno, ça elle savait ce que c’était parce que les garçons de son village faisaient souvent mine de s’arrêter à la station-service pour troquer des trucs alors que tout ce qu’il les intéressait, en réalité, c’était les magazines de ce type. Affligeant, oui, c’était bien pour ça qu’elle ne regarderait pas, encore moins si c’était payant. Elle avait déjà pas mal puisé dans ses économies, même s’il lui en restait encore pas mal, elle ne dépenserait pas un centime dans quelque chose qui ne l’intéressait pas. Comme la Bible, par exemple. Elle n’était pas payante, elle ? Non parce qu’elle ne l’intéressait vraiment pas, alors elle se ferait un plaisir de ne pas y toucher.

En revanche, elle était d’accord sur le fait qu’il fallait impérativement qu’elle fasse attention à ne rien casser. Pas qu’elle soit particulièrement maladroite, au contraire, elle était même plutôt habile mais c’est toujours quand il ne faut surtout pas qu’on casse quelque chose. Et elle se précipita sur la porte pour faire ce que le géant avait dit de faire. C’était une habitude à prendre. Dans son village, personne ne fermait jamais à clef. Puisqu’il s’agissait d’une petite communauté, les gens tâchaient de ne pas se voler entre eux mais là, c’était la ville, alors forcément, c’était différent. Puis elle hocha finalement la tête et ne broncha même pas quand Ezio lui piqua un de ses paquets de chips pour le dévorer à la vitesse de la lumière.

Bien, s’il allait prendre sa douche, elle devrait peut-être en faire autant ? Ça aussi, ça serait une première, mais ce ne devait quand même pas être si sorcier, en général, et si l’on se référait aux films qu’elle avait vus, elle suffisait de faire tourner un robinet. Peut-être deux, mais un seul ça suffirait dans son, habituée aux douches froides même par -15 qu’elle était. Daneel se rendit jusqu’à la salle de bains, nota à quel point c’était minuscule ainsi que la présence de serviettes en éponge pour le moins suspectes. Elle se pencha au-dessus de la douche et toucha au robinet, ouvrant l’un d’eux à fond, mais pas de chance, c’était celui d’eau chaude qui lui fit pousser un cri alors qu’elle en était toute éclaboussée. Lorsqu’elle voulut couper l’eau, le robinet se dévissa totalement, et lui serait resté dans la main si elle n’avait pas eu la bonne idée de le lâcher, zébrant le seul en céramique de la douche par la même occasion. Heureusement que l’eau avait cessé de couler. Cette première douche était un véritable désastre, sauf si prendre sa douche tout habillée était le but. Mais est-ce que ce truc était cassé ? Fêlé, oui, mais peut-être pas tout à fait cassé, autant jouer sur les mots tant que c’était faisable. Trempée et toute rouge, mais pas brûlée, elle alla jusqu’à la porte menant à la chambre d’Ezio mais ne fit pas un pas de plus, jamais elle ne se serait permise d’entrer dans sa chambre sans y avoir été invitée au préalable.

    « Euh Ezio, je crois que j’ai cassé un truc, mais on peut peut-être prétendre que c’était comme ça quand on est arrivés… »


C’est vrai quoi, vu l’état de la chambre, ça pouvait carrément passer ! Sinon, ils pouvaient toujours se taire et la garce de la réception ne le verrait qu’une fois qu’ils seraient partis, et loin, qui plus est.

✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Mer 17 Sep - 20:06

Aaaah, la douche, quel merveilleux moment pour réfléchir à des trucs. Ezio sentait bien que l’eau chaude n’allait pas durer éternellement, surtout si tous les clients du motel décidaient, pour le faire chier lui, de prendre leur douche exactement au même moment, mais n’empêche, il eut largement le temps de passer en revue quelques plans de bataille concernant Dyeon et d’imaginer ce qu’il lui ferait une fois qu’il lui aurait mis la main dessus, puis de penser à sa propre tête à lui placardée sur toutes les bouteilles de lait de l’État parce qu’il avait kidnappé une mineure. Ouais, ça pouvait très bien arriver. Il n’avait aucune idée de ce que Daneel avait raconté à ses parents, mais il n’y avait pas moyen qu’ils soient restés sur le pas de la porte à agiter un mouchoir, la larme à l’œil, en la regardant partir dans le monde moderne en compagnie du grand salopard qui était venu leur imposer sa grosse bagnole et ses gros flingues quelques heures plus tôt. Il n’y avait aucune bonne raison, rien qui aurait pu les convaincre de laisser Daneel le suivre, et donc, il était clair que soit elle ne leur avait rien dit et s’était enfuie, soit elle s’était enfuie sans rien leur dire, c’était au choix. Et quand ils s’apercevraient de sa disparition, est-ce qu’ils se diraient que leur grande ado un peu rétive avait fugué ? Que nenni, ce serait bien trop tentant d’accuser l’hérétique de service, et en plus ça servirait leur cause de tarés sectaires que de le désigner du doigt pour faire peur aux enfants, façon « vous voyez, le monde extérieur est mauvais et ses habitants sont des démons bronzés et vulgaires ». Ce qui était vrai, cela dit. Enfin, pour le côté bronzé, un peu moins dans ce coin du pays, mais bref. Ils allaient se convaincre qu’il avait enlevé leur fille, il s’en convaincrait lui-même, à leur place. Il fallait vraiment qu’il se grouille de trouver Dyeon et qu’il file d’ici. Si ses parents voyaient sa gueule en boucle aux journaux télévisés avec en bandeaux « le chasseur de primes chasse désormais les petites filles », même pas en rêve il ne pourrait remettre les pieds chez lui pour faire repasser son linge.

Il venait de sauter dans son jean quand il entendit un cri émaner de la chambre d’à côté. Se saisissant de son holster chargé de ses deux pistolets, il sortit de la salle de bains en s’attendait à moitié à trouver Daneel égorgé par quelque pécore attardé du coin, mais non, elle était planté devant la porte communiquant entre leurs chambres, trempée et rouge comme un homard, et l’air embêtée. Cassé un truc ? Il grogna et entra dans la salle de bains, son regard tombant sur le sol de la douche fendu. Ah ben voilà, elle l’avait fait. Et comment, par tous les dieux des douches et des faïences ? Il ne voyait pas comment elle avait fait, même lui, s’il avait voulu, n’aurait pas réussi un truc pareil, à part avec une masse.

« Bon, ben c’est pas grave, on sera loin quand ils s’en rendront compte, et comme j’ai payé en liquide, ils m’ont même pas demandé une pièce d’identité. Toujours payer en liquide, c’est super important. »

Comme si c’était super important pour elle. Mais bon, il venait de penser à un truc pour minimiser l’incident, et ça le mettait dans une humeur pédagogue. Il retourna dans sa salle de bains et décolla le tapis de bain en plastique ventousé au sol pour aller le coller par-dessus la fêlure. Les gens avaient pour habitude de se barrer avec des tas d’objets volés dans leurs chambres d’hôtel, et pourquoi pas un tapis de bain, ce qui expliquait qu’il y en avait un dans sa douche à lui et pas dans la sienne à elle.

« Tu devrais te sécher et te contenter du lavabo pour le moment. Je termine de m’habiller et je suis dehors dans dix minutes, si tu veux venir, sois prête, sinon je pars sans toi. »

Non, il n’allait pas lui montrer comment se doucher, c’était trop embarrassant. Tout à l’heure s’il trouvait du réseau, il lui montrerait une vidéo Youtube, voilà. Il retourna dans sa chambre enfiler un tee-shirt blanc et ses rangers, enfila son holster et une veste par-dessus et sortit, allant jusqu’à sa voiture pour vérifier que tout était en ordre. Le coffre était encore plein de quelques armes et munitions mais il avait confiance. Sa voiture serait beaucoup plus dure à braquer que la chambre de motel. Le soir tombait et de l’autre côté de la rue, la petite ville commençait à s’éclairer. Ils n’auraient aucun mal à trouver un diner dans le coin, pas besoin de prendre la caisse. Il se retourna pour voir Daneel arriver.

« Alors, t’as faim ou tu t’es gavée de chips ? Tu m’as pas l’air d’être du genre à t’affamer pour rentrer dans un jean slim taille enfant. Tu veux manger quoi, pour ta grande sortie dans le vraie monde ? Pizza ? Hamburger ? »

Ce ne serait pas avec lui qu'elle goûterait des trucs gastronomique et diététique, ça c'était sûr. Il se mit en route, direction la civilisation, et ajouta, perplexe :

« D’ailleurs, vous mangez quoi dans ton village de Schtroumpfs, des salades et des patates ? Vous égorgez un mouton de temps en temps ? Tu sais ce que c’est, le ketchup ? »

C’est qu’on était élève à tout âge et il était tout prêt à en savoir plus sur ces étranges personnes un peu simplettes qu’étaient les amishs, tout de même.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Jeu 18 Sep - 13:51

Toujours payer en liquide, Daneel décida de retenir ça et sans doute s’en servirait-elle plus tard. Dans le fond, elle était contente qu’Ezio ne l’ait pas engueulée alors qu’il lui avait demandé de ne rien casser seulement dix minutes auparavant. Peut-être un peu plus. Cela étant dit, ce n’était pas son père et elle ne l’avait pas fait exprès, non plus, elle avait juste voulu prendre une douche, comme tout le monde, et elle n’en pouvait rien si la plomberie était défectueuse et leur robinet si lourds qu’ils en cassaient les bacs en céramique lorsqu’ils tombaient. Ce qui signifie qu’elle n’avait même pas à se sentir coupable. Comme le lui prouva le chasseur de prime en cachant la zébrure à l’aide d’un tapis de douche. Oh oui, effectivement, ça réglait tout et elle n’y penserait même pas à chaque fois qu’elle la verrait, puisqu’elle ne la verrait plus du tout. Puis elle n’allait pas vivre dans ce motel non plus, il y avait pas de chance qu’Ezio tombe par hasard sur ce Dyeon ce soir, alors ils seraient repartis le lendemain matin. Bref, elle se contenterait d’utiliser le lavabo et de se sécher, tout comme il venait de le lui dire et elle devrait se dépêcher, qui plus est, car elle n’avait vraiment pas envie qu’il parte sans elle, sans l’avoir même attendue. Certes, elle ne mourrait pas de faim même si elle n’y allait pas, mais elle avait envie de voir autre chose que les quatre murs de sa chambre, quand même.

Une fois que le géant fut sorti pour finir de se préparer, elle se contenta seulement d’essorer t-shirt et cheveux, et elle se servirait du lavabo plus tard, tant pis, elle ne voulait pas se mettre en retard et il était hors de question qu’elle se serve de ces serviettes pour le moins louche. Les Amish sont des gens simples, peut-être, mais propres, il ne faut pas exagérer. Ensuite elle rejoignit Ezio sur le parking, après avoir mis en pratique ce qu’il lui avait enseigné, à savoir : toujours fermer sa porte. Et oui, c’était vraiment un réflexe à prendre. Pour répondre à sa question, Daneel mourait de faim, mais elle ne le dirait pas, sûrement pas après la phrase qui avait suivi. Est-ce que ça voulait dire qu’elle était grosse ? Non parce qu’elle n’en avait pas l’impression, elle avait toujours été grande et élancée sans faire de régime particulier, certains ont de la chance et elle en faisait partie, apparemment. Puis il lui donna le choix entre hamburger et pizza. Pour une fois, elle pouvait choisir ce qu’elle mangerait, et ça c’était chouette, en revanche, quel choix cornélien ! En se promenant en ville, il lui arrivait souvent de sentir toutes les odeurs alléchantes qui embaumaient Main Street et elle avait toujours eu envie de goûter à tout. D’accord, ça sentait le chimique mais c’était bien pour ça que c’était différent de toutes les odeurs qui se dégageaient de son village.

    « Je vote pour la pizza ce soir ! Et oui, non seulement on tu les moutons, mais aussi les lapins et parfois le bétail, quand il est en fin de carrière. Mais je suis végétarienne, alors je touche pas à tout ça. On fait aussi des tartes et des shoo-fly pies, c’est une sorte de crumble, un crumble Amish. J’en ai un peu, tu pourras goûter, si tu veux. »


Il pourrait même tout prendre, elle ne pouvait plus voir ce dessert en peinture et n’en avait pris que parce qu’elle ne savait pas quoi prendre d’autre et que c’était quand même meilleur que le reste. La ville s’illuminait et Daneel regardait tout avec admiration. Il y avait des lumières de partout, si bien qu’elle ne se rappelait même pas en avoir un jour autant. C’était tout l’inverse de son village, où, dès que la nuit tombait, il faisait aussi sombre que dans le derrière d’une vache. Expression populaire, elle n’avait jamais voulu vérifier. Dans tous les cas, c’était quasiment impossible de se déplacer dans son village sans lumière alors qu’ici, les néons des magasins suffisaient à éclairer toute une rue. Ils passèrent devant la vitrine d’un tatoueur et Daneel s’arrêta une seconde pour contempler les jolis dessins qui y étaient collés. Certains Amish avaient des tatouages, mais généralement faits à la main et ça ne ressemblait en rien à ça. Elle n’en avait jamais voulu, pour sa part, elle trouvait que c’était un rite barbare et jamais une aiguille n’approcherait sa peau, de toute façon. Puis ils reprirent leur route et ne trouvèrent pas de pizzeria à proprement parler mais un établissement qui en vendait. Façon New York, d’après l’autocollant collé sur la vitrine. Il parait que c’est la meilleure, alors autant entrer là, surtout si Ezio n’avait pas envie de pizza et préférait un hamburger, ou autre chose, ils vendaient plein de spécialités différents, apparemment.

Daneel poussa la porte et un brouhaha incroyable s’échappa de l’établissement. L’endroit était bondé et c’était parfaitement intimidant même si d’un autre côté, ça faisait plein de témoins qu’Ezio pourrait interroger d’une façon ou d’une autre, car il y avait fort à parier que presque tous fréquentait la station-service du coin et avait à cœur d’aider à capturer un criminel en cavale pour le bien de la patrie. La jeune fille se recroquevilla sur elle-même, baissa les yeux au sol – pas très propre non plus – et fonça s’asseoir à la seule table vide de l’espèce de restaurant. Elle était petite et coincée contre un mur, ce qui l’arrangeait puisque c’était discret. Mais non, elle ne se comportait pas du tout comme une fugitive. Tout le monde parlait très fort et elle-même dut hausser le ton pour se faire comprendre.

    « C’est quoi des Schtroumpfs, au fait ? »


Jamais entendu parler. Là-dessus, elle s’empara de la carte et remarqua, pour la meilleure pizza de la ville, il fallait débourser pas mal. Bon ben dans ce cas, pas de soda. Surtout si elle voulait un milkshake aussi… ce n’était pas une légende, la vie en dehors de son village était vraiment chère.

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Jeu 18 Sep - 21:36

Daneel choisissait la pizza et de l’avis d’Ezio, c’était un excellent choix. Beaucoup plus excellent que, par exemple, un repas façon amish. Bon, il avait grandi à dans la banlieue pauvre de Houston et allait souvent avec ses parents dans la campagne profonde texane pendant les vacances, entre fermes et ranchs, donc il avait vu son lot de poulets plumés et le reste, mais quand même, il avait vu de ses yeux que la vie dans un ranch n’avait rien à voir avec la vie dans un trou perdu amish. Il était clair que Daneel avait dû plus souvent égorger des moutons que se faire les ongles. Et après ça, elle voulait fuir sa vie et s’intégrer dans le monde moderne ? Tout d’un coup, ça paraissait mission impossible à Ezio, mais bon, il n’était pas responsable des choix de la jeune fille, il n’avait pas à se sentir coupable. Et puis si elle était végétarienne, c’était déjà ça de prix, le vingt et unième siècle faisait de plus en plus de ronds de jambes aux végétariens, végétaliens, végans et autres intolérants à out mille trucs, au moins elle ne mourrait pas de faim. Il aurait pu se méfier quand elle parla de shoo-fly parce qu’il n’avait aucune idée de ce que c’était, mais en ce qui le concernait, il n’y avait rien qu’il ne puisse manger, rien qui le dégoûte, donc même si c’était de la panse de brebis fourrée aux intestins, comme en Ecosse, ça passait. Plus encore si c’était un crumble, en fait. Il hocha la tête à sa proposition, un peu qu’il goûterait. Si un jour il se transformait en touriste, c’était bien la seule chose qui l’intéresserait partout où il irait : la bouffe.

Ils marchèrent dans le micro-village, qui était étonnamment animé pour un début de soirée. Pourquoi tous ces pécores n’étaient-ils pas devant leur télé à cette heure ? Il y avait même un semblant de trafic sur la rue principale – la seule rue, quoi, en gros – et si au départ, Ezio se demandait s’il devait apprendre à Daneel à traverser sur les passages piétons ou un truc comme ça, il finit très vite par ne plus remarquer qu’elle n’était pas du coin. Il faut dire qu’elle n’était pas en permanence en train de faire « oooooooh » ou « aaaaaaah » même si ça devait la démanger parfois. Elle s’arrêta devant la vitrine d’un tatoueur et Ezio se planta derrière elle pour regarder ce que le professionnel présentait. Mouais. Il avait fait faire son premier tatouage à quatorze ans avec la bénédiction de sa mère, qui lui avait elle-même trouvé un artiste tatoueur, un thaïlandais drogué jusqu’aux yeux qu’elle avait connu « demande pas tu veux pas savoir » et Ezio n’avait effectivement pas voulu savoir. Le type était bizarre mais il était doué et il avait montré son tatouage à tout le monde au collège – jusqu’à ce que des parents d’élèves ne se plaignent et que le personnel de l’école l’oblige à passer toute la fin de sa scolarité avec des manches longues pour cacher son tatouage. Un grand moment d’adolescence. Il allait demander à Daneel si un de ces quatre elle comptait s’en faire un quand celle-ci repartit, comme si elle habitait dans ce bourg.

Ils entrèrent dans un diner surchauffé et plein à craquer, apparemment, dans les villes du Maine, c’était the place to be, ce genre de bouge. Tout le monde se retourna quand ils entrèrent, puis quatre-vingt-dix pour cent des clients retournèrent à leur bouffe et à leur conversation et les dix pour cent restant les fixèrent encore un peu parce qu’après tout, ils devaient former un duo assez improbable. Ezio suivit Daneel tranquillement, qui avait détalé vers une table libre. Il avait l’habitude des regards de ce genre et ne s’en inquiétait jamais parce que justement, personne ne venait jamais l’inquiéter, lui. L’avantage d’avoir une carrure comme la sienne. Il s’assit en face d’elle et une serveuse blonde à l’air horriblement décalquée vint aussitôt leur remplir deux mugs de café avant de repartir le temps qu’ils commandent.

« Les schtroumpfs, c’est… c’est comme des amishs, sauf qu’ils sont bleus, mais ils vivent un peu comme vous. Tiens, t’as qu’à chercher sur Google. »

Il lui tendit son téléphone, en lui montrant juste qu’en tapant un mot dans la barre de recherche ça ouvrait des tas de liens à visiter, de toute façon c’était instinctif ces choses-là, surtout chez les ados, puis la serveuse revint. Il laissa Daneel commander sa pizza, en commanda deux autres – une pour lui et une en rab, « au cas où » – avec deux grands verres de coca glacé et aussi des frites. Il leva les yeux vers l’écran de télé qui diffusait du football américain, la raison a priori qui faisait que les gens étaient là ce soir, c’était le genre de truc qui se matait en troupeau.

« Alors dis-moi, une fois que tout ça sera terminé, tu comptes faire quoi ? Rentrer chez toi ? T’as quel âge, au fait ? »

Il aurait été étonné d’apprendre qu’elle soit majeure et en même temps elle n’avait pas du tout l’apparence d’une fille de seize ou dix-sept ans. Des types hurlèrent en même temps que leur équipe se prenait un touchdown la serveuse revint avec leurs coca et les frites. Yesss ! Il en mangea une, puis deux, puis trois, puis dix, avant de pousser l’assiette vers Daneel, dans l’intention d’échanger les frites contre son téléphone – et de vérifier rapidos son historique, aussi. C’était quand on ne n’était pas habitué à se servir du net qu’on faisait sans faire exprès les pires recherches.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Ven 19 Sep - 14:51

A peine entrés, on leur servait du café, c’était… normal ? Offert par la maison ou bien ça aussi, ils devraient le payer ? Parce que bon, Daneel ne voulait pas paraître avare mais elle n’en avait pas demandé, elle, du café. Elle renifla vite fait le breuvage qui n’était pas frais et avait certainement dû cuire et recuire sur la cafetière toute la journée. Pas très tentant, d’autant que son palais n’y était pas encore habitué, aussi le laissa-t-elle de côté. Bien trop occupée à détailler le téléphone qu’Ezio était en train de lui mettre entre les mains. Bien plus sophistiqué que tous ceux qu’il lui avait prêtés jusqu’à présent. D’après ses dires, il était même capable d’aller sur internet ou plus précisément sur Google. C’était exactement comme s’il s’était soudain mis à parler chinois mais la jeune fille fit comme si de rien n’était. Google ? Haha bien sûr qu’elle savait très bien ce que c’était ce machin permettant d’aller sur internet, non ? Et internet c’était… oh à quoi bon faire semblant, hein ? Elle se désintéressa totalement du menu au profit du téléphone qu’elle posa devant elle et entreprit de taper le mot-clé dans la barre de recherche sur le clavier. C’était pas gagné, non seulement elle tapait à la vitesse d’un escargot neurasthénique, mais en plus, il lui arrivait que ses doigts ripent, ce qui faisait que de schtroumpfs – et elle croyait que ça s’écrivait chtroumphe, déjà -, elle passa à « vhtrympje » et ne vit jamais les fameux bonshommes bleus qui vivaient apparemment comme des Amish, mais elle croyait Ezio sur parole.

Entre-temps, ils avaient eu le temps de commander ainsi que de voir arriver cocas et frites. Des frites en accompagnement de pizzas ? Pourquoi pas, hein, surtout si ça lui permettait de goûter. Daneel laissa tomber les recherches internet pour observer le chasseur de primes engloutir environ la moitié de l’assiette. Non, ce n’était pas un monstre de foire et elle s’en fichait bien qu’il dévore la moitié d’une seule poignée mais elle prenait mentalement des notes pour ne pas avoir l’air d’une paysanne en se servant de couverts, par exemple. Puis l’échange fut fait, téléphone contre frites. Ca dégoulinait littéralement de graisse, mais la saveur n’en était pas moins intéressante. Elle aimait bien, même si elle n’en prit que deux ou trois parce que ça servait en quelque sorte d’entrée et qu’elle n’avait jamais eu grand appétit. Elle but une gorgée de coca, délaissant le café pour de bon et c’était tant mieux car il était sûrement froid, maintenant. Puis elle ricana à la question d’Ezio. Décidément, il n’y connaissait vraiment rien aux coutumes Amish.

    « Sûrement pas, puis même si je voulais, je pourrais pas. Je suis certainement bannie de ma communauté à l’heure qu’il est, pour être partie de mon plein gré. Je sais pas encore trop ce que je ferai après, je vivrai sans doute de petits boulots jusqu’à ce que j’aie assez d’argent pour partir plus loin. C’est pour ça que tout ça tombe à pic, ça me permet au moins de m’acclimater un peu plutôt que de me jeter dans la fosse aux lions sans préparation. Puis j’aurai dix-huit ans dans quatre mois. Et toi, alors, t’as quel âge ? »


Impossible à dire, elle savait qu’il était adulte, puisqu’il travaillait, vivait sûrement seul ou accompagné mais du moins plus chez ses parents et malgré ça, il avait encore l’air jeune. Il était peut-être même plus jeune que ce qu’elle avait cru au premier abord. Puis il fallait tout de même être un peu inconscient pour embarquer une mineure dans une chasse à l’homme et Daneel préférait penser que c’était parce qu’il était jeune plutôt que parce qu’il était vraiment inconscient. Puis la jeune fille remarqua deux petites bouteilles posées l’une à côté de l’autre, l’une rouge, l’autre jaune. Il lui semblait bien se souvenir que le géant lui avait demandé si elle savait ce que c’était que le ketchup. Elle prit la rouge et l’agita sous le nez du jeune homme avec un large sourire.

    « C’est ça le ketchup, pas vrai ? Sinon, t’as une… comment vous dites, déjà ? Ah oui, une copine ? Et comment t’es devenu chasseur de primes ? T’as déjà tué quelqu’un que tu devais ramener ? »


C’était de sa faute, c’était lui qui avait commencé l’interrogatoire, Daneel ne faisait que le poursuivre et ça tombait très bien, étant donné qu’elle avait des tas de questions à lui poser sur tout et n’importe quoi, du style : « pourquoi t’es pas marié à ton âge ? », « est-ce qu’il pleut souvent au Texas ? », « tu m’apprendrais pas à conduire ? », « t’as déjà rencontré JR Ewing en personne ? », « pourquoi les sièges avant sont séparés dans ta voiture ? » et ainsi de suite. Non vraiment, elle ne serait pas rapidement à sec, même que ce serait certainement Ezio qui en aurait marre le premier. Mais c’était normal, en même temps, elle devait rattraper pratiquement dix-huit ans de vie extrêmement simple et il était le seul anglais qu’elle connaissait aussi bien et à qui elle pouvait poser toutes ces questions. D’autant qu’elle pouvait carrément en poser des plus intimes, comme ce qu’elle venait de lui demander, car même si certains les regardaient toujours, personne ne les écoutait, tous bien trop absorbés par le match de foot qu’ils étaient. Même que le ton montait encore plus, apparemment, il y avait des fans des deux équipes dans la salle. Ce qui n’était jamais bon signe, pas besoin d’être anglais pour le savoir.

Dans tous les cas, ça ne serait pas pour tout de suite puisque la serveuse blonde à l’air un peu bizarre vint les interrompre avec leurs pizzas. Encore une fois, la jeune fille laissa Ezio commencer pour mieux l’observer, ce qui pouvait être gênant, mais bon, c’était actuellement le cadet de ses soucis.

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Sam 20 Sep - 15:14

Ezio n’avait pas vraiment conscience que Daneel vivait un peu l’équivalent du premier pas de l’homme sur la lune de façon répétitive depuis quelques temps, et d’ailleurs, est-ce qu’elle savait que l’homme avait marché sur la lune ? Bon, il se doutait bien qu’elle n’avait jamais mangé de frites, bu du coca ou été sur Internet mais à la limite, il n’allait pas lui servir de mode d’emploi toutes les cinq minutes, ça serait chiant pour lui comme pour elle, et puis c’était plus fun de la laisser faire ses expériences. Il focalisait son attention à moitié sur la bouffe, à moitié sur l’écran de télé, un peu sur les gens qui les entouraient et enfin sur la jeune amish, qui picorait ses frites comme si elle avait fait ça toute sa vie. Il n’allait certainement pas la pousser à en manger plus, il était pour laisser les gens faire ce qu’ils voulaient, surtout si ça l’arrangeait. Ça en ferait plus pour lui ! Et dans tout ça, il avait lancé le sujet sensible, mais pas que pour elle, c’est que lui aussi voulait savoir quels étaient ses plans histoire de ne pas être pris par surprise. Et donc, elle ne voulait pas rentrer chez elle, même pas cinq minutes le temps de récupérer une peluche ou une photo de ses parents où n’importe quoi du même genre. Et apparemment, elle ne pouvait pas, de toute façon. Bannie ? Wow, c’était rude, ils ne faisaient pas les choses à moitié dans soin bled, et puis quoi, elle avait sa photo placardée sur toutes les fermes avec une croix rouge dessus ? En tout cas Ezio était en partie heureux de l’apprendre, ça voulait dire au moins qu’ils ne la chercheraient pas et que donc il pouvait balayer ses angoisses de chasse aux sorcières, personne ne l’accuserait de kidnapping.

« Oui, okay, je vois. Tu risques de te retrouver dans ce genre de bouge, à faire des frites en cuisine, au départ. Ou alors, vise les grandes villes, c’est plus compliqué, mais tu auras plus d’opportunités. T’as des papiers, au fait ? »

Elle en avait forcément, tout de même. Ezio voulait bien croire que le pays laissait les amishs vivre dans leur trou sans trop les emmerder mais il doutait fortement que le gouvernement américain ne les ait pas recensés quand même. Mais vu qu’elle était mineure encore, c’était peut-être pas le cas. Et ça devait les ennuyer quand même ces pauvres barbus de devoir garder ces bouts de plastique dans leurs tiroirs.

« Si c’est pas le cas, je connais un mec… qui connait un mec… enfin, je peux t’en avoir. Et j’ai vingt-cinq ans, ça se voit, non ? »

Ouais, à fond. Combien de fois à l’école les profs l’avaient fixé en louchant et en se demandant combien de classes il avait redoublé. Et maintenant, est-ce qu’il devait lui faire le discours « ne monte pas en voiture avec inconnus et n’accepte pas de tourner dans un film qui est tourné dans une cave » ? Bon pour la première partie, c’était un peu tard et il était mal placé pour lui faire un sermon. Mais des filles de la campagne qui quittaient leur trou pour tenter la grande vie, ça courait les rues dans ce pays et pour une qui perçait à Hollywood, combien finissaient dans d’autres genres de carrières ? Et on pouvait dire que Daneel était encore moins préparée pour ça que n’importe quelle gamine du fin fond du Nebraska. Mais encore une fois, pourquoi est-ce qu’il devrait s’inquiéter pour elle ? Oh, eh ben peut-être parce qu’arriverait le moment où il la larguerait au bord d’une route en lui souhaitant bonne chance et qu’il se demanderait ensuite probablement toute sa vie ce qu’elle était devenue et combien de temps elle avait survécu avant de se faire prendre en stop par Hannibal Lecter… Il revint à la réalité comme elle lui agitait la bouteille de ketchup sous le nez. Il la lui prit des mains et en arrosa généreusement le reste de frites.

« Une copine, c’est quoi pour toi ? Une relation prévue dix ans à l’avance et qui débouche forcément sur un mariage ? Si c’est le cas, non, j’en n’ai pas. Tu verras quand tu seras seule lâchée dans le grand monde, toi aussi tu voudras t’amuser. Et oui j’ai déjà tué quelqu’un que je devais ramener mais c’était pas bien grave. Enfin, pour ma paye. »

Oui parce que pour le gars qu’il avait tué, par contre… Mais bon personne ne pouvait errer dans une rue fréquentée en hurlant que l’apocalypse était proche et en tirant en l’air avec deux semi-automatiques et ensuite être surpris de se prendre un carreau. Ezio l’avait descendu avant que le type ne descende quelqu’un et puis comme son avis de cherche était enregistré dans la catégorie des « morts ou vifs », ça n’avait pas changé grand-chose. Eh oui, beau pays où la justice préférait parfois ne pas voir arriver ses criminels en vie jusque devant un juge. Un jour il avait dû courir après un témoin capital pour un procès et ça, ça avait été chiant, il n’avait pas pu ne serait-ce que lui toucher un seul cheveu. Là-dessus, la pizza arriva et Ezio se jeta sur la sienne, ôtant une tranche pré-coupée pour mordre dedans. Peut-être que Daneel allait finir par croire que tout le monde bouffait avec les doigts, en fait, dans ce monde. Bon eh bien la prochaine fois il l’emmènerait au Hilton ou au Mariott. Enfin, s’il y avait une prochaine fois. Ezio retint la serveuse par le poignet.

« On va prendre des milkshakes, aussi, fraise et vanille. Et par hasard, vous n’auriez pas vu passer ce type ? »

Il montra la photo de Dyeon à la fille avec son téléphone. La serveuse ne fit même pas semblant de regarder avant de dire non mais Ezio avait l’habitude. Les gens comme elle ne protégeaient pas forcément les criminels, seulement ils avaient du mal à se sentir concernés, et pourtant, en étant là en permanence, sept jours sur sept, coincés dans ces endroits d’où ils pouvaient tout voir et tout entendre malgré eux, comme les diners, les stations-services, les motels, ils étaient les indics rêvés. Ezio accentua sa pression sur le poignet de la blonde, pas pour lui faire mal, mais pour insister, et elle soupira avant de baisser les yeux sur la photo. Son visage afficha aussitôt une moue dégoûtée. Bingo.

« Ma cousine l’a croisée à la sortie de la ville quand elle revenait de son job à Lincoln. Elle m’a dit qu’un clodo l’avait suivie pratiquement jusque chez elle pour lui demander du fric. Ça peut être que lui, elle a dit ‘’un étranger à l’air louche avec les yeux comme des balles de ping-pong et les dents pourries’’. »

Ouais, ouais, comme si personne dans ce trou perdu n’avait les dents pourries, mais soit. Il lui tendit un billet de dix dollars qu’elle fit disparaître avec une rapidité et une agilité dont elle n’avait pas fait montre jusque-là vu comment elle laissait littéralement tomber les assiettes sur les tables, avant de repartir bosser.

« Vers Lincoln, à la sortie de la ville, ça veut dire qu’il va plein sud. Hey, il va vers Bangor, donc. Il faut qu’on lui mette la main dessus avant sinon on aura du mal à le retrouver. »

Le point positif c’était qu’il était passé ici moins d’une demi-journée auparavant et qu’il ne pouvait pas aller plus vite qu’eux en voiture. Ça leur laissait le temps de bouffer, dormir quelques heures et repartir.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Dim 21 Sep - 13:54

Daneel était peut-être Amish mais pas idiote et Ezio semblait avoir du mal à faire la différence. Peut-être n’y en avait-il pas concernant les autres mais elle était différente. La preuve, elle avait été assez maligne pour sauter sur l’occasion quand elle s’était présentée et se tirer de là. Tout ça pour dire qu’elle savait pertinemment qu’elle devrait commencer tout en bas de l’échelle, qu’elle risquait faire de passer par la case caissière ou serveuse avant de pouvoir viser plus haut. Par ailleurs, elle ne savait même pas ce qu’elle visait exactement, elle n’avait pas l’ambition de devenir une star ou quoi que ce soit de ce genre, elle voulait juste voir le monde, autre chose que ce qu’elle connaissait. Là où elle passait pour une parfaite crétine, en revanche, c’est qu’elle avait bel et bien des papiers mais qu’ils se trouvaient en ce moment-même quelque part dans son ancienne ferme. Elle n’avait pas pensé à les prendre et c’était bien malin, si elle se faisait arrêter, elle serait à peine dans la mouise. Un peu gênée de n’avoir pas pensé à ça, elle baissa les yeux sur son assiette en secouant la tête. Mais le chasseur de primes la rassura vite fait à ce sujet et dans le fond, ce n’était pas vraiment étonnant qu’il connaisse des gens qui pouvaient lui en procurer. Il devait connaître quantité de gens qui pouvaient procurer quantité de trucs, certainement.

Et non, non, ça ne se voyait pas du tout qu’il avait vingt-cinq ans, même si maintenant qu’il le lui avait dit, elle voulait bien le croire mais elle se contenta d’un haussement d’épaules visant à ne pas le vexer. La réponse qui suivit la laissa bien perplexe. D’abord parce que non, ce n’était pas ça qu’elle avait voulu dire que c’était bien la raison pour laquelle elle avait fait l’effort de ne pas employer le mot « fiancée », elle voulait parler d’une copine au sens où les anglais l’entendait, bien qu’elle ait un peu de mal à faire la distinction et ensuite parce que ça signifiait qu’on ne pouvait plus s’amuser une fois qu’on était marié ? La jeune fille pouvait le comprendre mais seulement pour ce qui était de la version Amish où l’on vous trouvait votre seconde moitié sans que vous ayez le moindre mot à redire là-dessus et où le divorce n’était pas autorisé en cas d’incompatibilité mais les anglais ne faisaient pas ça, eux. Ils pouvaient choisir la personne qu’il voulait et n’était même pas forcés de se marier, ne parlons même pas du divorce qui était limite plébiscité. Enfin bon, Ezio semblait avoir un avis très arrêté sur la question alors elle verrait bien comment ça se passait par elle-même. Et donc oui, il lui était arrivé de tuer quelqu’un qu’il devait ramener mais ce n’était donc « pas bien grave ». Okay. Son cerveau traitait toutes ces informations alors qu’elle mâchonnait sa pizza, elle aussi.

    « Chocolat pour moi. »


Fut ce qu’elle eut à dire lorsque la commande de milkshakes fut passée parce qu’elle n’en voulait ni à la fraise ni à la vanille, puis elle observa la technique de bourrin d’Ezio pour interroger un éventuel témoin. Mais ça payait puisqu’à force de persuasion musclée, il obtint que Dyeon était passé par ici, était devenu clochard entre-temps et qu’il allait vers Lincoln et donc, par extension, probablement vers Bangor. Cool, Daneel était ravie de la nouvelle car ça devait bien faire des siècles qu’elle n’avait pas remis les pieds dans les grandes villes et qu’elle avait hâte de voir à quoi ça ressemblait, maintenant. Bangor était comme toutes les grandes villes et même si elle restait fondamentalement la même, elle ne cessait de changer. Puis elle était convaincue que ce serait là qu’ils retrouveraient Dyeon, ou pas loin en tout cas, et que leurs chemins se sépareraient. La première chose qu’elle ferait serait d’aller sonner à la porte de Stephen King. Pour lui fait part de son admiration envers sa personne, déjà et ensuite pour lui souffler l’idée d’un roman sur les communautés Amish du coin. Elle pourrait même devenir sa conseillère, s’il le souhaitait, comme ces membres de secte qui parvenaient à s’évader et qui témoignaient ensuite dans tous les torchons qui n’en avaient pas marre d’entendre leurs récits. Sauf qu’elle le ferait avec beaucoup plus de classe et donc pas dans un torchon mais plutôt dans un roman de Stephen King.

Bref, le géant relâcha sa prisonnière et annonça la suite du plan. Il fallait qu’ils se dépêchent parce que sinon, ce n’était pas dit qu’ils arriveraient à l’attraper. Et il n’avait pas tort du tout, étant donné que, s’il se déplaçait toujours à cheval – ce qui serait quand même bizarre parce qu’il avait eu l’occasion de troquer son cheval contre une voiture à maintes reprises entre ici et son village Amish – il aurait tout le loisir de sortir gentiment et douceur le conducteur d’une Porsche de son véhicule pour le jeter sur la voie publique et prendre sa place derrière le volant et ils pourraient seulement lui dire adios parce qu’aussi cool que soit la voiture d’Ezio, elle n’aurait sûrement jamais aussi vite qu’une Porsche. Mais après, il ne pouvait pas téléphoner à la police pour qu’on lui prête un hélicoptère avec des caméras et tout comme on en voyait à la télé. Oui bon, quand ce n’était pas le millième épisode de Dallas ou un film de seconde zone qui passait sur les télés de ce magasin, c’était des courses-poursuites.

    « A vos ordres, captain ! Tu crois qu’il va s’arrêter pour dormir s’il te sait à ses trousses ? »


Ce qui ne l’empêcha de continuer à manger sa pizza. Surtout s’ils devaient partir rapido, puis elle prendrait son milkshake à emporter aussi. Enfin ou pas, puisqu’une bagarre entre fans éclata alors que la serveuse posait les verres sur leur table. Daneel n’avait pas envie de se prendre une chaise en pleine face, mais d’un autre côté, elle avait aussi envie de voir comment Ezio se débrouillait dans une situation comme celle-ci. Ça devait déchirer, ça c’était certain.

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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Dim 21 Sep - 22:06

Ezio commençait à en avoir sa claque de Dyeon, franchement, et de ce pays, aussi. Il voulait revoir le soleil, sentir la chaleur, il avait l’impression de pâlir à vue d’œil ce qui était une affreuse sensation. Jamais, jamais il n’irait vivre dans le Maine, plus tard. Parce qu’il était jeune, donc en fait il ne savait pas encore ce qu’il ferait de sa vie. Pour les années à venir, il se voyait très bien continuer ce job de chasseur de primes, mais des fois, c’était vraiment routinier, tous les criminels étaient les mêmes, des drogués ou des alcoolos, et tous étaient aussi stupides les uns que les autres, et à force, Ezio avait parfois l’impression de leur ressembler, de se transformer en caricature. Il avait parfois envie de faire fonctionner son cerveau un peu plus vite et puissamment que ça. Combien de fois il montait de supers plans, anticipait des coups d’avance, tout ça pour mettre la main sur le criminel sans forcer parce que le mec était con, tout simplement ? Non, il ne se voyait pas dans la politique ou un truc comme ça, mais quelque chose d’un peu plus gratifiant pour son intellect, ça oui. Et donc, surtout pas dans le Maine, ni aucun autre État où il ne faisait jamais beau, sans parler de tous ces pays dans le monde où le gris, la pluie et le froid étaient le quotidien. Donc, dès qu’il remettrait Dyeon aux forces de police de Houston, il irait se payer des vacances en Floride, à Miami. Il n’y était allé qu’une fois, mais c’était pour le boulot, et n’avait même pas pu profiter de la plage.

Il revint au présent et à Daneel qui lui demandait si Dyeon pouvait continuer comme ça longtemps. Il posa un coude sur la table au mépris des conventions sociales et se tapota le menton. Certes non, il ne pouvait pas.

« Il n’a pas mangé et dormi depuis longtemps et il est largement en moins bonne forme que nous. Et c’est un accro qui n’a pas eu sa dose depuis des jours. C’est un cadavre ambulant, et il va s’écrouler quelque part pour dormir, tu peux me croire. Le crystal meth peut te tenir éveillé pendant une semaine, mais lui, il est en pleine descente – son corps a besoin de la drogue et le lui fait savoir par divers signaux handicapants pour quelqu’un qui veut fuir et se faire discret. »

En clair, il devait souffrir le martyr, gerber toutes les cinq minutes, transpirer comme un port, trembloter comme un bol de gelée, avoir froid, avoir des hallucinations, autant de choses qu’il n’allait pas lister à Daneel parce qu’ils étaient en train de manger, tout de même. De même qu’il ne lui dit pas « alors ne touche pas à la drogue, okay ? » parce qu’au final elle ferait bien ce qu’elle voudrait. Quoiqu’il en soit, c’était pour ça qu’Ezio, lui, allait s’accorder ces quelques heures de sommeil au motel. Se reposer faisait partie du job et il ne serait pas mieux que Dyeon s’il la jouait comme lui.

« Il y a d’autres villages amishs entre ici et Bangor ? »

Peut-être bien qu’elle ne savait pas la localisation de tous les villages, mais bon, ça ne coûtait rien de demander. Les milkshakes arrivèrent et Ezio goba la moitié de celui à la fraise avant de s’attaquer à la vanille, mais en même temps, les supporters profitaient de la mi-temps pour s’échauffer, et quelques-uns étaient en train de se taper dessus. La serveuse, qui était à leur table, laissa échapper des jurons et ne bougea pas. Ah.

« Hey, si je dis à ces types de se calmer, tu nous fais un prix sur la note ? »

La fille roula des yeux et soupira.

« Si tu fais ça, le repas est pour la maison, mon grand. »

Mon grand, huhu. Elle ne croyait pas si bien dire, et voilà que le repas allait être gratuit. Voilà pourquoi Ezio savait qu’il était destiné à plus que la simple traque de déchets comme Dyeon. Pour commencer, il avait le sens du commerce – et tenait particulièrement à son argent. Il demanda à Daneel de ne pas bouger – un réflexe, comme si elle allait partir et le planter là, enfin on savait jamais, il ne la tenait pas prisonnière après tout. Puis il se leva et alla jusqu’au comptoir ou deux ou trois types se tenaient par le sol en hurlant. A quoi bon discuter avec des gens capables de se battre pour un truc aussi totalement crétin que du sport, hein ? Il en saisit deux par le col et dit au troisième :

« Attends-moi, je reviens tout de suite m’occuper de toi. »

Sa mère lui avait toujours dit que se battre, c’était pour les faibles. Il n’était pas d’accord avec ça, et son père non plus, mais sa mère finissait toujours par avoir le dernier mot, et c’est vrai que vu de l’extérieur, ces abrutis qui s’étaient mis sur la gueule avaient l’air, ben, d’abrutis. Mais bon, il y avait une question de cause, aussi. Il y avait des causes pour lesquelles on pouvait se taper dessus sans trop culpabiliser. Bref, il traversa le diner en traînant les deux rednecks rachitiques derrière lui et un client eut l’amabilité de lui ouvrir la porte. Il les jeta sur le trottoir, fit demi-tour et entra à nouveau dans le diner, à la recherche du troisième type. Les autres clients le regardaient, certains avec l’air mauvais, d’autres l’air ravis. Ezio regarda Daneel.

« Il est passé où, l’autre ? »

Parce que, comble de l’impolitesse, le troisième larron ne l’avait pas attendu contrairement à ce qu’il lui avait poliment demandé.
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MessageSujet: Re: don't drink or even drive → Ezio   Lun 22 Sep - 15:57

Quel beau tableau que celui qu’Ezio était en train de lui dépeindre. Il n’avait pas précisé ce qu’étaient ces signaux handicapants et elle s’en passait bien, d’ailleurs son imagination n’en avait pas besoin, elle imaginait allègrement quantité d’horreurs très handicapantes. Tant mieux de ce cas, ils ne devaient donc pas partir aussi urgemment qu’elle l’aurait cru, s’il était retardé par tous ces désagréments. Daneel contemplait la mousse de son milkshake avec admiration et eut tout juste le temps de répondre que non, il n’y avait pas d’autres villages Amish entre ici et Bangor, puisqu’ils étaient tous en Pennsylvanie et qu’il y en avait très peu dans les autres états, quand la bagarre éclata. Sans perdre une seconde, elle se cramponna à son verre de peur qu’on ne le renverse dans le feu de l’action et regarda la suite en tant que spectatrice et certainement pas en tant qu’actrice. Allons bon, elle était grande mais elle était aussi du style brindille et ne ferait pas long feu au cœur d’une bagarre à main nue, elle l’aurait parié. Le chasseur de primes, lui, avait la carrure idéale pour ça et ça ne l’étonna guère de l’entendre demander un rabais sur l’addition s’il remettait de l’ordre dans tout ce bordel. Et la serveuse surenchérit en annonçant que, s’il parvenait vraiment à calmer le jeu, elle ne se contenterait pas de leur faire payer moins cher, ils n’auraient rien à payer du tout. Ce qui sembla décider Ezio qui entra tout de suite dans le vif du sujet.

La jeune fille sirotait son milkshake en se disant que ce qui était en train de se passer dans ce diner était dans sans doute plus intéressant que leur stupide match pour lequel ils se tapaient dessus, sans même avoir à se tordre le cou pour regarder l’écran. M’enfin bon, ce qu’elle en disait, elle, hein. Ezio régla ça d’une main de maître, il se dirigea droit sur ce type qui faisaient à peine la moitié de sa taille et étaient au moins trois fois moins volumineux, d’ailleurs, eux qui n’étaient déjà pas bien bronzés blêmirent en voyant ne serait-ce que l’ombre du géant se rapprocher. Il en attrapa deux par le col et les traîna jusqu’à la porte d’entrée pour les balancer sans ménagement sur le trottoir. Comme ça, proprement, pas de coups, pas d’effusion de sang et tout le monde dans le diner faisait silence pour le regarder faire. Tout le monde à l’exception du troisième idiot qui fila à l’anglaise en passant par les cuisines, et les autres étaient tous tellement captivés par la scène qu’ils ne l’empêchèrent même pas de prendre la poudre d’escampette.

Daneel se fit un plaisir de lui désigner les cuisines du doigt quand Ezio lui demanda par où il était parti. Elle ferait une très bonne balance pour les flics, vraiment, plutôt que de devenir caissière ou serveuse, non ? Il faudrait qu’elle y songe mais pour le moment, elle se contenta de finir son milkshake, étant la seule à rompre le silence à cause du bruit que faisait sa paille. Les discussions enflammées ne reprirent que lorsque le chasseur de primes revint avec cet air impassible sur le visage, comme s’il ne venait pas de jeter trois mecs dehors sans sommation, tel un videur de boîte de nuit. Si elle en doutait encore, elle savait à présent qu’Ezio était multifonctions. Bref, maintenant qu’il avait fait le ménage et qu’un calme tout relatif s’était de nouveau installer dans la salle, ils pouvaient partir sans rien avoir à débourser, n’est-ce pas ? Et ce fut le cas, la serveuse blonde s’approcha du jeune homme, minauda un peu, lui glissa deux ou trois mots qu’elle ne distingua pas dans tout ce bordel auditif et lui tendit un bout de papier sur lequel devait se trouver son numéro de téléphone. Dès lors, pas compliqué de savoir quels avaient été ces quelques mots, quelque chose du genre « merci pour ça, appelle-moi ! ». Bien que Daneel était persuadée que c’était une version édulcorée de ce qu’elle avait vraiment dit mais ça lui suffisait amplement. Puis, étant donné qu’elle n’était pas son genre, peut-être que cette blonde l’était, étant donné qu’elles étaient tout l’inverse l’une de l’autre, l’une étant grande, élancée et brune, et l’autre petite, pas très mince et blonde.

Soit, elle ne le saurait jamais puisqu’il revint vers elle et que ça ne servait à rien de traînasser dans ce bouge s’ils devaient reprendre la traque d’ici quelques heures. L’Amish sortit et vit que les mecs qui venaient de se faire jeter fumaient un peu plus loin, visiblement emmerdés d’avoir été jeter dehors de la sorte mais quand Ezio sortit à son tour et que les regards convergèrent vers lui, elle comprit qu’ils n’oseraient pas la ramener et c’était bien normal, une seule humiliation par soirée, pas vrai ?
Daneel garda le silence pendant tout le trajet du retour, pour dire quoi de toute façon ? « C’était génial, je me suis vraiment bien amusée ! » ? Un peu louche tout de même, bien que ça soit vrai. Et de toute façon, il n’y avait pas assez de mètres séparant le motel du diner pour lancer une conversation digne de ce nom.

    « Je me réveille toujours super tôt à cause de l’habitude, si tu veux je te réveille d’ici quelques heures pour qu’on prenne la direction de Bangor. »


C’était bien pratique de pouvoir se réveiller sans réveil, elle n’avait pas le besoin de compter sur le chant du coq dans son village, et ici, elle savait bien qu’il n’y avait pas de coq, du moins, pas qu’elle sache. En revanche, il devait y avoir le chant des camions et de la circulation. Tiens, elle n’avait pas pris ce paramètre en compte tout à l’heure, mais il faudrait effectivement qu’elle fasse avec les bruits de la route, ce qui poserait peut-être problème au niveau de son sommeil mais tant pis, elle ne pouvait de toute façon rien faire contre.

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