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 Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio

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MessageSujet: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Dim 5 Avr - 15:49


DARRYL & EZIO



Les colonies de vacances, ça craint ! Darryl le savait avant même d’y mettre les pieds. Le problème, ce n’était pas les feux de camp mortellement ennuyeux ou les insectes qui ne manquaient jamais de vous piquer en passant, quels qu’ils soient, non, le problème c’était qu’elle s’ennuyait. On lui proposait de jouer au baseball, de faire du canoë, d’aller nager dans le lac et tout ce qui s’ensuit mais c’était tout aussi ennuyant que de s’asseoir sur un rondin de bois pour écouter les légendes des environs. Si elle était restée chez elle, elle serait partie en expédition dans le bayou, comme souvent, aurait appris de nouvelles techniques pour tomber ou s’enflammer sans se faire mal et ça, c’était autrement plus intéressant que ce qu’on lui proposait dans cette satanée colo. Sachant cela on pourrait se demander ce qu’elle fabriquait là, ce n’était certainement pas elle qui avait tanné son père pour qu’il la laisse partir, ça non, c’était même plutôt le contraire, en réalité : son père avait décrété qu’elle n’était pas assez sociale pour une jeune demoiselle de son âge. En effet, du haut de ses presque onze ans, Darryl ne tolérait plus d’être appelée gamine et elle ne voyait pas en quoi elle n’était pas sociale, elle allait en classe tous les jours et c’était bien suffisant, selon elle, pas besoin de se rendre à des fêtes d’anniversaire ou d’inviter ses copines à passer la nuit chez elle.

Dans tous les cas, ça ne faisait même pas une semaine qu’elle était là et elle s’était déjà fait enguirlander pour avoir maintenu la tête d’un petit morveux dans une flaque de boue tout en s’asseyant dessus – ne jugez pas trop vite, ce sale mioche l’avait bien cherché, il avait osé dire que son père était un acteur raté alors que jamais de la vie il n’avait voulu être acteur, ni catcheur, ni pilote de rallye, il était cascadeur, CAS-CA-DEUR ! -, pour être montée sur le toit du bungalow pendant la nuit et pour avoir piqué la voiturette de golf du responsable de la colo et l’avoir malencontreusement jetée dans le lac. Il fallait bien qu’elle s’occupe… cela dit, si elle faisait encore une bêtise, elle serait définitivement renvoyée et bien que ça lui ferait le plus grand plaisir, ce n’était pas ce qu’elle cherchait car elle en entendrait parler durant des années. Cela dit, ça ne l’empêchait pas d’écrire tous les jours à sa famille qu’on la torturait et qu’ils devaient se hâter de venir la chercher dans l’espoir qu’un de ses frères la croirait et insisterait lourdement auprès du patriarche. Mais pensez-vous, ils la connaissaient tous trop bien. Il ne lui restait plus que trois semaines à tirer, elle n’avait qu’à serrer les dents.

Puis il n’y avait pas que les mauvais côtés, bien sûr. Ses frasques lui avaient conféré une certaine popularité et toutes les filles de son bungalow et même des bungalows voisins la sollicitaient de tous côtés. Des soirées poker où elles pariaient du vernis et des Curly étaient organisées et elle était toujours invitée, il était même prévu qu’elle se fasse percer les oreilles d’ici peu et une fille était parvenue à piquer un paquet de clopes à un moniteur en douce. Mais le plus cool dans tout ça c’était qu’ils partaient tous en voyage en Floride et Darryl était tout particulièrement excitée par ce voyage parce que c’était tout près de chez elle et familier à cause des alligators. Pour se faire, ils avaient tous pris le train et Darryl voletait sur le quai de gare, son sac à dos sur les épaules et sa casquette sur la tête, alors qu’ils venaient d’arriver. C’était la première fois qu’elle faisait un peu plus attention aux gens qui l’entouraient, trop occupée à trouver un moyen de rentrer chez elle jusqu’à maintenant. Une colo mixte, c’était mieux qu’une colo pour filles cela dit, parce que les filles sont des filles et elle se sentait toujours un peu mal à l’aise en leur compagnie, elle qui venait d’une famille majoritairement composée d’hommes. Puis il y avait une certaine différence d’âge entre les plus jeunes et les plus vieux mais ça devait être comme ça dans toutes les colonies de vacances. Si ça ne tenait qu’à elle, elle serait instinctivement allée vers les plus âgés, d’autant qu’elle venait d’en repérer un très grand et bronzé qui lui fit automatiquement penser à son frère aîné, mais les chances pour qu’ils la rejettent comme la fillette de presque onze ans qu’elle était étaient bien trop importantes, aussi restait-elle sagement dans son coin.

Enfin sagement, tout est relatif. Darryl commençait doucement à s’impatienter. Quoi que ce soit un euphémisme, elle ne tenait plus en place et voulait aller voir les alligators sur le champ ! D’ailleurs, puisque personne n’avait l’air de s’en rendre compte, ils étaient tous entassés devant le train à discuter de choses futiles alors il fallait bien le faire savoir. Sans prendre de gants, la gamine se dirigea vers un autre gosse portant un sifflet autour de cou.


    « Donne-moi ça ! » s’exclama-t-elle en le lui arrachant presque pour le porter à ses lèvres.


Trois coups suffirent pour capter l’attention des adultes mais lorsqu’elle leur demanda, avec un sourire angélique, quand est-ce qu’ils allaient voir les alligators, la réponse ne lui plut pas, mais alors du tout : pas aujourd’hui, il est trop tard. Non mais c’était se foutre de la gueule du monde ! Ce fut la raison pour laquelle elle décida de garder le siffler tout en suivant les autres qui avançaient enfin et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle en fit du bruit tout le long du trajet. Tant pis, elle ferait le mur à la nuit tombée s’il le fallait mais elle irait voir les alligators ce jour-là !

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Dim 5 Avr - 22:47

Il n’y avait qu’un seul bon côté à cette colo aux yeux d’Ezio : c’était la dernière. Après ça, il aurait l’âge légal pour passer son permis de conduire et se barrer très loin de chez ses parents sans se faire arrêter par la police quand le temps viendrait pour eux de se débarrasser de lui pendant un mois pour se barrer au Vietnam y passer leurs vacances. Il avait toujours trouvé ça débile qu’ils refusent de l’y emmener et débile qu’ils y aillent tout court vu que ni l’un ni l’autre n’avait de bon souvenirs là-bas, mais dans l’absolu il s’en contrefoutait. Non, en ce le concernait, c’était cette histoire de colonie qui le gonflait. Pour l’heure, il se tenait sur le quai de la gare où ils venaient tous de débarquer, avec deux ados de son âge, et attendait que quelque chose se passe, comme toujours dès qu’il débarquait dans cette colo. Il s’y faisait chier depuis le premier jour, c’était une vraie torture, et elle était allée crescendo à mesure qu’il grandissait. Présentement, lui et ses potes étaient quelque peu bourrés, vu qu’ils avaient passé tout le trajet à boire du gin dans des bouteilles d’eau minérale. C’était dingue comme les monos se faisaient toujours avoir, ou alors ils n’en avaient rien à faire, ce qui était possible aussi. Ezio avait toujours trouvé que les moniteurs avaient toujours l’air aussi malheureux que lui. Si ça se trouve, travailler ici, c’était comme travailler au McDo, une nécessité et pas un choix. Il ne voyait pas comment on pouvait vouloir gérer des mômes en colonie par vocation.

Il était bien placé pour le savoir vu que maintenant qu’il faisait partie des plus vieux, on lui demander d’encadrer les plus jeunes et d’aider les monos. Ce dont lui et ses potes s’acquittaient en cette seconde en ne faisant rien, se contentant d’osciller sur le quai, les yeux mi-clos. Il vit deux gamines se crêper le chignon du coin de l’œil, se rapprochant dangereusement du quai, et une mono qui passait par là leur aboya de surveiller les plus jeunes. Ezio lui répondit par un geste de la main qui se voulait rassurant et regarda les deux filles rouler par terre en hurlant, se contentant de glousser comme un crétin, en chœur avec les deux autres. Ils étaient en Floride. C’était pas si loin de chez lui, sur une carte, mais ça l’était en réalité, surtout que lui n’avait jamais vraiment eu l’occasion de sortir du Texas, et même de la banlieue de Houston, jusqu’à présent. Un môme passa devant eux en courant et se rétama avant de se mettre à couiner en se tenant le coude et Ezio le regarda un long moment, complètement perdu dans les effluves d’alcool, sans même songer à l’aider. Un sifflement strident le sortit de ses pensées alcoolisées et comme tout le monde, il tourna son regard vers l’origine de ce bruit atroce. C’était une gamine à l’air furax. Elle avait beau sourire aux moniteurs en cette seconde, il était clair qu’elle était furax. Pas contente d’être là. Tsss, si jeune. Elle avait pas fini d’en baver. Ezio, qui lui se sentait en fin de peine, compatissait très fort – mais faudrait pas qu’elle recommence le coup du sifflet, il sentait poindre la migraine.

Il n’entendit pas ce qu’elle demanda aux moniteurs mais la réponse ne sembla pas lui plaire. Un de ses potes lui donna un coup de coude en gargouillant un truc à propos de la gamine mais c’était incompréhensible, et puis il était temps de partir, en rang comme des écoliers, pour des bus qui devaient les emmener jusqu’au terrain de la colonie. Le trajet fut bruyant et pénible vu que les monos encouragèrent les gamins à chanter des chantons débiles et sur un volume sonore insupportable. Certains des gosses ne jouaient clairement pas le jeu, sans parler du chauffeur qui semblait regretter ses choix de vie, en cette seconde. Heureusement, ce ne fut pas long. Ici ou ailleurs, c’était toujours pareil, des bungalows dortoirs. L’avantage, c’était qu’ils étaient beaucoup moins d’ados que de gamins, du coup, dans son bungalow à lui, ils n’étaient que quatre, et la première chose qu’ils sortirent des sacs, ce fut les bouteilles d’alcool. Il avait aussi amené une radio, même s’ils n’étaient pas censés avoir droit à des appareils électroniques. Mais Ezio ne comptait pas rater un seul match de la NFL. Le soir tombait et il était que pour aujourd’hui, il n’y aurait pas d’activité, à part bouffer.

Un des monos vint dans leur bungalow pour leur dire que l’extinction des feux se feraient à vingt et une heure trente ce soir, et qu’ils devaient faire une ronde à cette heure pour vérifier que tout le monde était couché avant de se coucher eux-mêmes, ce qu’ils promirent la main sur le cœur et les lèvres scellées pour retenir les effluves de gin. Voui voui voui, une ronde, pas de souci. A l’heure dite, ils sortirent sagement pour obéir aux ordres, et aussi parce que c’était drôle, pour une fois, comme tâche, ça leur donnait le pouvoir. Ils se séparèrent et Ezio se retrouva à zoner autour des bungalows des filles, mais des petites filles, ce qui n’était pas très passionnant. Il y en eut bien qui émettaient des gloussements, mais pas de quoi leur dire de la fermer, surtout que bon, il ne comptait pas se fatiguer non plus. En fait elles auraient pu faire la java ou aller s’incruster chez les garçons qu’il aurait même applaudis en détournant les yeux.

Tout d’un coup, il repéra une petite silhouette menue et vive qui se faufilait entre deux bungalows et sourit d’une oreille à l’autre. Il tenait une gagnante ! Il ne comptait rien faire d’autre que foutre la trouille à la coupable, pas question d’aller se faire chier à balancer la coupable aux adultes. Il coupa donc sa trajectoire, lui barrant la route, la lampe de poche confiée par le mono à la main, et lui mit la lumière en plein visage.

« Hey, mais c’est la fille au sifflet ! Où est-ce que tu vas comme ça ? Tes copines organisent pas une pyjama-party cette nuit ? »

Il parlait un peu trop fort, mais c'était dur de s'en empêcher. Peut-être bien qu’elle allait au pipiroom, aussi, et même si c’était pas le cas, elle n’avait que cette excuse à dire pour qu’il passe son chemin, merci. En tout cas, elle avait toujours l’air aussi énervée, mais c’était peut-être aussi parce qu’il lui avait mis la lumière de sa torche dans la gueule. Il abaissa la lampe vers le sol, puis l’éteignit carrément en entendant des voix un peu plus loin. Les monos rôdaient aussi, et il n’était pas question qu’Ezio fassent partie de leur clique, et donc que la gamine soit prise dehors.
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Lun 6 Avr - 13:47

Ce n’était pas parce qu’elle était en train de monter un plan d’évasion dans sa tête qu’elle devait se montrer souriante et aimable avec tout le monde, ça, Darryl l’avait bien compris et quand vint le moment de grimper dans le car, elle monopolisa une banquette rien que pour elle et son sac à dos. Cependant, cela n’eut pas l’effet escompté puisque c’était un vrai cirque dans ce car et les moniteurs n’en menaient pas large. Ça se poussait, ça chahutait, ça criait et le seul à s’en soucier réellement était le chauffeur qui risquait un accident à tout instant. On comprend aisément que sa bouderie, le regard résolument tourné sur le paysage avec un air aussi triste que lorsqu’on se fait un playback d’une ballade déprimante, passa totalement inaperçu. Il fallait qu’elle s’y fasse, en dehors de la maison personne ne se plierait en quatre juste pour lui faire plaisir mais la réalité était cruelle. Puis ils arrivèrent enfin au camp qui était la réplique exacte de n’importe quel camp de vacances comme on en voyait à la télé ou sur les brochures. Comme il commençait déjà à se faire tard, on leur donna des instructions très claires : on mange et on va se pieuter. Pas de veillée autour d’un feu de camp où l’on fait griller des marshmallows tandis que certains jouent quelques accords à la guitare, non, que dalle, on mange et on dort pour le reste on verra demain, très bien.

Si encore après le repas il avait fait nuit, mais même pas, c’était l’été et il faisait toujours beau dans ce département alors la nuit tombait tard et il n’était pas question qu’elle aille se coucher en même temps que les poules. Ça tombait bien cela dit puisqu’elle n’avait pas l’intention de dormir. Une fois le repas terminé, on leur demanda de regagner les bungalows, leur précisant qu’un mono passerait d’ici peu pour l’extinction des feux et toutes ces conneries. Darryl ne se fit pas prier, elle partit même au pas de course afin de se préparer un minimum sans que personne ne s’en rende compte, sinon certaines filles pourraient avoir envie de venir avec elle mais elles pouvaient toujours se brosser. Autant délester son sac à dos de quelques trucs, comme de la plupart de ses fringues, par exemple et ne prendre que le minimum vital, à savoir son walkman, ses lunettes de soleil qui l’aiderait à passer incognito, une lampe de poche, une bouteille de pepsi max et un snickers. Simple mesure de précaution, elle rentrerait avant le matin c’était certain mais elle ne savait pas quand exactement et ça serait bête de mourir d’inanition en chemin, tout de même. Quoi qu’il en soit, elle était fin prête avant même que les autres ne reviennent elle aussi au bungalow.

Il lui fallut attendre, que la nuit tombe, enfin ou presque, pour ne pas faire foirer son évasion et quand on lui demanda où elle allait, elle répondit qu’elle allait aux toilettes, ce qui passa étonnamment bien puisqu’elle avait quand même son sac sur le dos. Enfin bref, il faut croire que certains gosses sont plus lents que d’autres, c’est comme ça. Au dehors, elle remarqua tout de suite les faisceaux des lampes-torches dansant sur le sol. Bon, eh bien elle n’avait qu’à passer de bungalow en bungalow jusqu’à arriver au grillage qui entourait le camp, il n’y avait que quelques mètres où elle serait totalement à découvert, un vrai jeu d’enfants. Darryl avançait prudemment, mettant son plan à exécution et elle y était presque quand une lumière l’aveugla et fut bien obligée de stopper net, tel un lapin pris dans les phares d’une voiture. Pétrifiée d’avoir été prise sur le fait par un moniteur, elle retint son souffle tout en levant les mains à hauteur du visage pour se protéger de la lumière. Et puis une voix s’éleva, voulant savoir où est-ce qu’elle allait. La gamine ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel en entendant la question qui suivit. Bien sûr, elles faisaient des soirées pyjamas et des batailles de polochons tant qu’on y était… d’accord, quand elle était partie, les filles en avaient effectivement entamée une mais Darryl n’aimait pas ça et, par extension, n’aimait pas y être associée. Elle cligna des yeux à plusieurs reprises puis l’autre baissa enfin sa lampe et c’est là qu’elle le reconnut. Ce n’était pas du tout un moniteur mais bien au simple colon tout comme elle, si ce n’est qu’il était plus grand, plus vieux, plus costaud et se la pétait un max. Toujours est-il qu’elle reprit soudain contenance. De quoi il se mêlait celui-là ? Il n’avait pas des magazines cochons à aller feuilleter plutôt que d’ennuyer une innocente enfant en quête d’aventure, franchement ? Il avait beau lui rappeler son frère, la ressemblance n’était que physique, apparemment.

    « Ben si on te demande, tu diras que t’en sais rien, okay ! »


A quoi bon lui dire qu’elle allait aux toilettes, il était peut-être moins stupide que les autres. Des voix résonnèrent et le type éteignit sa lampe. La cavalerie arrivait et il fallait qu’elle se magne si elle ne voulait pas passer la nuit en cabane d’isolement. Sans plus s’attarder, Darryl contourna cette espèce de montagne et courut jusqu’au grillage qu’elle escalada avec aisance avant de sauter de l’autre côté, ce n’était pas la première fois qu’elle faisait ça et sans doute pas la dernière. Elle prit tout de même le temps de savourer son triomphe et adressa un sourire malicieux à l’autre empêcheur de tourner en rond. Ah quel dommage pour lui qu’il soit plus lent et se soit laissé distraire. Ce n’était l’envie de lui lancer un « à plus, débilos ! » qui lui manquait mais elle n’avait pas le temps, ils pouvaient toujours la récupérer aux abords du camp et ça ne serait pas fun du tout. Il lui fallait donc gagner la roue le plus vite possible et intercepter une voiture qui la mènerait là où elle voulait aller. Heureusement que son père l’avait déjà emmenée dans ce coin de la Floride, sinon ça serait nettement plus compliqué.

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Lun 6 Avr - 21:51

Impertinente la môme ! La réplique le fit sourire d’une oreille à l’autre. Il n’y pouvait rien, il avait tellement l’habitude que les gens le fuient ou au contraire se foutent ouvertement – mais qu’une seule fois – de sa stature de monstre que les humeurs des gens glissaient sur lui comme de l’eau sur une vitre. Il fallait bien qu’il soit du genre sympa. S’il avait été, en plus d’être costaud, psychopathe ou tout simplement sensible à la moquerie, il aurait eu tout le potentiel pour devenir un tueur en série. Mais non, il avait l’habitude de garder son calme, et ce n’était qu’au moment opportun, si en face la personne ne comprenait pas qu’il fallait qu’elle s’arrête très vite de se foutre de lui, qu’il finissait par prendre des mesures, mais même quand il avait cassé la gueule de toutes les petites frappes qui avaient insisté pour se moquer de lui, il ne l’avait pas fait sous le coup de la colère ou par envie de vengeance. Non, c’était juste un état de fait, il était resté toujours resté calme, et les avait calmement massacrés. Évidemment, le cas de la fille n’était pas du tout le même, et il faut bien dire qu’il se marrait grandement aussi grâce à tout l’alcool qu’il avait dans le sang. Et il y avait aussi le fait qu’il était un ado de quasi seize ans qui n’entendait pas se faire maîtrisait par une petite fille, aussi sûre d’elle et visiblement décidée à aller quelque part qu’elle était.

Comme du monde venait, il éteignit la torche et garda le silence, observant la gamine qui elle, loin de s’inquiéter, semblait vouloir continuer à mettre son plan en œuvre. Et il était clair que son plan consistait à faire le mur, vu qu’elle escalada le grillage le plus proche et disparut dans la nuit, non sans lui adresser un sourire de défi en passant. La première nuit, carrément ! Il secoua la tête en se retenant de glousser et lui emboîta le pas sans un bruit, sans la prévenir. Bah, il n’était pas particulièrement discret, alors elle avait dû l’entendre, et puis même si ce n’était pas le cas, peu importait, elle ne pouvait pas vraiment l’empêcher de la suivre. Bien sûr, il faisait ça par devoir, c’était évident. On lui avait confié la garde des plus jeunes et il embrassait enfin totalement cette nouvelle carrière de chaperon. Ça, et aussi le fait qu’il se faisait royalement chier ici et que cette petite escapade était une merveilleuse idée ! Cette fille avait de l’avenir en colonie de vacances, il le pressentait, il avait l’impression de se voir à son âge.

Il se doutait qu’elle cherchait à atteindre la route, et marcha donc tranquillement en ligne droite jusqu’à l’atteindre. Il ne savait pas où elle comptait aller, mais vu qu’ils étaient dans un trou paumé de la campagne de Floride, elle espérait probablement faire du stop. Il ne voyait pas trop quel adulte digne de ce nom – c’est-à-dire rasoir à souhait – accepterait de la prendre en stop vu qu’elle avait l’air de ce qu’elle était, une gamine. À part un bon vieux pédophile, évidemment. Raison de plus pour qu’il l’accompagne, non ? Il vit la route de loin, la vit plantée au bord, le pouce levé, et attendit patiemment dans les buissons comme un gros prédateur. Oui parce que s’il était évident que les gens s’arrêteraient probablement tous pour demander à la « petite fille » ce qu’elle foutait toute seule la nuit au bord d’une route déserte, il était tout aussi évident que s’ils le voyaient, lui, plantés au bord de la route, ils passeraient la seconde et se barreraient vite fait. Il n’y eut pas à attendre longtemps cela dit comme un véhicule ralentissait puis s’arrêta à hauteur de la fille. Et bien évidemment, c’était un minivan. Dans cet État, il devait n’y avoir que ça, du moins dans l’imaginaire d’Ezio : des minivans remplis de jeunes surfeurs un peu hippies partout sur les routes. En tout cas, le type qui ouvrit la porte coulissante était jeune, bronzé et avait les cheveux blonds et longs, bref, le profil typique du surfeur. Pour ce qu’Ezio en savait. Et il crut bien voir une bouffée de fumée s’échapper du van quand la porte s’ouvrit, mais bon, c’était peut-être son imagination. Il sortit des fourrés sans attendre que quelque chose se passe, même si le type et la fille avaient déjà commencé à discuter.

« Alors, on y va ou on n’y va pas ? »

Il vit le type sursauter et le regarder, avant de regarder la fille, puis de le regarder de nouveau, et Ezio haussa les épaules.

« C’est ma sœur. Y a un problème ? »

Le type les regarda encore l’un après l’autre. Il était tellement évident qu’ils n’étaient pas frère et sœur qu’il ne pouvait que gober le mensonge, non ? Et puis qu’il le croit ou pas, finalement, c’était pas important, l’important c’était de savoir s’il voulait avoir des problèmes ou pas. Ezio aimait bien faire croire qu’il était méchant. C’était toujours si facile. Il baissa les yeux vers la fille, s’attendant à moitié à ce qu’elle le morde pour son outrecuidance. Si ça se trouve, elle était en mission secrète ou quelque chose comme ça, et il allait tout gâcher. He. Lui, ça ne le désolait pas tant que ça. En fait, depuis qu’il l’avait croisée, il s’amusait plutôt pas mal, et c’était bien la première fois depuis que cette colo avait commencé.
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Mar 7 Avr - 16:07

Techniquement, entre le camp et la route, elle ne pouvait pas se perdre, il n’y avait qu’à longer le chemin de terre battue qu’ils avaient emprunté plus tôt dans la journée pour venir ici. Néanmoins, elle ne pouvait toujours pas allumer sa propre lampe de poche au risque d’éveiller les soupçons et il lui fallait donc évoluer dans l’obscurité, pas la plus totale, mais l’obscurité quand même. Tout le long du trajet, il lui sembla bien entendre des bruits suspects mais Darryl préférait se dire que ce n’était que son imagination, d’autant qu’elle touchait au but, elle voyait enfin l’asphalte ! Elle hésita un instant quant à la technique à adopter. Se coucher en plein milieu de la route et attendre que quelqu’un passe ? Non, il y avait une chance infime qu’on ne la voit pas et qu’on lui roule dessus, il était plus prudent de se mettre sur le bord de la route et de faire du stop. Ce que les passants ne manqueraient pas de trouver louche, surtout aux abords d’un camp de vacances mais ça se tentait. Puis elle pouvait toujours prétexter que la roue de son vélo avait crevé, même sans vélo comme preuve à l’appui, ça pouvait passer. D’ailleurs, elle n’eut pas longtemps à attendre avant quelqu’un s’arrête. C’était un mini-van qu’elle trouva accueillant, bien plus que l’espèce de clochard qui était au volant. Il se pencha pour ouvrir tout d’abord la fenêtre.

    « Qu’est-ce que tu fais là à cette heure ? Y a pas une maison à des kilomètres… »


Encore un qui s’occupait de ce qui ne lui regarda pas, mais Darryl se tut et se pendit à la portière dans le but de l’apitoyer encore un peu plus.

    « Je voudrais aller à l’Everglades Alligator Farm, vous pouvez me déposer ? »


Le type consulta sa montre pendant un petit moment mais se retint de tout commentaire, ce dont elle lui était reconnaissante parce qu’elle savait très bien que c’était sans doute fermé à l’heure qu’il était mais ce n’était pas ce qui l’arrêtera. Il haussa les épaules et se pencha à nouveau pour lui ouvrir la portière. Et alors qu’elle s’apprêtait à monter dans le mini-van, un invité surprise sortit des fourrés. Darryl n’était certes pas aussi surprise que le chauffeur, il lui semblait bien avoir entendu quelqu’un la suivre mais elle en resta quand même bouche-bée pendant quelques secondes. Monsieur voulait savoir s’ils y allaient ou pas mais c’était carrément scandaleux, elle qui pensait qu’il était censé donner l’exemple, voilà qu’il s’incrustait sans même savoir où est-ce qu’ils allaient exactement.
Devant l’air surpris et surtout pas rassuré du gars, l’autre dit qu’elle était sa sœur, ce qui tenait bien sûr pas vraiment la route et ça ne le détendit donc pas. Il devait se dire que si un gang de Miami avait voulu lui tendre une embuscade, il ne s’y serait pas pris différemment et ce n’était pas tout à fait faux. La gosse mit alors un pied dans le mini-van, des fois que le gars décide de repartir sans les laisser monter, et même que le regard de l’autre le dissuada probablement d’agir de la sorte puisqu’elle venait de s’asseoir sur la banquette avant tout à côté du conducteur. Ils attendirent que son soi-disant frère monte à son tour pour repartir. Dès qu’ils eurent refermé la porte, une grimace déforma son visage, elle était coincée entre l’odeur d’herbe et d’alcool, génial, une chance qu’ils n’en avaient pas pour des kilomètres sinon c’est elle qui serait malade.

On aurait pu croire que ce gars était du genre à écouter des tubes des Beach Boys à fond dans sa caisse mais pas du tout, au lieu de ça il écoutait la bande originale de Grease. C’était d’un ringard, il n’avait jamais entendu parler des Backstreet Boys ? Se demandait-elle tout en chantonnant les chansons de Grease dans sa tête. Un coup d’œil en arrière lui apprit que le type était peut-être bien un clochard en fait, puisqu’il y avait une couverture étendue et même une guirlande lumineuse tout autour pour l’instant éteinte et peut-être qu’elle l’était tout le temps, elle était juste là pour faire joli. Bref, il devait dormir dans son van et c’était bien triste.

    « Vous êtes vraiment frère et sœur, alors ? »


Darryl tourna la tête vers l’incruste de service et le dévisagea longuement en plissant les yeux. Quelle idée d’avoir dit ça, franchement, il n’avait qu’à dire qu’il était son cousin, ça serait passé plus facilement. Puis elle refit face au surfeur.

    « Que des demis. Sa mère vit à Hawaii ! »


    « Sans déconner ! Y a de super vagues, là-bas !! »


La gamine détourna le regard et leva les yeux au ciel en secouant imperceptiblement la tête devant la débilité manifeste de ce mec. Tous les mêmes, ces surfeurs, il suffisait de les mettre sur la piste et hop, ils parlaient de leur passion pendant des heures. D’ailleurs, il était en train de raconter plein de trucs au faux hawaïen – ça avait l’air de le passionner, tiens - tandis qu’elle retirait sa casquette pour relever ses cheveux en une queue de cheval en mettant de coups de coude à tout le monde sans faire exprès. Et puis au bout d’une quinzaine de minutes, elle vit enfin le panneau indiquant qu’ils n’étaient plus qu’à quelques mètres. Darryl frétilla d’impatience et une fois que le véhicule se fut arrêté, bondit hors de la voiture en passant par-dessus son chaperon à la noix, remercia le chauffeur et attendit qu’il s’en aille pour se retourner vers lui.

    « Qu’est-ce que tu fais là, toi, d’abord ? C’était pas une invitation ! »


Qu’est-ce qui n’était pas une invitation ? Elle l’ignorait mais elle trouvait que ça sonnait bien. Soit, de là où ils se trouvaient, elle entendait déjà les mâchoires des alligators claquer et elle n’avait plus qu’une seule envie : sauter la clôture qui entourait la ferme. Celle-ci n’était pas bien haute parce que rien que de savoir qu’il y avait des alligators et des serpents de l’autre côté suffisait généralement à dissuader n’importe qui d’entrer là.

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Mer 8 Avr - 17:10

Yay, roadtrip ! Si Ezio s’attendait à ça le jour où son père l’avait déventousé de la banquette arrière de son pickup pour le jeter devant la porte de l’accueil de la colo une semaine plus tôt ! Il s’engouffra dans le minivan tel un garçonnet attiré ici par quelques bonbons colorés et s’assit sur l’espèce de couverture qui faisait office de banquette. Il était clair que le gars vivait dans son van, vu l’état intérieur du véhicule. Il poussa quelques paquets de chips vides de la main pour se faire une place en se disant que ça avait beau être gros, comme caisse, ça restait encore trop petit pour lui, mais soit. Il était content, beaucoup plus que la gamine et le conducteur mais hé ! en quoi c’était son problème ? Il eut une brève pensée pour ses deux copains mais savaient qu’il n’y aurait aucune conséquence à son absence auprès d’eux. Pas sûr qu’eux-mêmes retournent à leur bungalow cette nuit, selon où est-ce qu’ils avaient fait leur ronde, plus près des dortoirs des filles plus âgées ou pas, et puis s’ils ne le voyaient pas revenir, ils ne se poseraient absolument aucune question. Il aurait pu être en train de se faire couper en morceaux au fond d’une cave redneck qu’ils n’auraient pas donné l’alerte, simplement parce qu’ils étaient mous et bêtes, comme à peu près tous les ados de leur âge. Ezio se considérait bien évidemment comme privilégié dans cette même catégorie.

Une espèce de soupe s’évadait de la radio, où un mec et une fille se répondaient en chantant, comme quoi ils s’aimaient beaucoup beaucoup, et c’était trognon, quoiqu’un peu étrange compte tenu du type à qui appartenait la radio, mais soit. Ledit type ne put s’empêcher de poser des questions. Il devait quand même être sacrément atteint, cela dit. Prendre des gosses en stop et poser les questions ensuite, quand c’était trop tard… Quoiqu’ils fassent désormais la gamine et lui, qu’ils se fassent assassiner quelque part dans l’État de Floride ou pas, si les adultes de la colo donnaient l’alerte et lançaient les flics à leurs trousses, ce mec était complice. Mais visiblement ça ne lui traversait pas l’esprit. Faut dire que l’intérieur de sa tête devait être fait essentiellement de fumée de joint. Ezio capta le regard accusateur de la fille et haussa les épaules en réponse. Fallait se détendre, ils roulaient, non ? C’était bien ce qu’elle voulait ! Il hocha religieusement la tête pour soutenir le bobard qu’elle sortit au conducteur et se permit une petite rêverie paresseuse sur les plages de Hawaï : un jour, il irait. Et tiens, pour commencer, il se ferait un tatouage maori, c’était décidé, le plus tôt possible. Il faudra qu’il pense à remercier la gamine pour lui avoir donné cette idée. Il approuva bruyamment l’exclamation du mec, « ouais, de supers vagues ! », c’est cela oui. Il se mit à hocher la tête à un rythme régulier d’une fois toutes les dix secondes entrecoupé d’un « mh mh » pendant que le gars lui racontait sa vie, tout en laissant une nouvelle fois ses pensées s’échapper, même si c’était compliqué de rêvasser avec la môme qui frétillait comme un poisson à côté de lui, à croire qu’elle ne tenait pas en place et qu’elle avait vraiment un truc à faire.

Enfin, ils semblèrent arriver à destination. Ezio vit bien le panneau mais ne pouvait pas vraiment imaginer que la fille voulait juste aller voir des alligators, il croyait encore en une quête personnelle, un truc de famille qui puisse expliquer sa très visible mauvaise humeur. Il écarta les bras et les mains comme pour se protéger. Wow, calm down. Il ne put s’empêcher d’esquisser un sourire ravi.

« Comment, la fille qui brise les règles et fait le mur me reproche de faire le mur avec elle ? Peut-être bien que j’allais juste dans la même direction. Oh non tu sais quoi, pour la postérité, pour le moment où on se fera gauler en rentrant dans ce camp de trous du cul, disons que je suis là pour veiller sur toi. »

Ben ouais, on savait jamais, si on les torturait… Bon de toute façon, tout ça n’avait aucune importance, la fille ne l’écoutait pas, et lui-même tendit l’oreille aux bruits qu’elle semblait capter. Sérieux, on aurait dit une enfant sauvage ! Il suivit son regard jusqu’au grillage et le pointa du doigt d’un air incrédule, cette fois.

« Attends, tu penses sérieusement à grimper ça pour t’incruster dans la ferme aux alligators ? »

Il la considérait d’un œil neuf, tout d’un coup, et quelque peu admiratif, et beaucoup plus intéressé, aussi. Soudain, il retombait sur terre et l’excitation d’une bonne aventure le faisait vibrer comme n’importe quel ado de son âge, et ce n’était plus une gamine qu’il avait en face de lui mais une complice.

« Wow, je regrette pas d’avoir suivi ta jolie casquette jusqu’ici. Mais je sais pas, tu voudrais pas t’assurer que le grillage donne pas sur l’enclos des cobras avant de passer de l’autre côté ? »

À moins qu’elle ait déjà tout prévu évidemment, que c’était là une expédition préméditée depuis des jours, voire des semaines si elle aussi avait accueilli la nouvelle – « yeah, tu vas en colo, t’es contente ? » – avec autant de plaisir que lui.
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Jeu 9 Avr - 12:39

Dans la même direction ben voyons, lui aussi avait envie de tâter du reptile, sûrement. Cela dit c’était peut-être un peu plus convaincant que ce qu’il lui servit ensuite parce que bon, avait-elle l’air d’avoir besoin qu’on veille sur elle ? d’une part et puis ensuite pour quelle raison est-ce qu’il ferait ça ? C’était le bon samaritain, c’est ça ? Soit, Darryl ne se posa pas plus de questions, ça ne l’intéressait pas des masses et reporta son attention sur la ferme. Manifestement, le garçon venait juste de tilter puisqu’il lui demanda si elle avait vraiment l’intention d’entrer là-dedans. Ah oui, oui, sinon quel intérêt d’avoir fait le chemin jusqu’ici. Elle regarda vite fait autour d’elle. Ils se trouvaient en bordure des Everglades et donc, étaient assez éloignés – à pied en tout cas - du village le plus proche, en pleine cambrousse, et elle ne voyait vraiment pas ce qu’elle aurait bien pu faire d’autre ici mais peut-être qu’il trouvait ça trop insensé pour être vrai. Il ne la connaissait pas du tout et ne pouvait par conséquent pas savoir que c’était le genre de trucs qu’elle faisait sans arrêt. Puis même en sachant cela, ça devait surprendre venant d’une fillette de son âge.

    « Ben oui, tu croyais quoi ? C’était prévu au programme de toute façon, je prends juste un peu d’avance. »


D’autant plus que c’était bien plus excitant de faire ça de nuit, quand la ferme était fermée au public et donc sans avoir à se coltiner une tripotée de gamins impressionnables qui hurleraient à chaque claquement de mâchoires. Dans tous les cas, Darryl n’était pas venue seulement pour regarder la clôture et elle n’avait pas de temps à perdre en bavardage. Lorsqu’elle s’approcha de la clôture en question, le gars sembla flipper un peu et ça la fit ricaner. Il faudrait être un imbécile pour commettre une erreur aussi grossière et atterrir dans l’enclos des cobras. Ou alors n’être jamais venu auparavant. Elle n’y avait pas pensé mais c’était peut-être son cas, sinon il aurait su qu’on leur retirait leur venin et qu’ils étaient bien moins dangereux qu’on ce qu’on pourrait croire. Cela dit elle n’allait tout de même pas lui faire la leçon, ça serait un comble et ne voulant pas perdre une seconde de plus, elle entreprit d’escalader la clôture. Une fois au sommet, la gosse consentit à répondre avec un petit air supérieur :

    « Je sais ce que je fais, c’est pas la première fois que je viens. Bon, tu viens ou pas ? Me dis pas que t’as la trouille ! »


Ça serait marrant, il était immense et il avait peur de petits serpents. Bon okay, ce qu’elle qualifiait de « petits serpents » pouvait s’avérer mortel mais à l’état sauvage, beaucoup moins dans un parc comme celui-là, c’était bien la raison pour laquelle son père travaillait avec les reptiles d’ici, habitués à l’être humain plutôt qu’avec des alligators du bayou par exemple, ceux-là étaient trop imprévisibles, même pour lui. Quoi qu’il en soit, elle se laissa retomber du bon côté et n’attendit pas de voir s’il la suivait ou non. Elle était à l’intérieur de la ferme et il fallait en profiter avant que quelqu’un ne le remarque, ce qui pouvait arriver à tout instant. Il devait bien y avoir un système de surveillance pour empêcher les vols. Darryl avait du mal à croire qu’il existe des gens qui auraient le cran de voler un crocodile, mais il parait que ça se revend très cher, probablement à des princes des Emirats voulant se la péter un max avec un croco tenu en laisse lors d’une soirée au sommet d’une tour en verre. Mais bon, même comme ça pas de souci, elle connaissait le gérant. Enfin, un peu.

La gamine s’avança, empruntant les allées bétonnées, en direction de l’enclos où il y avait une plateforme permettant de nourrir les alligators. Ils avaient dû ranger leur nourriture et elle ne pourrait donc pas leur en lancer mais c’était de loin le meilleur endroit pour les voir de près. L’airboat mis à part bien sûr, mais elle ne savait pas encore le piloter. Un jour viendrait où elle saurait mais en attendant, autant ne pas se faire de fausses illusions et se contenter de les regarder. Un bruit de pas lui indiqua que le garçon de la colo l’avait finalement suivie, c’était bien, ça prouvait qu’il n’avait pas qu’une grande gueule. Pas aussi grande que celle des alligators qui s’approchaient tout doucement, nullement gênés par leur arrivée soudaine, ils avaient plutôt l’air d’attendre qu’on leur jette quelque chose. Pas de bol pour eux, il n’y avait rien. Darryl se tourna vers le gars et lui désigna la fosse du doigt.

    « Viens voir, ils veulent qu’on les nourrisse mais j’ai qu’un snickers et je suis pas sûre qu’ils apprécient les cacahuètes. T’en dis quoi ? »


Ils étaient peut-être allergiques, aux aussi, comme plein de gens. Les animaux aussi devaient bien souffrir d’allergies, non ? Il est vrai qu’il n’avait pas l’air très calé en reptiles mais sait-on jamais, on lui avait peut-être dit qu’au contraire, ils en raffolaient, en cours. Ça serait cool parce qu’elle avait la sensation de se la jouer ultra-radine en cet instant.

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Ven 10 Avr - 20:42

Cette fille, elle parlait déjà comme une vieille. Non pas sur la forme, mais sur ce qu’elle balançait. Ezio savait bien que toutes les petites filles de son âge n’étaient pas censées se contenter de coiffer leur Barbie en chantonnant le single phare du dernier film Disney à la mode, mais clairement, celle-là se situait à l’autre extrême de l’éventail. En gros, on aurait dit qu’elle avait l’habitude de faire ça : se barrer en pleine nuit dans la nature, faire du stop et pénétrer illégalement dans des propriétés privées. Le poids de l’expérience, à dix ans seulement – ou neuf, ou onze, il n’en savait rien, c’était dur de juger. Pour un peu il se serait mis au garde à vous. Cela dit il ne faisait déjà pas ça pour son père qui le traitait parfois comme un de ses anciens soldats, donc il ne risquait pas de le faire pour cette gamine. Elle avait tout prévu, apparemment, et même qu’elle « prenait de l’avance », ah bon, okay. C’était super sérieux, apparemment, pour elle, pas de place à la rigolade. Il haussa les épaules, en mode petit con, et la suivit. Il la regarda grimper la clôture avec l’agilité d’un petit singe, et une fois perchée là-haut, elle baissa les yeux sur lui d’un air malin. Ah bon, elle savait ce qu’elle faisait. N’empêche, le sang d’Ezio ne fit qu’un tour. Plus tard, peut-être qu’il serait assez mûr pour ne pas réagir au quart de tour aux provocations d’une morpionne, mais pour l’heure, il marcha à cent pour cent. Il n’avait certainement pas la trouille et peu importaient les raisons qui le poussèrent à le prouver à une gamine qu’il ne connaissait pas et ne reverrait probablement jamais de sa vie, il se mit lui aussi en devoir d’escalader le grillage. Son style n’était pas le même, beaucoup moins agile, mais tout en puissance et tout aussi efficace, ce qui fit qu’il atteignit rapidement le sommet, avant de sauter de l’autre côté.

La fille était déjà partie, et il suivit sa petite silhouette quasi invisible en maugréant qu’au Texas, ils avaient pire que des serpents neurasthéniques et des gamines impudentes, c’était pas ça qui allait le faire reculer. N’empêche, il sentait qu’il s’engageait dans une aventure potentiellement sympathique mais avec une potentielle casseuses de bonbons – un peu comme toutes les filles de cet âge. Il n’avait rien contre les étudiantes de première année de fac, en revanche, mais en-dessous de cette limite, ça devenait rapidement lourd à fréquenter, ces choses-là. D’ailleurs, il avait déjà prévu de ne jamais avoir de fille – ce qui serait simple vu qu’il avait prévu de ne jamais avoir d’enfants. En attendant, il avait rattrapé celle-là, qui s’extasiait devant les alligators, attirés par le mouvement. Comment elle pouvait qu’ils avaient faim ? Même si ces bêtes-là avaient probablement toujours faim… C’était une enfant sauvage, en fait, ou quoi ?? Ezio doutait qu’un Snickers leur fasse grand mal, cela dit, alors si ça l’amusait de leur jeter sa barre chocolatée, elle pouvait toujours y aller. Il regarda autour d’eux et repéra la petite bâtisse servant de sas entre l’enclos et l’extérieur. Il y avait probablement des frigos plein de nourriture à alligators là-dedans, mais c’était bien évidemment fermé.

« Sinon, tu peux leur filer des serpents à bouffer, on en a plein sous la main et ils feront pas la fine bouche. »

Il était authentiquement sérieux – il faut dire qu’il ne se sentait aucune empathie pour aucune de ces bestioles, même si c’était la première fois qu’il voyait des alligators en vrai, tout le secret étant de jouer au blasé, bien évidemment, histoire de ne pas passer pour une gros plouc. Il en allait de son honneur. Oui, face à une gamine. Tout à fait. Quoiqu’il en soit, il n’avait aucun complexe à émettre cette théorie vaguement cannibale, nourrir les uns avec les autres, hop, vite fait bien fait, même si ça sous-entendait qu’il faudrait d’abord attraper ces saletés. A moins qu’elle ait de quoi crocheter une serrure sur elle, évidemment – Ezio avait de quoi, des fois, principalement pour forcer des portières de voiture, mais il n’avait pas pensé à emmener son matos en colo, bizarrement.

« De toute façon je suis sûr qu’ils sont bien nourris. T’as vu leur taille ? Ils sont aussi gros dans leur milieu naturel ? J’aimerais quand même pas en croiser un en liberté, pas sans un flingue sur moi en tout cas. »

Fallait faire quoi si on tombait sur un alligator dans la mangrove, se laisser tomber au sol et faire le mort, comme avec les ours ? Même s’il n’avait jamais vu d’ours en liberté non plus.
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Sam 11 Avr - 19:20

Darryl eut la confirmation que ce type n’était pas très net dans sa tête lorsqu’il lui suggéra d’aller chercher des serpents pour les nourrir. Ce qui la poussa à se demander ce qu’il avait avec les serpents, c’était une véritable obsession chez lui et il ne leur voulait pas que du bien. Peut-être qu’il s’était déjà fait mordre et en ce cas, elle comprenait cette haine et cette espèce de traumatisme, exactement comme quand on se fait mordre par un chien, le risque de mortalité était toutefois nettement moins élevé. Enfin, ce n’était là que des suppositions, elle-même ne s’étant fait mordre ni par l’un n’i par l’autre. Dans tous les cas, il était clair qu’elle ne pénétrerait pas dans l’enclos des serpents dans le but de nourrir les alligators. Par ailleurs, si elle se souvenait bien, ils ne figuraient pas dans leur régime alimentaire principalement composé de poissons et de pauvres petites tortues. D’antilopes aussi mais ça, elle avait beau regarder de tous les côtés, pas l’ombre d’une antilope. Faute de mieux, la gamine ôta son sac à dos de ses épaules pour y prendre son snickers qu’elle déballa soigneusement et qu’elle tâcha de casser en parts égales. Autant dire que ce n’était pas chose aisée parce que c’était trop petit et qu’ils étaient trop nombreux.

Cela dit, comme le fit judicieusement remarquer le gars un peu bizarre – pour une fois -, ils avaient l’air bien nourris et ne devait pas mourir de faim un tout petit bout devrait leur suffire. Darryl jetait joyeusement ses morceaux de snickers, visant leur gueule de son mieux tout en écoutant les questions qu’il se posait, sans doute à lui-même. Elle considéra les reptiles dans leur fosse d’un œil expert. Ceux-là étaient effectivement énormes et bien verts, assez différents de ceux qu’il y avait chez elle, et elle avait eu l’occasion de les voir de très près pas plus tard qu’il y a quelques mois. Petit accident de quad qui l’avait éjectée directement dans le bayou. En même temps, qui a l’idée saugrenue d’aller faire du quad dans le bayou ? C’est que la Louisiane, c’est carrément cool comme Etat mais c’est plein de petits vieux édentés adeptes du banjo et si on n’y prend pas garde, on peut s’y emmerder comme un rat crevé, aussi. La môme secoua enfin la tête.

    « Pas là d’où je viens en tout cas. Et les nôtres sont plus noirs que ça. »


Puis elle renifla d’un air dédaignant tout en retroussant la lèvre de dégoût quant à la remarque qui suivit. Quelle idée de vouloir flinguer une de ces bestioles, franchement…

    « Et pour en faire quoi ? Des bottes ou des sacs pour pétasses ? »


Une vraie honte ! D’autant que les alligators étaient comme les requins, on en avait peur à tort, ils n’attaquaient que lorsqu’ils sentaient leur territoire menacé et donc, l’homme n’avait qu’à ne pas vouloir tout envahir tout le temps. Tout l’inverse de ce qu’ils étaient en train de faire, en fait, mais c’était pour la bonne cause et puis des centaines de visiteurs venaient ici tous les jours, les reptiles n’en avaient plus peur, ils avaient l’habitude, ce n’était donc pas pareil. Enfin bref, elle n’allait tout de même pas s’énerver pour ça, ce gars ne devait pas en voir souvent par chez lui et c’était normal qu’il éprouve une réticence à leur égard. Puis ça ne valait pas non plus la peine qu’elle lui explique, ça devait être buté comme spécimen. Quoi qu’il en soit, elle eut soudain une bonne idée, du moins c’en était une dans sa tête, mais pour ce qui était de la pratique, c’était autre chose.

    « T’as déjà fait un tour d’airboat ? Y a des crocodiles plus loin mais on peut pas les voir en restant sur la terre ferme. »


Non, elle n’avait jamais démarré et encore moins piloté d’airboat mais était-ce vraiment si différent d’un quad ? Ou même d’une voiture ? C’était un secret mais elle apprenait déjà à conduire la Jeep de son père. Sous sa surveillance, évidemment, il n’apprécierait pas des masses qu’elle aille emboutir un arbre avec son petit bijou, c’était certain. Probablement pas, des leviers et des pédales et c’était tout, non ? De toute façon, Darryl avait déjà pris sa décision. Elle jeta l’emballage de son snickers dans la poubelle la plus proche et repartit, cette fois pour se diriger vers l’embarcadère. Pour cela, de là où ils étaient, il fallait passer devant le magasin de souvenir et l’entrée de l’île aux serpents. Voilà qui devrait plaire à ce garçon dont elle ne connaissait toujours pas le nom. En même temps, son prénom n’avait pas l’air de l’intéresser non plus et jusque-là, ils s’en sortaient très bien sans. Soit, elle arrivait déjà à l’embarcadère. Pas une ride pour troubler l’eau d’apparence paisible, pas un souffle et vent et l’airboat, amarré au ponton, avait tout l’air de n’attendre qu’eux. S’ils ne voulaient qu’on essaye de le piloter, alors ils n’avaient qu’à le rentrer. Darryl y courut et en se penchant pour retirer la corde l’empêchant de dériver, son walkman s’évada de son sac qu’elle n’avait pas pris le temps de refermer pour tomber à la flotte, émettant un « bloub » sonore. Elle regarda le bout de plastique jaune disparaître dans l’eau sombre avant de tendre la main dans sa direction.

    « Merde, merde, merde ! »


Oui, c’était une catastrophe, il lui restait trois semaines de colonie. Sans musique ! Comment c’était possible ?? Elle fixa la surface miroitante pendant un long moment encore avec l’envie de se mettre à l’eau. Après tout, pas d’écailles à l’horizon et puis ça ne serait que pour une seconde. Dès qu’elle rentrerait, elle le passerait au sèche-cheveux comme il faut et qui sait ? Il fonctionnerait peut-être encore très bien pour au moins trois semaines.

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Dim 12 Avr - 21:14

Là d’où elle venait ? Et c’était où exactement, Saturne ? Ezio avait du mal à imaginer des alligators noirs, mais en même temps elle avait dit « plus noirs » et pas noirs, c’était juste qu’il entendait ce qu’il voulait entendre. Apparemment, sur Saturne, on était des défenseurs hardcore des animaux, aussi, vu que son idée de flinguer des crocos ne l’excitait pas des masses. Ce fut au tour d’Ezio de la considérer avec condescendance. Lui n’imaginait pas de ne pas être armé, encore moins pour aller faire le zouave dans un marécage plein d’alligators noirs, et ses sacs de pétasse, elle pouvait se les garder, c’était une simple question de survie, et donc de bon sens. Elle pensait peut-être pouvoir leur parler, leur chanter des berceuses, on murmurait à l’oreille des crocos, « là d’où elle venait » ? Enfin bon, il se retint avec peine de lui dire tout ça, il sentait que sinon, ils n’en auraient pas fini – et peut-être aussi qu’il sentait qu’il ne sortirait pas vainqueur d’une confrontation verbale avec cette fille qui semblait faite en métal. C’était une question d’instinct, il n’était pas en train de reculer face à une gamine, nooooooon, non non, juste une question d’instinct, et il obéissait toujours à son instinct. Mais il était quand même content qu’il n’y ait pas de témoins dans les environs pour l’entendre lui parler comme ça et le voir ne pas réagir à la provocation. Il finit par s’auto-convaincre qu’il se comportait en adulte, là, et ainsi « l’adulte » se contenta d’accompagner la fille dans son crime. Airboat ? Il en avait entendu parler, savait bien ce que c’était, mais n’était jamais monté dedans, non. Il sortit donc la seule réponse qui s’imposait :

« Peut-être bien que oui. »

En langage universel, ça voulait dire non, et il ajouta un sourire enjôleur à sa réponse, on savait jamais. Quoique cette gamine n’était pas assez vieille pour se sentir concernée par ses sourires, probablement – et c’était tant mieux, en un sens. Dans tous les sens, même. Finalement il rebrancha son cerveau et ajouta plus sérieusement :

« De toute façon ça doit pas être bien compliqué à conduire, au pire faut démarrer, passer les vitesses et tourner le volant. »

Ce qui revenait à approuver ce qu’elle sous-entendait et son projet de chourer un airboat pour aller zoner au milieu des alligators. Ah, un peu que ça le tentait, oui ! Ca faisait des années qu’il ne trouvait plus aucun plaisir ni intérêt à voler la voiture de son père, et ça en revanche, c’était une première. Il se retrouva donc une nouvelle fois à suivre la gamine, d’un pas tranquille, vu que quand il en faisait un, elle en faisait deux, pas du tout nerveux à l’idée de ce qu’ils s’apprêtaient à faire parce que de toute façon ils ramèneraient le truc à bon port avant le lever du jour et puis voilà, et qu’il n’y avait aucune raison que les choses se passent mal. Une fois qu’ils eurent atteint la bête, une bien belle bête, d’ailleurs, la gamine voulu la libérer de son entrave de corde et Ezio vit distinctement son walkman tomber à l’eau. Il resta là quelques secondes, les bras croisées, à la regarder souffrir, vu qu’elle avait vraiment l’air de vivre le pire moment de sa vie. En même temps à sa place il aurait fait exactement la même tête. Il tenait trop à sa playlist 1995 – faites de chansons beaucoup plus vieilles que ça, une cassette audio double-face qu’il avait mis des heures à enregistrer.

« Tu veux plonger ? Vas-y si tu veux, je surveille l’eau. Ou sinon, tu peux utiliser ça… »

Il sauta dans l’airboat et ramassa une perche avec un filet au bout qui y était posée. Ils étaient dans l’embarcadère, l’eau ne pouvait pas être profonde, et il n’y avait aucune chance pour qu’une méchante bestiole s’y pointe, non ? En revanche l’eau devait être sacrément dégueulasse. Il se sentit soudain transporté d’empathie pour elle, parce que tout de même, c’était un coup dur.

« Sinon, en rentrant, je pourrai te faire rentrer dans la cabane des objets trouvés. Là-bas, des walkmans, y en a plein. Je garantis pas la qualité de la musique, en revanche… »

Il faillit lui dire qu’il lui prêterait même une cassette mais se retint au dernier moment. Il lui semblait qu’ils n’étaient pas encore assez proches pour ça – c’était du sérieux, le prêtage de cassettes. Et puis ils n’avaient peut-être pas du tout les mêmes goûts musicaux. En attendant qu’elle se décide, il examina le poste de pilotage du véhicule, qui ressemblait fortement à une voiture, et même que de toute façon, il y avait un moteur, et qui disait moteur disait circuit, et qui disait circuit disait démarrage en faisant se toucher les fils possible.

« Ah, facile… »

La technologie des années quatre vingt dix était décidément la meilleure. Mais il n’était pas à l’abri que la fille lui brandisse les clés sous le nez, en mode « ça aussi j’ai prévu » et comme il avait appris sa leçon, il lui laissa la possibilité de prendre la tête des opérations – si seulement elle n’avait pas plongé dans l’eau rendue noire par la nuit. D’ailleurs si elle se noyait ici et maintenant, est-ce qu’il irait en prison, lui ? Oh bon, il verrait si ça arrivait.
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Lun 13 Avr - 13:58

Ce que c’était malin comme réponse, peut-être bien que oui. Ou peut-être bien non et elle aurait parié sur le non au vu de ses connaissances en alligators. Dans un cas comme dans l’autre, elle n’avait pas à se justifier puisque la réponse n’était assez claire. Darryl s’en souviendrait et elle la resservirait aussi souvent que possible. L’exhibition de dents parfaitement régulières et d’une blancheur à en faire pâlir Blanche-Neige elle-même qui suivit la laissa complètement indifférente, si ce n’est qu’elle avait l’impression qu’il était en train de se trahir, et ça se confirma par la suite, puisqu’il parla de tourner un volant. Oui bien sûr, sauf qu’il n’y avait point de volant sur un airboat et il l’aurait su s’il était déjà monté à bord d’un de ces trucs. Enfin bon, loin d’elle l’idée de lui renvoyer son ignorance en pleine tête, aussi se contenta-t-elle d’hocher la tête tout en réprimant un ricanement parce que lui aussi avait envie de faire ça et c’était bien le plus important. Et puis un volant ou des leviers, c’était un peu pareil, non ? Il fallait juste s’y habituer et ils avaient suffisamment de place pour ça. C’est la première chose qu’elle remarqua en courant sur le ponton. Bien sûr qu’elle était déjà venue plein de fois mais ces jours-là, c’était toujours bondé et tout paraissait nettement plus petit.

De toute manière ça n’avait plus la moindre importance puisque son précieux walkman venait de tomber à l’eau et l’instant même, c’était tout ce dont elle se préoccupait. Le gars se la joua alors ironique en précisant qu’elle pouvait se mettre à l’eau si elle en avait envie pendant que lui la surveillait avant de faire comme si c’était une blague et de lui tendre un truc ressemblant vachement à une épuisette. A quoi ça servait puisqu’il l’avait trouvé dans l’airboat ? Aucune idée mais c’était pile ce qu’il lui fallait étant donné qu’elle n’avait pas plus envie que ça de s’enfoncer dans l’eau, en réalité. Si le soleil brillait bien haut dans le ciel en ce moment, peut-être bien qu’elle n’aurait rien contre, mais là en l’occurrence, elle n’y voyait pas assez clair pour ne pas piquer une crise de paranoïa. Et ça, jamais devant ce garçon, jamais ! Pas après tout ce qu’elle lui avait dit. Bref, la gamine s’efforça de ne pas lui arracher brutalement l’épuisette des mains, dans le but de ne pas passer pour une petite sauvageonne et marmonna un merci entre ses dents avant de plonger le bidule dans l’eau noire.

Darryl n’avait pas trop de ses deux mains pour tenir l’épuisette et ne pouvait donc pas éclairer l’eau avec sa lampe de poche, ce qui était regrettable car elle était sûre qu’elle serait bien plus efficace de cette manière. Il n’était pas question de partir en vadrouille tant qu’elle n’avait pas retrouvé son walkman chéri parce que c’était son idée et qu’il devait l’attendre, voilà. Au bout d’un certain temps, la gamine se dit qu’elle n’obtiendrait rien de plus que de la vase, des pièces parfois et même une montre en or – ou plaqué or, elle ne savait pas encore faire la différence – qu’elle glissa tout de même dans la poche de son short en jean, si elle restait sur le ponton. Non, si elle voulait vraiment retrouver l’objet tant convoité, il fallait qu’elle descende. D’abord un pied, prudemment. Ses Converse blanches étaient à présent fichues mais c’était pour la bonne cause. Puis l’autre, jusqu’à avoir de l’eau jusqu’à mi-mollets. Tandis qu’elle pataugeait joyeusement dans la vase, le garçon lui proposa, depuis l’airboat de la faire entrer dans la cabane des objets trouvés pour qu’elle puisse se trouver un autre walkman mais pas avec ses chansons favorites, en revanche, sauf si elle avait beaucoup de choses. La gamine leva vers lui un regard tout émerveillé, rien de moins.

    « C’est vrai, tu ferais ça ? »


Avant ça, elle le croyait d’une inutilité royale mais s’il pouvait vraiment la dépanner en la laissant s’introduire dans cette cabane pendant que personne ne regardait, alors elle le considérerait d’une tout autre façon. Toutefois, elle continua ses recherches pendant encore quelques secondes et finit par trouver le précieux objet, une fois qu’elle n’eut plus peur de se salir les mains. Le walkman n’avait plus sa fière allure d’autre fois, il était tout sale et lorsqu’elle l’ouvrit, de l’eau s’en échappa. La cassette qui se trouvait à l’intérieur avait l’air d’avoir pris très cher et elle se doutait qu’elle ne fonctionnerait plus mais ce n’était pas trop grave, elle pouvait toujours écouter la radio dessus. Enfin, si ledit walkman acceptait de fonctionner lui aussi après un séchage intensif. Raison pour laquelle elle se souviendrait de la proposition de ce gars. Après quoi Darryl put enfin grimper dans l’airboat à son tour. Ça ce n’était pas du tout prévu alors elle n’avait pas de clefs pour le démarrer et un rapide coup d’œil au démarreur lui apprit que personne ne les y avait oubliées. L’airboat pouvait accueillir un certain nombre de personnes mais elle prit place sur le siège se trouvant juste à côté de celui du pilote.

    « Tu sais comment le démarrer ? » s’enquit-elle alors qu’il lui semblait bien l’avoir entendu dire que ça serait facile.


Tant mieux si ça l’était et il avait l’air d’être dans son élément maintenant, alors elle le laissa se débrouiller et rangea son walkman dans son sac avant de le refermer précautionneusement. Il ne s’enfuirait plus ! Puis elle attrapa un des casques qui se trouvaient à bord pour ne pas être trop dérangés par le bruit du moteur, se le mit sur les oreilles et se mit à crier puisqu’elle ne s’entendait plus parler :

    « Tu crois qu’ils se sont déjà aperçus de notre disparition, là-bas ? Et qu’ils nous cherchent ? »


Si ça se trouve, non, ils n’avaient rien remarqué, ils ne comptaient pas tout le temps leurs colons et puis ils en étaient encore au tout début des vacances et ne les connaissaient peut-être pas tous.

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Mer 15 Avr - 21:08

Ezio regarda la fille fouiller la vase avec son épuisette pendant un certain temps. Il s'attendait à tout moment à ce qu'elle repêche un pied ou un bras ou n'importe quelle partie d'un cadavre en décomposition. Ou bien de la coke dans un sachet plastique, ou bien de l'argent dans un sachet plastique, bref, n'importe quoi ayant trait au milieu criminel parce qu'il ne connaissait de la région que ce qu'il en voyait à la télé, et à la télé, souvent, les séries policières se passaient dans ce coin. Faut dire que s'il devait un jour se débarrasser d'un corps, il viendrait le jeter ici, lui aussi. Un putain de marécage inextricable même pas accessible dans son intégralité. Le rêve de tout bon meurtrier. Mais à part quelques bricoles, elle ne ramena rien d'intéressant, ce qui était quand même franchement décevant. La réalité rattrapait la fiction, et c'était nul. Dure réalité aussi pour la gamine, qui réussissait pas à repêcher son walkman et qui le vivait assez mal. Ezio se sentit un peu comme le Père Noël quand il lui annonça qu'il pouvait la faire rentrer dans la salle des objets trouvés. Ben oui, c'était pas bien compliqué, il s'y était déjà introduit en douce des tas de fois parce que ça restait encore un des trucs les moins ennuyeux à faire dans cette foutue colonie de vacances. Et puisque c’étaient des objets trouvés, ça voulait dire qu’ils étaient perdus, et que donc il pouvait se servir, même si la plupart desdits objets, c’étaient des doudous et des peluches.

Mais il semblait finalement que ça ne serait pas nécessaire, vu que la fille repêcha soudainement son précieux, avec une sacrée chance de cocu, tout de même. S’ensuivit une scène assez triste où, quand elle ouvrit l’appareil, celui-ci vomit de l’eau en quantité. Bon, qui savait à quoi ces trucs japonais pouvaient résister ? Ils purent donc enfin tous les deux se poser dans l’airboat, qui ne ressemblait à rien, de l’avis d’ Ezio. Oui, c’était vraiment un véhicule sorti de l’esprit d’un designeur d’Ikea ou quelque chose comme ça. Se conduisait-il par l’opération du saint esprit ? A priori, il fallait se percher sur une espèce de siège, comme un roi devant sa cour, et de là-haut, bah on manipulait des trucs et des bidules. De toute façon, il avait bien compris que la gamine en savait beaucoup plus que lui sur le sujet, et après tout elle avait bien dit qu’elle était déjà venue dans le coin, non ? En tout cas, lui, il pouvait faire démarrer le bidule, et ensuite ce serait à elle de prendre le volant, en quelque sorte. Il n’était pas macho pour deux sous, Ezio, mais en revanche il avait l’esprit de compétition et détestait ignorer un truc que quelqu’un d’autre savait, donc il comptait bien, avant la fin de la nuit, apprendre à piloter un airboat, même si ça ne lui servirait probablement à rien dans la vie.

« Ouais, je peux, par contre je sais pas conduire ce truc. Note que ça me dérange pas d’essayer, cela dit, et puis si on coule ou qu’on se retourne, ben, tu sais nager, j’imagine. »

Ouais, et puis les crocos… Bon okay, mieux valait ne pas couler ni se retourner, donc. Il se plaça devant le moteur, lui-même situé en hauteur et sans aucun carénage pour le protéger, l’observant sous toutes les coutures. Il suivit les fils du doigt et comprit qu’en faisant démarrer le véhicule à la barbare, il allait méchamment endommager le truc. Oh, bon, au matin quand les types voudraient le démarrer, il n’y aurait aucun contact, vu qu’Ezio aurait tiré les fils. Eh bah… S’ils étaient malins, ils répareraient ça en dix minutes. Et ils sauraient que des gens étaient allés faire un tour sur leur jouet, mais en ce qui le concernait, lui, il ne serait plus dans le coin pour se faire accuser. Il tira donc deux fils, sortit son couteau de chasse de la poche arrière de son jean pour les dénuder et fit démarrer le moteur, qui lui balança une méga onde de vent dans la gueule, et bordel, ce truc était très bruyant. Il posa la main sur un levier, pour tester, et sentit l’airboat grogner sous ses pieds. Youhou, ce truc allait probablement extrêmement vite ! Il baissa les yeux sur la fille.

« Tu parles, ils dorment comme des souches. Chaque année ils vivent l’enfer mais ça les empêche pas de faire comme si tout allait bien. Faudra juste éviter de se faire ramener au campement dans une voiture de police. »

Il recula d’un pas et désigna les leviers du menton.

« Tu conduits, euh… C’est quoi ton nom au fait ? Moi c’est Ezio. »

Histoire que s’il mourait dans deux minutes, dévoré par un alligator, une personne dans cet État sache qui il était et soit capable de l’identifier à la morgue, quoi.
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Jeu 16 Avr - 13:35

Un peu qu’elle savait nager ! Bâton-Rouge n’étant pas une ville côtière, elle n’avait jamais eu le sentiment que c’était une obligation de savoir nager dans ce coin-là de la Louisiane, mais il valait tout de même mieux lorsqu’on était une enfant hyperactive ayant la fâcheuse tendance tomber dans à peu près toutes les étendues d’eau qu’elle rencontrait. C’était ses frères qui, alors qu’elle avait à peine cinq ans, l’avaient jetée à l’eau lors d’une sortie à la plage. Darryl s’était alors juré que si elle avait un jour des enfants, elle n’utiliserait jamais cette technique car elle avait bien cru se noyer. En était sortie indemne mais il s’en était fallu de peu pour qu’elle décide de ne jamais tremper un seul de ses orteils dans n’importe quel liquide. Enfin bref, dans la mesure du possible, c’était mieux de ne pas faire chavirer l’airboat, oui, et peut-être bien qu’il valait mieux que ce soit elle qui se mette aux commandes, en effet. Oui elle, une gamine de presque onze ans plutôt qu’un ado qui devrait bientôt être en âge de prendre le volant, mais c’était là toute la beauté de l’histoire : il n’y avait pas de volant sur un airboat et donc, pourquoi pas ? D’autant plus qu’elle était familière de ce genre d’engins, puisque non seulement elle était déjà venue mais en plus, elle avait déjà fait un tour sur l’un de ces trucs et, par la force des choses, avait pu observer un peu comment ça fonctionnait.

Au moins, le gars n’avait pas menti quand il avait dit que ça serait facile de mettre le moteur en marche, ce fut fait en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Et puis selon lui, tout le monde s’en fichait royalement qu’il manque deux colons au camp. Si son père avait su ça, il y avait fort à parier qu’il ne l’aurait jamais envoyée dans cette colonie. Peut-être même dans aucune parce que c’était forcément pareil partout, non ? Un argument de choix et il était clair qu’elle en userait et abuserait pour l’année prochaine. Et en ce qui concernait la voiture de police, eh bien il ne faut jamais jurer de rien à ce qu’il parait donc Darryl ne pouvait pas en faire le serment mais ça ne la branchait pas trop non plus de terminer à l’arrière d’une caisse de flics. Pas qu’elle ait quelque chose contre eux spécialement, mais ça faisait mauvais genre, et elle avait une réputation à entretenir. Là-dessus il lui dit que c’était à elle de prendre les commandes et en profita pour lui demander son nom et se présenter. Ezio qu’il s’appelait, ça ne lui allait pas mal mais ça sonnait italien et il n’avait pas vraiment une tête d’italien… à vrai dire, elle avait bien du mal à dire d’où il pouvait bien venir. La vie est trop courte pour se poser ce genre de questions, cela dit.

    « Et moi Darryl. »


Elle tendit son poing fermé pour qu’il check, s’attendant à l’habituel « mais c’est un prénom de mec ! » comme si elle ne le savait pas, premièrement et ensuite, comme si c’était elle qui avait choisi. Ce que les gens peuvent être bêtes parfois. La gamine poussa donc ses fesses jusqu’au siège d’à côté et examina le machin d’un peu plus près. A première vue, les pédales servaient à gérer la vitesse et les leviers à se diriger ou quelque chose dans ce goût-là. Peut-être même qu’il y avait plusieurs vitesses aussi, ce qui expliquerait pourquoi ils faisaient du surplace. Quant à savoir lequel des deux leviers faisait quoi, ça restait un mystère pour le moment mais le mieux pour le savoir était encore. Ce qu’elle fit à la seconde où Ezio, puisque tel était son nom, se fut assis. D’un coup, Darryl poussa les deux leviers en même temps et ce n’était peut-être pas la meilleure chose à faire au monde, mais ils avançaient ! Ils glissaient littéralement sur l’eau et elle trouvait ça géant. Hormis le fait qu’ils zigzaguaient vachement mais bon, ce n’était qu’un détail, le temps de se familiariser avec cette toute nouvelle façon de piloter. Pour l’instant, pas d’obstacle en vue mais il n’en serait probablement pas toujours ainsi et l’unique petite ombre au tableau, c’était que Darryl, et ce malgré qu’elle soit plutôt grande pour son âge, n’arrivait pas à atteindre les pédales sans se contorsionner. Effectivement, le moteur faisait un bruit d’enfer et bien qu’il soit assourdi par le casque, la fillette se demandait comment c’était possible que tous les animaux du coin ne s’enfuient pas bien avant d’avoir vu l’embarcation arriver. D’ailleurs, outre les alligators et les crocodiles, il devait bien y avoir d’autres bestioles dans ces marais, mais maintenant qu’elle y pensait, elle ne se rappelait de rien d’autre. Peut-être était-elle trop obnubilée par les gros reptiles déjà en ce temps-là, cela dit.

    « Ezio c’est italien comme nom ? T’es italien ? »


John Travolta non plus n’avait pas spécialement la tête d’un italien avec ses yeux clairs et pourtant, ça ne l’empêchait pas d’en être un dans Saturday Night Fever ! Et puis maintenant qu’elle s’éclatait et commençait à piloter un peu mieux l’engin, il fallait bien trouver un sujet de discussion.

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Ven 17 Avr - 15:42

« Cool, comme Darryl Hardy ! Ce mec est un Dieu ! »

La fille ne s’y connaissait probablement pas en football mais ce n’était pas ça qui aurait freiné Ezio dans sa folie de la comparaison. Il faut dire qu’il était vraiment ultra-fan de Darryl Hardy, qui jouait dans l’équipe de Dallas et qu’en brave habitant de Houston il aurait dû détester, et qui était le meilleur linebacker de tous les temps de son avis, surtout que les linebackers étaient vraiment les joueurs les plus géniaux de toute leur équipe - puissants mais rapides, leaders et défenseurs - contrairement à ce que prétendaient les séries télé et leur léchage de cul honteux de quaterback. Mais bref, s’il se lançait sur ce sujet plus personne ne pourrait l’arrêter donc il se retint et cogna son poing contre celui de Darryl sans même réfléchir. Ce genre de check, c’était carrément machinal, une pulsion, comme le high five, il n’y avait pas à tergiverser, il fallait y répondre, un véritable appel. En revanche, il revint sur terre quand elle se percha sur le siège prétendument du conducteur et eut une courte seconde de regret, quand même, vu qu’il confiait sa précieuse vie d’adolescent à une môme qui pour ce qu’il en savait ne savait même pas faire du vélo sans les roulettes arrière. Enfin il se comprenait, quoi. Il s’assit à son tour et sentit la bête se réveiller quand le véhicule se mit à gronder et à vibrer et comme prévu, il semblait qu’il y avait une sacrée puissance dans ce moteur. Et juste comme ça, ils avancèrent, et de plus en plus vite. Il avait presque l’impression qu’ils ne touchaient pas l’eau et la sensation n’était pas désagréable, de même que l’air frais sur son visage et ses bras nus, qui changeait de la moiteur du coin. Au Texas aussi il faisait chaud, mais au moins, il faisait sec.

Il leva le nez pour observer Darryl et se marra en la voyant déployer des trésors de souplesse pour atteindre les pédales. Il la regarda quelques minutes, non pas pour le plaisir des yeux mais pour intégrer le fonctionnement de l’airboat, puis il se tourna de nouveau vers l’avant, plongé dans la pénombre. Il saurait bien conduire ce truc en temps voulu, no problemo. En attendant, ils avançaient complètement à l’aveugle, et de nuit, qui plus est. Bon ils n’étaient pas non plus sur une autoroute, mais Ezio imaginait quand même des tas de racines sortant çà et là de l’eau ou même des alligators en train de se dorer la pilule sous la lune et se demandait bien ce que ça ferait si l’airboat en heurtait un. Probablement que Darryl et lui s’envoleraient littéralement, un autre genre d’expérience. Ils zigzaguaient pas mal, ce qui faisait douter le garçon du degré de maîtrise de la gamine sur le véhicule - il était probablement qu’elle ne contrôlait pas grand-chose. Heureusement, la nuit n’était pas noire, bien au contraire. Si loin de la civilisation, il n’y avait plus aucune lumière artificielle pour dissimuler le ciel, et la lune énorme et les étoiles - bien plus qu’il n’en avait jamais vu - généraient un autre genre de lumière, pâle et glauque et plutôt efficace. Même si pas assez efficace pour leur éviter une éventuelle collision. Il entendit Darryl lui parler et se leva pour venir à sa hauteur histoire de mieux l’entendre, accrochée à son siège. Italien, lui ? Manquerait plus que ça. Il était un fier Américain, et il aimait ça !

« Nan, enfin c’est p’têtre italien, j’en sais rien, mais moi je le suis pas et mes parents non plus. Je sais pas pourquoi ils m’ont appelé comme ça, j’ai jamais demandé. Je sais pas toi mais j’ai pas envie d’écouter une histoire chiante sur un ancêtre héros de guerre à qui je dois mon nom et ma gloire. Je viens du Texas ! »

Et son « je sais pas toi » était clairement une référence au fait que Darryl aussi jouissait d’un prénom original. Une vraie croix à porter, sauf que bon, Darryl, comme Darry Hardy, lui il aurait tué pour pouvoir s’appeler comme ça, mais bref.

« C’est ta première année ici ? Moi j’y refoutrai plus jamais les pieds, enfin si tout va bien. Si tu veux, je te donnerai tous les trucs pour survivre ici. »

C’était pas parce qu’il avait décidé de ne plus y revenir qu’il n’y reviendrait pas, hélas, vu que son père comme sa mère pouvaient se montrer pénibles quand ils s’y mettaient. En fait, quand il s’agissait de leur fils. Bizarrement, c’étaient même les seules occasions où ils étaient d’accord tous les deux : quand il fallait trouver un moyen de se débarrasser de l’encombrant. Quant au Guide de survie en colonie de vacances, c’était une idée à creuser. Ezio en tenait certains des plus vieux qui étaient désormais libres, et lui-même devait transmettre son savoir, non ? Ca aurait presque valu le coup d’écrire un bouquin que tout le monde ensuite aurait pu compléter année après année, pour le bien de tous. Composé de tout et n’importe quoi, qui étaient les monos peau de vache, qui étaient ceux dont on pouvait profiter en toute impunité, quelles étaient les astuces pour avoir plus que sa part dans le pique-nique, quels étaient les chemins de traverse propres à tous les campements de bungalows, quelles étaient les heures de rondes qui ne changeaient jamais, comment transporter de l’alcool, des clopes ou des magazines coquins sans se faire prendre, etc. Ah, ça faisait rêver...

Il revint à la réalité quand il crut capter un mouvement à la surface de l’eau tout près d’eux. He. Ils tournaient en rond - ou pas - dans le noir et au hasard depuis un moment, même pas ils ne s’étaient fixés sur l’étoile du Nord ou un truc comme ça.

« On a pensé à comment trouver le chemin du retour, au fait ? »

Et par « on » il entendait « tu » parce qu’il savait très bien qu’en tout cas, lui, il n’y avait pas pensé. La bonne blague !
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Sam 18 Avr - 11:11

Plutôt comme Daryl Hannah, en fait. Son père avait toujours raconté à qui voulait l’entendre qu’il voulait impérativement un troisième fils et que le prénom avait déjà été choisi quand une fille était finalement arrivée mais elle connaissait le secret. Il avait un jour travaillé sur un film avec Daryl Hannah et c’est à ce moment-là qu’il avait changé de prénom, sinon elle aurait dû s’appeler Elliott. Enfin, ça se pouvait aussi qu’il lui ait raconté ça pour qu’elle ne se sente pas trop rejetée et elle n’en saurait jamais rien. Peu importait de toute manière puisqu’elle connaissait le nom de Darryl Hardy sans pouvoir mettre une tête dessus. Ça lui reviendrait peut-être plus tard et attendant, elle pouvait toujours faire comme si elle savait tout à fait de quoi on était en train de parler en hochant la tête avec un sourire, ça faisait toujours illusion. Puisque c’était apparemment un Dieu, ça devrait lui faire plaisir, à Ezio. Okay, il n’était pas italien et elle ne poserait plus la question car, à en juger par son expression, ce n’était même pas envisageable une seconde de l’être, en ce qui le concernait. Cela dit, la gamine était tout à fait d’accord avec lui sur un point : aucun d’eux n’avait choisi leur prénom et c’était bien stupide de reproduire un truc qui l’exaspérait autant.

Toujours est-il que c’est ainsi qu’elle apprit qu’il venait du Texas. Hey, mais c’était pas loin de chez elle, ça ! Tout est relatif, bien sûr et le Texas et la Louisiane sont tous deux de grands Etats mais en tout cas ils partageaient une frontière. Et puis ça la frappa : Darryl Hardy, ce n’était pas un joueur d’une équipe texane, ça ? Tous les membres de sa famille ne juraient bien entendu que par les Saints et plus précisément par Rickey Jackson mais il lui semblait bien ne pas se tromper. Ceci expliquait donc cela. Tout ça pour dire que le Texas et la Louisiane avaient beau être proches l’un de l’autre, c’était aussi deux Etats radicalement différents et elle comprenait mieux qu’Ezio n’y connaisse pas grand-chose aux airboats et aux alligators. Ainsi que son obsession de buter ces derniers à coups de gun. Parce que c’était de notoriété publique que tout le monde en avait un là-bas, non ? Darryl s’était toujours demandé pourquoi. Y avait-il plus de criminalité là-bas qu’ailleurs en Amérique ? Probablement que non, ça ne pouvait pas être pire qu’à Chicago, les statistiques le prouvaient, mais ce n’était pas impossible qu’il y en ait plus que chez elle où, comme elle se plaisait à le croire, il n’y avait que de vieux édentés joueurs de banjo. Et puis s’il y avait bien un truc que cette stupide série intitulée Dallas lui avait appris, c’était que tout le monde s’y disputait le pétrole.

Ils ne pouvaient même pas en discuter puisque Darryl était une gamine bien élevée – ça ne se voyait peut-être pas de prime abord -, et le garçon ne lui avait rien demandé. Du moins pas sur sa provenance. En revanche, ça l’intéressait de savoir si c’était sa première fois en colo. Oui et elle espérait bien que ça serait la dernière aussi même si là, elle ne pouvait nier être en train de s’éclater. A l’en croire, lui c’était la dernière fois qu’il venait. C’était bien dommage, selon elle, parce que si elle ne parvenait à convaincre personne avec ses histoires de torture, elle serait forcée d’y revenir et dans ce cas ça signifierait qu’ils ne se seraient croisés qu’une seule fois. Alors qu’ils avaient un talent certain pour rendre quelque chose de mortellement ennuyeux bien plus fun. D’un autre côté, elle comprenait totalement que pour Ezio, ça soit la délivrance et elle le gratifia de son plus beau sourire en entendant son offre. Ça oui, elle était toujours preneuse et avait hâte de connaître tous les trucs qui rendraient cette colo plus cool.

    « Ouais je veux bien, je pense que ça me sera bien utile au cours des prochaines années. T’as de la chance, toi ! »


Puis elle reporta son attention sur « la route » et commençait à se débrouiller pas trop mal, niveau manœuvre d’airboat, mais c’était facile aussi, puisqu’ils n’avaient encore croisé aucun obstacle. Du moins elle n’en avait pas l’impression puisqu’on ne pouvait pas dire qu’elle y voyait très clair mais si ça avait été le cas, ils l’auraient forcément senti passer, c’était certain. Le sang de la gamine se glaça un peu dans ses veines lorsque son binôme de fourberies exprima tout haut ce à quoi elle n’avait pas pensé tout bas. Ils voguaient dans les marais depuis quelques minutes déjà, mais non, « on » n’avait pas pensé à comment trouver le chemin de retour. Et « on » ne pouvait pas lui en vouloir car elle n’avait que dix ans après tout – et presque onze mais seulement quand ça l’arrangeait et là, autant dire que ça ne l’arrangeait pas.

    « Euh… non. Tiens, t’as toujours ta lampe de la gestapo sur toi ? Tu pourrais éclairer devant nous ? »


On ne sait jamais, peut-être qu’elle allait se repérer. Enfin, Darryl n’y croyait même pas elle-même, rien ne ressemblait plus à un îlot verdoyant qu’un autre îlot verdoyant. Pas de panique, cependant, ils ne pouvaient théoriquement pas se perdre, des tas de gens passaient tout le temps par-là. Des pêcheurs, des touristes accompagnés de leur guide… mais peut-être pas au beau milieu de la nuit, c’est vrai. Et puis la gamine s’engagea peut-être dans une mauvaise direction mais à mesure qu’ils avançaient, la « route » semblait rétrécir. Wow, fallait surtout pas que ça continue, sinon ils ne pourraient bientôt plus passer et resteraient coincés. Coincés au milieu des alligators et des crocos, c’était certes spectaculaire mais il y avait mieux comme fin, tout de même ! D’autant plus que Darryl ne voulait pas le dire tout haut mais c’était un peu comme si les reptiles l’avaient pressenti et avaient décidé d’un commun accord de les encercler, il lui semblait voir des yeux jaunes de toutes parts. Ou alors ils avaient toujours été là mais elle ne les avait pas vu, faute de lumière assez puissante pour ça.

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Dim 19 Avr - 22:25

La glace fondait, en quelque sorte. Darryl et lui étaient maintenant capables de poser des questions et faire des réponses – c’était presque une discussion ! Incredibeul. Bon, c’est sûr qu’évoquer le sombre avenir de la gamine en termes de colos qui allaient s’enchaîner chaque été pendant des années, c’était peut-être pas la meilleure des choses à faire, de même que se vanter d’avoir purgé sa peine, lui, mais il n’y pouvait rien, cette perspective était trop enchanteresse pour qu’il ne la crie pas sur tous les toits. Il allait être bientôt libéré, délivré, et il n’attendait que ça. C’est sûr qu’il n’aurait pas échangé sa place avec elle, même contre du fric, même contre des places pour un derby Houston Texans-Dallas Cowboys, et même si les Texans gagnaient, ce qui était l’apogée sur l’échelle du bonheur personnel d’Ezio, en cette période de sa vie. Donc oui, un peu qu’il avait de la chance, et pour l’heure il se sentait comme investi d’une mission, surtout que Darryl avait accepté de recevoir ses conseils. Tel un ancien, il allait transmettre son savoir avant de s’en aller par la grande porte, et sa présence deviendrait une histoire que les plus jeunes se raconteraient de bouche à oreille, puis son histoire deviendrait légende, et la légende deviendrait un mythe.

Mais avant d’en arriver là, évidemment, encore fallait-il qu’il rentre en vie. En fait, il fallait surtout que Darryl rentre en vie, vu qu’il n’y avait qu’elle pour raconter sa légende. Et s’il avait posé sa question d’un ton égal et pas très concerné, elle n’en était pas moins importante. Surtout qu’il n’était pas le seul à n’y penser que maintenant. La gamine non plus ne s’était pas du tout interrogée là-dessus, ce qui faisait d’eux deux couillons perdus sur les eaux sombres des Glades, by night, et au royaume des alligators qui plus est. Ezio n’étant pas un grand stressé de la vie, cependant, il resta impassible, et dut même se retenir de rire, en fait. Les situations comme ça, aussi stupides que surréalistes, le faisaient toujours marrer, à défaut de faire un truc utile pour la cause. En parlant de truc utile, Darryl eut une idée lumineuse, sans mauvais jeu de mots : sa lampe. Oui, il avait toujours sa lampe sur lui, un truc assez gros et lourd pour assommer un homme adulte si besoin, et qu’il avait glissé dans la poche arrière de son jean. Il la dégaina comme dans un western, la faisant tourner dans sa main tel Billy the Kid jouant avec son revolver. Des années plus tard quand il repenserait à ce moment, en tant qu’adulte un chouilla plus responsable – mais pas beaucoup quand même – il en aurait des sueurs froides, tellement il aurait pu faire tomber la lampe à l’eau. Mais elle ne tomba pas, et il l’alluma avant de la tourner vers l’avant du bateau.

Tout de suite, cela donna aux lieux une ambiance vachement plus hardcore. Le halo n’éclairait pas très loin, tout paraissait gris sous sa lumière et on s’attendait à tout moment à voir une créature des marais surgir de derrière une racine au moment exact où il pointait la torche dessus. Franchement, il ne manquait plus qu’une caméra et ils auraient pu tourner un moment d’anthologie. C’était presque mieux dans le noir complet, sauf que maintenant qu’ils avaient goûté à un peu de lumière, c’était encore plus dur de s’en passer. On voyait distinctement le bras de mer sur lequel ils glissaient se rétrécir et les berges se rapprocher. Ezio se tourna vers Darryl.

« Tu devrais ralentir un peu, au cas où on tombe sur une scène de crime ! T’es du coin, non ? Ça doit arriver tous les jours ! »

Ils frôlaient les berges désormais. Enfin, si on pouvait appeler ça des berges. Les arbres et les racines, dans la pénombre, prenaient des allures de forêt maléfique. Le bruit de l’aéroglisseur couvrait tout mais Ezio avait l’impression que s’ils arrêtaient le moteur, soit tout serait mortellement silencieux, soit au contraire petit à petit, des bruits bien glauques s’élèveraient d’un peu partout, la nature reprenant ses droits. Il y avait moyen de faire demi-tour, avec un airboat ? Oh bon, puisqu’ils en étaient là, autant aller jusqu’au bout, même s’il ne savait pas au bout de quoi.

« Ça te tente de couper le moteur et d’aller explorer un peu la végétation ? »

De toute façon c’était ça ou continuer tout droit jusqu’à ressortir de ce labyrinthe et retomber sur la civilisation, et cela dit ils auraient peut-être mieux fait de se concentrer sur ça parce que ça leur prendrait peut-être des semaines pour y arriver.
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Lun 20 Avr - 15:10

Ralentir un peu, elle était d’accord mais parce que c’était plus sûr, pas pour voir une scène de crime de ses yeux, elle en voyait assez comme ça à la télé. Mais tout au fond d’elle, elle savait pertinemment qu’Ezio avait raison. Cet endroit tout entier devait être une gigantesque scène de crime avec les guerres de gangs qui faisaient rage pas loin d’ici. Quoique, ces gens-là n’en avaient généralement rien à faire de laisser les corps sur place, parait-il, donc il ne devait probablement pas s’agir de cette engeance. Les soupçons de Darryl se portèrent immédiatement sur la mafia et autres organisations criminelles utilisant le même modus operandi. Les alligators et les crocodiles ne devaient faire qu’une bouchée de tous ces cadavres enroulés dans des tapis. Pas de corps, pas de traces, pas de traces, pas de suspects, c’est la première chose qu’on vous apprend dans les séries policières. Dans tous les cas, elle préférait nettement voir ça à la télé tout en sachant que c’étaient des acteurs et que personne ne mourait vraiment plutôt que de voir ça pour de vrai, alors elle obtempéra et ralentit pour abîmer l’airboat mais en aucun cas elle ne chercha apercevoir un sac poubelle flottant.

    « Ça doit arriver tous les jours, ouais, mais je suis pas du coin. Je viens de Louisiane, moi ! Alors c’est vrai que nous aussi on a des alligators mais moins de crimes. Enfin, je suppose. »


C’était pas certain, maintenant qu’elle y réfléchissait parce qu’eux, ils avaient le vaudou. Et les zombies, mais les vrais pas ceux de La nuit des morts-vivants ou Evil Dead, hein, des conneries tout ça ! Chez elle, les gens dansaient dans les cortèges funèbres au rythme des trompettistes et réduisaient certains de leurs congénères à l’état de légume pour en faire des esclaves, mais personne ne jetait des cadavres dans le bayou, Darryl préférait voir les choses ainsi, c’était leur folklore et ils laissaient volontiers le reste aux gens habitant en Floride. Soit, ils frôlaient à présent la terre des deux côtés et éraflaient la coque de l’airboat au passage. Bon, eh bien si un jour on leur demandait, ils n’avaient pas du tout mis les pieds dans cet endroit ce soir-là, hein, non, non, ils dormaient bien sagement dans leur lit à la colo. En tout cas, c’est ce qu’elle dirait si les flics débarquaient un jour au camp en posant des questions. Mais pas la peine de s’inquiéter outre mesure, il fallait encore qu’ils fassent le rapprochement et qu’ils aient la bonne idée de venir au camp. Et bon, à part s’empiffrer de donuts, hein…

Là-dessus, Ezio eut une super idée. Abandonner l’engin là pour aller explorer l’espèce d’îlot, du moins l’abandonner pour quelques minutes, voire une heure et certainement pas pour toute la nuit, parce que qu’est-ce qu’il pouvait bien y avoir là-dedans, à part des arbres et des serpents. Peut-être bien des alligators, aussi… Pas de doute, y avait pas plus sécurisé comme balade ! Darryl pesa longuement le pour et le contre. C’était une casse-cou, oui, mais elle n’était pas déraisonnable non plus. Si tant est que voler un airboat après être entrée par effraction soit raisonnable… Enfin bref, les pours c’était que ça avait l’air sympa, qu’elle n’en aurait sans doute plus jamais l’occasion et qu’elle ne voulait certainement pas passer pour une froussarde aux yeux d’un type plus vieux qu’elle. Un texan, qui plus est. Et les contres, eh bien s’il y avait vraiment des serpents là-dedans, on ne devait pas leur avoir enlevé leur venin à ceux-là et elle ne se baladait pas un antidote sur elle en permanence. C’était un tort, d’ailleurs.

    « Okay… mais pas trop longtemps, alors. C’est pas une maison que je vois là-bas ? »


Pas sur l’îlot sur lequel ils allaient débarquer, en tout cas mais bien plus loin, droit devant eux. Puis elle tenait plus de la cabane du pêcheur plutôt que d’une vraie maison digne de ce nom mais il y avait peut-être quelqu’un. La belle affaire, la gamine ne s’imaginait pas une seule seconde aller faire coucou au pêcheur terré dans sa vieille cabane pour lui apprendre qu’ils avaient emprunter leur embarcation mais qu’ils ne trouvaient plus le chemin du retour, alors un petit coup de pouce serait le bienvenu. Puis pour ça, il faudrait qu’ils passent, aussi.
Darryl laissa Ezio se charger du moteur, c’était son poste attitré, tandis qu’elle se saisissait de la corde pour aller l’attacher à arbre d’aspect pas très robuste mais tant pis, hein, de toute façon, vu la situation dans laquelle l’airboat se trouvait actuellement, il y avait vraiment très peu de chance pour qu’il parte à la dérive.

Son premier pas sur ce morceau de terre procurait une sensation très spéciale, comme si c’était la première fois que cette terre était foulée par un être humain. C’est un peu ce qu’avait dû ressentir Neil Armstrong sur la lune. Mais en moins lunaire, forcément. La gamine sortit sa lampe de poche à son tour, bien décidée à effrayer n’importe quelle bestiole ayant l’outrecuidance de l’approcher d’un peu trop près et attendit qu’Ezio la rejoigne. Sa lampe de la gestapo servirait à éclairer les arbres pour éviter qu’un serpent ne leur tombe sur l’épaule. Et peut-être la route accessoirement, ça serait encore plus bête de tomber eux même dans un nid. Elle regrettait un peu d’avoir jeté son snickers aux alligators grassouillets de tout à l’heure, la barre chocolatée aurait pu faire diversion en cas de besoin.

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Mar 21 Avr - 20:13

Juste comme ça, Ezio apprit que Darryl n’était pas du coin. Un peu comme elle avait appris tout à l’heure qu’il n’était pas italien, sauf qu’elle développa un peu : elle venait de Louisiane ! Comme c’était cool, ça ! L’ado était plutôt pas mal fasciné par cet état un peu étrange, à moitié français et rempli de sorcières et de shamans, et il avait toujours rêvé d’aller à La Nouvelle-Orléans pour se balader dans les rues du carré français au milieu des parades et des musiciens. Et peut-être qu’en fait il était trop influencé par ce qu’il voyait à la télé et que s’il y allait, il allait être horriblement déçu. Quoiqu’il en soit, il avait désormais une raison d’aller en Louisiane et même un éventuel pied-à-terre. Oui parce qu’il envisageait dès ses seize ans révolus de faire un petit tour dans le pays en voiture, et comme il n’avait pas un rond et que ses parents n’étaient pas au courant de ses projets, il avait prévu de dormir dans le véhicule, mais il n’aurait rien contre un lit et un repas chaud de temps en temps. Et quoi de mieux pour ça que de squatter ? Mais enfin il n’en était pas encore là, tout de même, et en fait, il n’était pas venu le jour où il pourrait aller taper à la porte d’une gamine de dix ans pour lui demander de partager son lit ou un truc comme ça, hein… Non, finalement, il dormirait dans sa voiture, c’était un bien meilleur plan. En tout cas, il avait été fourvoyé par la façon dont Darryl semblait si à l’aise en toute circonstance, et parce que jusqu’à présent elle avait toujours semblé savoir où elle allait. Enfin, jusqu’en cette seconde, évidemment, vu que là, ils étaient complètement paumés, c’était clair.

« Ça doit être sympa, la Louisiane. Tu fais du voudou ? T’as déjà été victime de vaudou ? »

Ouais, c’était un peu réducteur, comme question, mais pour l’heure c’était un peu la seule chose qui intéressait Ezio. Quoiqu’il en soit, il semblait que l’airboat était presque arrivé au bout du voyage. Peut-être bien que s’ils continuaient, le couloir d’eau s’élargirait de nouveau dans trente secondes et alors ils pourraient repartir comme des princes, mais justement, avant que ça n’arrive, autant en profiter pour mettre pied à terre, si tant est qu’on pouvait appeler ça de la terre. Il trépigna un moment le temps que Darryl y réfléchisse, mais elle finit par accepter. De toute façon, il y serait allé sans elle, mais il ne pouvait pas être cent pour cent sûr qu’elle ne se serait pas cassée sans lui, tout de même, alors il préférait qu’ils y aillent ensemble. Et puis c’était lui qui avait la lumière. En revanche, il n’avait pas vu la maison qu’elle lui désignait et soudain, cette expédition devint mille fois intéressante, même si ça ressemblait plutôt à un squat de clodo. Une fois qu’il eut baissé la puissance du moteur au maximum, il sauta de l’airboat, attaché avec une corde comme un caniche à l’entrée d’un supermarché.

Et enfin, ils y étaient. Dans la mangrove, dans la pénombre, et il fallait bien regarder où on mettait les pieds parce que régulièrement, le sol se dérobait sous la semelle. A croire qu’à tout moment ils pouvaient tomber dans un trou d’eau ou pire, de boue. Il faisait humide, chaud, et les bruits que produisait cet environnement étaient tout bonnement glauques. Pour le coup, Ezio regrettait de ne pas avoir emmené de Polaroïd. Il aurait peut-être eu l’occasion de se prendre en photo avec un croco. Il l’aurait ensuite montré à sa mère en lui disant un truc du genre « tu vois ? tu vois ce qu’on nous forçait à faire, en colo ? » pour qu’elle culpabilise à s’en rendre malade, parce que c’était tout ce qu’elle méritait pour l’avoir forcé à aller en colo pendant toutes ces années. Il était sûr qu’il allait en garder des traumatismes. Mais bref, il fallait profiter de l’instant présent, pour le moment. Et surtout, faire comme si on n’entendait pas les bruits qui semblaient toujours jaillir à ses pieds où les mouvements qui semblaient toujours se faire au coin du champ de vision.

« Tu te rends compte que personne ne sait qu’on est là ? Si on meurt, personne n’aura l’idée de nous retrouver ici et des touristes allemands tomberont peut-être sur nos squelettes dans plusieurs années ! »

Même si, si on l’avait chargé, lui, de se retrouver, il y serait arrivé. Ce n’était pas bien compliqué, avec des avis de recherche, de mettre la main sur le type qui les avait pris en autostop, d’aller jusqu’à la réserve d’alligators, de remarquer que l’airboat n’était plus là, etc. Mais quand même, ça ne faisait qu’ajouter à l’adrénaline du moment. Mine de rien, ils s’étaient pas mal approché de la petite baraque de pêcheur, et la lanterne qui pendait sous le porche se balançait au gré de la brise, comme une invitation.

« On va demander notre chemin ? S’il a un crochet, on l’assomme et on se tire. »

Ezio se tourna vers Darryl en quête d’une réponse – pour la première fois, d’ailleurs, il ne s’était même pas préoccupé de savoir si elle suivait ou pas. Si elle n’était pas derrière lui, il allait se sentir vachement coupable.
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Mer 22 Avr - 17:39

La question typique qui revenait sans cesse de la part des gens venant d’autres Etats, c’était ça. Par ailleurs, ça serait bête de s’en plaindre étant donné que tout le monde étalait de la poudre de brique sur son seuil pour éloigner les gêneurs et avait une réaction bizarre à chaque fois qu’ils passaient un carrefour. Sans compter les têtes de poulets pendues çà et là pour faire joli et tout ce qui s’ensuit. Ça serait vraiment se foutre de la gueule du monde d’avoir l’air outré parce qu’on lui posait une fois de plus la question. Alors bien sûr, elle pourrait apprendre à Ezio que le vaudou est une religion et que toute la sorcellerie qui en découle, comme l’art de réveiller les morts ou de lancer les sorts, c’est le houdou et ça n’est pas lié avec la religion mais à quoi bon ? Il fallait être de Louisiane pour s’intéresser à tout ça. Bref, Darryl hocha la tête. D’abord parce que c’était sympa, la Louisiane, elle ne dirait jamais le contraire, c’était beau et il y avait une ambiance différente de tous les autres Etats d’Amérique et puis de la musique partout et tout le temps, puisque même aux enterrements et ensuite, parce que tous les gamins de la là-bas, elle avait déjà essayé de faire du houdou. Il n’avait pas demandé si ça avait été concluant.

    « Ouais j’en ai déjà fait mais on en a jamais fait sur moi. Et je parle français, mon cher. »


Enfin un peu, elle apprenait. Avec des vieux cajuns vivant dans une caravane mais hey, tout le monde ne pouvait pas en dire autant ! Et pour ce qui était de savoir si elle avait déjà été victime, elle ne croyait pas, elle ne s’était jamais sentie bizarre ou quoi que ce soit, mais on ne pouvait jamais en être sûr. Peut-être qu’on avait essayé mais que ça n’avait pas été plus concluant que son propre test. Cependant, ils avaient d’autres chats à fouetter en ce moment puisqu’ils venaient de débarquer et que Darryl était déjà bien assez occupée ainsi à regarder où elle mettait les pieds et à trottiner à côté d’Ezio. Qui venait très justement de lui faire remarquer que personne ne savait qu’ils étaient là et que, s’ils mouraient, c’est leurs squelettes qu’on retrouverait des années plus tard. Si tant est qu’il reste quelque chose, que leurs ossements n’aient pas été broyés entre les mâchoires des alligators. La gamine imagina alors des touristes pensant avoir fait une découverte majeure comme des ossements datant de l’antiquité alors que non, c’était bien plus macabre que ça, en réalité.

Tellement macabre qu’elle chassa bien vite cette idée de son esprit pour se concentrer sur ce qu’Ezio ajouta ensuite. En relevant la tête, Darryl remarqua également qu’ils s’étaient dirigés droit sur la cabane, et de toute évidence, il y avait quelqu’un puisqu’une lanterne s’y balançait. Ça serait probablement une bonne idée que d’aller demander leur chemin mais elle préféra anticiper la réaction du gars avant de donner une réponse. Il serait sûrement étonné de voir deux jeunes comme eux perdus au milieu des Everglades à cette heure tardive. Il voudrait peut-être aussi savoir comment ils étaient arrivés jusque-là, alors ils n’auraient pas d’autre choix que de lui dire la vérité, aucun des deux n’avait appris à se téléporter, aux dernières nouvelles et alors il y avait de grandes chances pour qu’ils les balancent aux flics. A moins que ça ne soit un mec avec un crochet. Ça se pouvait ! Un type comme ce gars du Silence des agneaux, là, comment s’appelait-il déjà ? Animal Lecteur ! Darryl n’avait jamais compris pourquoi ses frangins se marraient à chaque fois qu’elle le disait mais en tout cas, elle l’aimait bien et trouverait ça chouette de tomber sur lui, ou sur quelqu’un lui ressemblant. Puis il fallait bien qu’ils retrouvent leur chemin, tout de même, sinon ils auraient des ennuis quand le personnel s’apercevrait de la disparition de leur airboat.

    « Okay, tu t’en chargeras ! Par contre, tu crois pas qu’on devrait lui raconter un bobard ? Sinon il va nous balancer, non ? Et alors, c’est sûr qu’on rentrera au camp en voiture de police… »


Encore fallait-il trouver quoi lui dire. La gamine n’avait jamais manqué d’imagination mais là, elle séchait totalement. Il faut dire que la situation était originale et qu’elle ne pouvait pas prétendre s’être perdue juste comme ça. Le pêcheur sadique allait forcément comprendre qu’ils avaient fugué, en quelque sorte. Cela dit, il n’avait peut-être pas de quoi prévenir la police dans ce taudis, il ne devait pas y avoir de téléphone. Oh tant pis, ils verraient bien une fois sur place. Darryl courut alors jusqu’à sa porte et frappa. Peut-être un peu plus que ce qu’il fallait, mais bon, le psychopathe ne s’en formaliserait pas. D’ailleurs, on ne tarda qu’un peu à leur ouvrir. Ça devait surprendre et si elle en jugeait par les bruits qui provenaient de l’intérieur, la personne venait même de choir. Enfin on leur ouvrit et le moins que l’on puisse dire, c’est que la personne qui apparut dans l’encadrement ne ressemblait en rien à Animal Lecteur, il ressemblait davantage à un des vieillards édentés de son bayou ! En tout et pour tout, il ne lui restait que trois dents et il avait l’air un peu alcoolisé, même qu’il tenait la plus grosse bouteille qu’elle eut jamais vue à la main. Déception.

    « Bonsoir, on est désolés de vous déranger mais on voudrait rentrer à la ferme aux alligators et on ne retrouve pas le chemin. »


Le vieillard émit des sons qui devaient être des mots mais Darryl ne comprit pas un fichu mot, avec cet accent.

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Ven 24 Avr - 22:34

Là, dans la nuit, dans ce paysage terrifique, avec cette bande-son naturelle, Ezio pouvait totalement imaginer Darryl enfoncer des clous dans une poupée de paille crucifiée à une poutre en maudissant sa victime en français, bizarrement. Lui-même en avait souvent rêvé, par le passé, concernant quelques petits camarades de classe un peu trop lourds. Finalement, il s’était dit qu’il allait plutôt mettre à profit sa carcasse et la taille de ses poings, et ça avait été tout aussi efficace qu’une poupée vaudou, et en plus, les effets avaient été immédiats. Bon évidemment, ce n’était pas en tapant sur des gens qu’il ferait tomber une fille amoureuse de lui, alors que la sorcellerie, c’était plus cool, il y avait des filtres d’amour. Il sortait tout juste d’un crush de plusieurs mois sur sa prof d’anglais, mais il n’avait jamais réussi à attirer son attention autrement que quand elle le collait parce qu’il ne faisait jamais, absolument jamais, ses devoirs. Il n’avait jamais aucune raison autre que « j’avais pas envie », pas de grand-père mort, de chien qui a dévoré la copie, non, il n’avait jamais envie de faire ses devoirs. Une fois sortie du lycée, il n’était plus temps d’étudier, c’est tout, et c’était facile à comprendre : lycée = études, pas lycée = pas études. Mais bref, tout ça pour dire qu’il se rendait compte, au contact de la gamine, qu’il ne connaissait rien du monde, rien de son propre pays, même. Cela le motivait encore plus pour se bouger le cul, et il savait déjà depuis longtemps de toute façon qu’il était destiner à être sur les routes, sans jamais se poser : c’était ça, le style de vie auquel il aspirait. Faire ce qu’il voulait, pas d’attaches, et un jour peut-être, il trouverait une femme qui serait prête à le suivre sur les routes. En attendant, sa première étape serait définitivement la Louisiane et la porte de Darryl, même si elle ne le savait pas encore. Il fallait bien commencer quelque part !

Quoiqu’il en soit, Darryl était bien fidèle au poste et en plus, d’accord pour aller toquer à la porte du monsieur assez taré pour vivre tout seul ici – c’était en soi un peu un signal d’alerte et un indice qu’ils auraient mieux fait de ne pas y aller, mais à leur âge, le cerveau ne connaissait pas ce genre d’inhibition. « Danger ? Jamais entendu parler de ça. » Il revenait à Ezio le soin d’assommer le mec s’il se montrait un peu louche, une mission dont il se sentait parfaitement capable, totalement sur son terrain. Cela dit, Darryl n’avait pas tort, pour le bobard. Même si, si le mec leur demandait ce qu’ils foutaient là, Ezio serait vraiment tenté de lui rétorquer que lui non plus n’avait rien à foutre ici, tout de même.

« Ouais, t’as raison. Si je rentre au cul d’une voiture de police, mon père me tabassera à coup de batte de baseball. »

La sienne, qui plus est, vu que son père n’en avait pas. Le vieux était flic, après tout, et il lui avait toujours répété qu’il y avait deux choses qu’il ne supporterait pas de la part de son fils : qu’il soit forcé d’aller le chercher au commissariat et qu’il soit forcé de lui filer de l’argent pour l’aider à assumer un gosse. Pour ce qui était du point numéro 2, le vieux n’avait pas trop de soucis à se faire, en revanche, le numéro 1 pouvait arriver à tout moment, et peut-être même cette nuit, du coup. En attendant, il ne savait pas trop ce qu’ils pourraient raconter pour expliquer leur présence ici, mais il n’y avait rien de mieux que les prises de décision dans l’urgence, aussi Ezio décida de ne pas trop se prendre la tête avec ça pour le moment. Darryl alla défoncer la porte, les dés étaient jetés. Et le vieux qui leur ouvrit aussi était pas mal jeté. Ezio se prit une bouffée d’alcool en plein visage, mais à la décharge du vieux, il devait vivre la même chose avec lui, même si l’ado avait pas mal dessaoulé depuis tout à l’heure, avec toute cette adrénaline. Darryl entra dans le vif du sujet, et des bruits étranges sortirent du vieux. On aurait sérieusement dit qu’une créature alien s’exprimait depuis l’intérieur de son corps, sérieux.

« Hey, papi, on est des touristes ici, on parle pas le patois. T’as pas du papier et un crayon ? Tu pourrais nous dessiner un plan, plutôt. »

Ouais, c’était forcément pas les premiers touristes perdus qui venaient frapper à sa porte, non ? Tout le monde devait se perdre, dans le coin, tellement le chemin à suivre c’était mal indiqué. Le vieux dodelina de la tête et continua à caqueter. Bon. Il était peut-être vraiment dinguo.

« On peut rentrer voir si t’as pas une carte ? »

Mais oui, rentrons dans la cabane du pêcheur fou ! Il y avait probablement des tas de touristes morts suspendus à des crochets un peu partout. Mais encore une fois, Ezio ne doutait pas une seconde de pouvoir casser ce pépé entre deux doigts, et quant à d’éventuelles armes, oh bon, ils n’auraient qu’à improviser. L’impro, c’était son truc, et ça ne le quitterait jamais. Finalement, le vieux soupira, première réaction normale et humaine, signe peut-être qu’en fait il comprenait très bien de quoi il retournait et que les deux petits cons qui venaient de frapper à sa porte à pas d’heure le gonflaient menu, mais il s’écarta pour leur faire signe d’entrer. Laboratoire du Dr Moreau ou de la NSA peut-être ? Tout était possible. Ah, par contre s’il avait de quoi bouffer, ce serait bien aussi, Ezio commençait à avoir faim. Il rentra dans la maison sans se retourner. Le premier truc qu’il vit, ce fut un écran plat 16/9. Ah, okay. Comme quoi, les stéréotypes, c’étaient mal.
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Sam 25 Avr - 17:06

Pas moyen de savoir si Ezio était sérieux en ce qui concernait cette histoire de se faire démonter à coups de batte de baseball ou non. Darryl venait d’une famille où l’on se faisait encore discipliner. Son père n’avait pas le choix, il avait élevé tout seul trois gosses turbulents tout en continuant à travailler. En fait, ses frères se faisaient plus souvent discipliner qu’elle, et non, ce n’était sans doute pas juste mais elle pouvait compter sur les doigts d’une main les fois où elle s’était pris une claque ou une fessée. A chaque fois, ça avait été parce qu’elle avait mis sa propre vie en péril et que son père avait eu peur pour elle. En dehors de ça, elle pouvait le répondre de la façon la plus effrontée qui soit, il ne faisait jamais que la menacer. Ce qui n’était pas moins terrifiant, en fin de compte, alors elle filait doux. Autant que possible, en tout cas. Dans le doute, c’était mieux que personne n’appelle les flics et tout se passerait bien. Puis à quoi bon manigancer un plan compliqué auquel ils ne se tiendraient peut-être pas ? La gamine préférait y aller à l’improvisation, tant qu’à faire, c’était toujours plus crédible.

Non seulement le vieillard causait mal mais il causait beaucoup, qui plus est. Ça aurait été bien de le comprendre mais pas un mot ne lui disait quoi que ce soit et lorsqu’elle tourna la tête pour voir si, par chance, Ezio comprenait mieux qu’elle, elle constata que non. Darryl gloussa comme une petite dinde quand il l’appela papi et hocha la tête en rythme pour faire comprendre qu’il ne mentait pas et qu’ils étaient bien des touristes. Ce n’était pas un vrai mensonge, de toute façon, ils étaient bel et bien des touristes et à choisir, ce n’était pas le mensonge qu’elle aurait avancé. Mais bon, si ça se trouve l’homme ne comprenait pas plus ce qu’ils disaient qu’eux ne le comprenait. Ou pas car le vieillard n’eut pas l’air de comprendre la requête d’Ezio mais au bout d’un petit moment, il leur fit tout de même signe d’entrer. Ça voulait dire qu’il les laisserait vraiment retourner sa cabane à la recherche d’une carte ? Elle n’osait pas y croire. En revanche, elle entra sans la moindre hésitation. A partir du moment où elle avait vu que c’était un petit vieux qui leur ouvrait la porte, l’hypothèse du fou furieux était tombée dans l’oubli. Parce que c’est bien connu, les vieux ne sont jamais des psychopathes, enfin.

A peine entrée, ses yeux tombèrent sur la télé. Totalement pas à sa place dans un endroit pareil mais eh, ce type connaissait peut-être son père et alors elle n’avait qu’un mot magique à dire : son nom pour que tout devienne clair. Enfin, peut-être pas tout mais le vieux pourrait comprendre qu’il fallait qu’elle rentre sans encombre. Ou alors il pourrait aussi les retenir en otage et réclamer une rançon. Il valait sans doute mieux qu’elle garde ça pour elle, cette perspective étant tout sauf réjouissante. La chose qu’elle remarqua ensuite fut qu’il faisait encore plus chaud et alors dedans que dehors et qu’il y avait aussi un peu de fumée. En général, la chaleur moite du climat floridien ne la dérangeait pas outre mesure puisque c’était à peu près pareil que chez elle et qu’elle avait grandi là-dedans, donc tout le temps de s’y faire, mais là c’était quasiment insoutenable. Et la fumée avait quelque chose d’inquiétant parce qu’elle ne parvenait pas à savoir d’où elle pouvait bien provenir. Ça sentait bizarre en plus. Le gars avait peut-être fait brûler de l’encens juste avant. Du coin de l’œil, Darryl vit un vivarium avec un gros serpent, peut-être trouvé juste dehors, dedans. Et en fait, maintenant qu’elle y regardait de plus près, elle voyait que cette cabane n’était qu’un vaste temple dédié aux rampants. En plus du vivarium, il y avait des mues un peu partout, en guise de décoration et même des crânes. Dont un qu’elle glissa discrètement dans sa poche.

Depuis quelques temps, elle avait pris l’habitude de toujours ramener un souvenir. Et puis est-ce qu’on pouvait vraiment qualifier ça de vol quand le vieillard en avait un millier ? Elle s’efforça aussi de le dissimuler à l’aide de son t-shirt, mais rien à faire. Darryl se tourna alors vers le vieux qui semblait chercher quelque chose, peut-être bien une carte et alors ça prouverait qu’il comprenait parfaitement tout ce qu’ils disaient.

    « Eh m’sieur, je peux utiliser vos toilettes ? »


Plutôt que de lui sortir tout un speech incompréhensible comme tout à l’heure, il répondit d’un hochement de tête. Et la gamine abandonna Ezio avec le vieux. S’il avait une télé récente, il avait peut-être aussi un cellulaire et peut-être même un ordinateur, même si elle ne voyait toujours pas comment il pouvait être relié à quoi que ce soit, techniquement. Mais ça ne faisait pas de mal de rêver un peu, surtout si c’était pour se voir sorti de là plus vite. Ce n’était pas qu’elle s’ennuyait mais le but de l’aventure, ce n’était pas de rester coincé dans une vieille cabane moisie avec un vieil alcoolique. Elle s’enferma dans les toilettes qui faisaient aussi office de « salle de bains » et transféra le crâne de sa poche à son sac à dos. Avant de remarquer des traînées rouges dans la baignoire. Elle écarquilla les yeux sous le coup de la surprise. Il ne devait s’agir que de rouille, l’éclairage n’était pas top dans cette baraque, mais dans sa tête, c’était du sang. Ça ne pouvait être que du sang. En y repensant par la suite, sa réaction fut stupide, elle aurait dû se glisser par la fenêtre et s’enfuir mais il y avait Ezio et elle commençait à le trouver cool alors plutôt que de se la jouer solo, elle surgit hors de la salle de bains en criant :

    « Faut qu’on s’en aille, faut qu’on s’en aille ! Y a du sang dans la baignoire ! »

✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Sam 25 Avr - 22:29

Ce vieux pouvait être des tas de choses. Psychopathe, simple pêcheur, prince héritier en fuite depuis des décennies, alien, cannibale… Mais tout ça n’empêcha pas les deux « touristes » de rentrer chez lui les yeux fermés parce qu’après tout, hein, qui s’en souciait ? Quand Ezio vit la télé, il crut un moment qu’en fait, malgré la gueule de la cabane et la gueule du vieux, ledit vieux était tout équipé Ikea, ordinateurs super puissants façon Pentagone et bain à bulles. Peut-être qu’en fait il était un agent d’une organisation gouvernementale secrète chargé de garder un œil sur… quelque chose. Et alors, Darryl et Ezio tombaient mal, parce que ce quelque chose ne devait pas être vu par quiconque, donc ils allaient disparaître, très probablement. Mais en fait, non. Non, on crevait juste de chaud, et aussi, il y avait des serpents partout. Enfin, pas des vrais, juste des mues, et quant à la bête elle-même, elle trônait dans un vivarium, l’air d’être en hibernation. C’était pas un chien, de toute façon, il n’allait pas aboyer à leur entrée. Okay, totalement normal, donc. Bon, chacun ses passions, si pour ce type c’était les serpents, pourquoi pas ? Ça expliquait en plus qu’il vive ici précisément, dans cet endroit chelou. Des serpents, il devait en trouver plein, dans le coin. C’était d’ailleurs probablement un exploit que Darryl et Ezio n’aient pas marché sur l’un d’eux en venant jusqu’ici.

Ezio vit la gamine s’emparer d’un crâne de serpent et essayer de le fourrer sous son tee-shirt. Ah ! C'est-à-dire que vu qu’elle taillait enfant, il n’y avait paradoxalement pas beaucoup de place pour dissimuler quoi que ce soit là-dessus. Et puis qu’est-ce qui lui prenait de vouloir voler un de ces trucs, aussi ? C’était bizarre, mais Ezio haussa les épaules, parce que les gens étaient libres, même d’être un peu timbrés, oui oui. Elle demanda soudain à aller aux toilettes, et peut-être bien qu’elle voulait vraiment aller aux toilettes, de sorte qu’il ne s’en formalisa pas, et le vieux non plus, ce qui était plus étonnant. Ezio, lui, n’aurait pas laissé un total inconnu se servir de ses chiottes, ça avait un petit côté intime, c’était comme une brosse à dents, ça ne se prêtait pas, ce genre de trucs. Il se retrouva seul avec le vieux, qui le regardait, et il le regarda en retour un moment avant de se racler la gorge.

« Alors, la ferme aux alligators, c’est où ? A-lli-ga… Oh, laissez tomber, on se débrouillera sans vous, merci pour rien. »

C’est qu’il commençait à le gonfler, ce vieux timbré. Comme l’autre ne bougeait pas, Ezio fit le tour du propriétaire, se rapprochant discrètos du coin cuisine, mais à part des bocaux louches remplis de trucs non identifiables baignant dans ce qui ressemblait à des liquides visqueux, il ne trouva rien à bouffer, pas un seul paquet de pépitos, rien. C’était scandaleux d’accueillir des invités dans ces conditions. Ah oui, il y avait aussi des couteaux. De toutes les tailles, et certains n’étaient pas très propres. Et aussi d’autres trucs, des crochets, des spatules en métal, des piques. La théorie du psychopathe se confirmait donc, il n’y avait aucun doute. Et Darryl qui déboula dans le salon en hurlant qu’il y avait du sang dans la salle de bains était aussi un bon indice. Ezio regarda le vieux, qui le regarda, avant de regarder Darryl, puis il dit un truc encore incompréhensible, mais qui pouvait très bien être une malédiction vaudoue pour ce qu’ils en savaient. Surtout qu’il se tenait devant la porte – entre eux et la liberté, donc.

Peut-être bien qu’il s’était coupé en se rasant ce matin, peut-être bien qu’un pote à lui s’était blessé en chassant, peut-être même que c’était de la confiture de groseille. Peu importait à Ezio. Tout d’un coup, ce n’était plus du tout marrant, et s’il y avait bien une chose dont il n’avait pas envie, c’était mourir, et pire, mourir tué par un vieux dans une cabane au fin fond des Everglades. No, nope. Il rejoignit le vieux en trois enjambées et lui colla son poing dans la figure.

« Comme promis ! Allez viens on se tire ! »

Il ouvrit la porte à la volée, sauta dehors, puis se rappela quand même qu’il ne pouvait pas piquer un sprint tout seul en larguant Darryl alors il se retourna et prit la fille par la main avant d’effectivement piquer un sprint. Pas à fond non plus, sinon ça serait comme dans les dessins animés, il la tirerait derrière lui comme un cerf-volant. Il se figea au bout de trente mètres à peine cependant, vu qu’en fait il ne savait pas trop par où il fallait aller pour retrouver l’airboat. Il ralluma sa lampe, avec l’impression d’être entouré de serpents, depuis qu’il avait vu l’antre creepy du vieux fou.

« Ça va ? T’as vraiment vu du sang là-bas ? Y avait autre choses, des bouts de corps, des bébés égorgés, des yeux dans du formol ? Tu crois que c’était de la sorcellerie ? »

Oui, il y revenait, mais c’était pas comme si ça ne le fascinait pas un peu. Alors que tout de même, ils n’étaient pas trop en Louisiane, là, quand même. Ah, et puis aussi, est-ce qu’il ne lui avait pas fait mal à la traîner derrière lui comme il l’avait fait ? Le sol était assez piégeur, tout de même.
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Dim 26 Avr - 17:08

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Ezio colla un pain au vieux loufoque et le Sphinx fut abattu, ou du moins ne put pas jouer son rôle correctement, et ils étaient dehors. Darryl n’aurait jamais cru penser ça mais il faisait bien meilleur dehors, ils pouvaient respirer, au moins. Sauf qu’ils n’en eurent pas le temps puisqu’il la tira aussi sec en direction d’elle ne savait quoi, l’airboat serait idéal mais l’important c’était surtout qu’ils se tirent le plus possible de la cabane de l’horreur. Ezio courait tellement vite qu’elle avait l’impression de planer par moment, quand ses petites jambes ne frappaient pas le sol à toute vitesse, mais ce n’était sûrement qu’une impression. Ils étaient sur leur lancée lorsqu’il stoppa brusquement, si bien que la gamine manqua d’entre en collision avec lui. Pour résumer, ils venaient de voler un gars et de l’agresser alors qu’il n’avait peut-être rien fait. Mais ce peut-être était de trop, justement, ils ne pouvaient être sûrs de rien. Ils avaient beau ne pas avoir couru le marathon, elle dut reprendre son souffle avant de ne serait-ce que comprendre les questions qu’on lui posait. Courir ce n’était pas son truc. Faire des cascades et frapper les gens, oui, mais courir, non, et il faudrait qu’il y travaille.

Après quelques secondes d’intense réflexion et de coups d’œil jeté en tous sens pour s’assurer qu’aucune bête dangereuse ne les encerclait, la gamine put hocher la tête à la première question. Ça allait, elle s’en remettait tout doucement mais ça serait qu’à son âge ça n’aille pas aussi. Pour le reste, il lui fallut réfléchir encore un peu, bras croisés et yeux au ciel pour mieux se remémorer ce qu’elle avait vu de cette salle de bains, plus trop sûre de ne pas l’avoir rêvé en fin de compte. Du sang, elle était presque certaine que c’en était. Pour ce qui était du reste en revanche, et au risque de décevoir Ezio, non, elle n’avait rien vu de qu’il venait de lister. Point de corps découpés, de bébés avec plaies béantes au niveau de la gorge ou même d’yeux flottants dans un liquide verdâtre. Et c’était tant mieux car elle n’avait pas spécialement de voir des globes oculaires hors des orbites dans lesquelles ils étaient censés se trouver, merci bien. Rien que cette image suffit à lui soulever l’estomac, mais elle secoua la tête pour l’en chasser bien vite. Sinon, ça ne ressemblait pas du tout à de la sorcellerie, ça elle pouvait le certifier. D’ailleurs, mis à part son adoration pour les serpents, ce vieux n’avait pas l’air adepte de vaudou, de houdou ou de toute autre trucs dans le même genre.


    « Nan rien de tout ça, juste une traînée de sang la baignoire ! Enfin je crois, je vois pas ce que ça aurait pu être d’autre. Et non, c’était pas un sorcier, y avait de grigris nulle part. »


Si on omettait les mues et les crânes de serpents un peu partout, évidemment. Ca ne pouvait pas constituer des grigris, si ? Peut-être, elle n’était pas experte en la matière, après tout et rappelons que ça n’avait pas marché la seule fois où elle avait essayé. Quoi qu’il en soit, il valait mieux qu’ils s’en aillent, on ne savait jamais si le vieux n’avait pas l’intention de renoncer aussi facilement et décidait de les pourchasser. Il valait encore mieux remonter sur l’airboat et foncer, quitte à l’abîmer un peu. A condition de retrouver l’airboat, quoi. Darryl décroisa les bras, prit la lampe des mains d’Ezio et regarda tout autour d’elle, en quête de repère. Que ça lui disait quelque chose ou non n’était pas le problème, l’ennui c’était surtout qu’elle n’avait pas fait attention à ce qui l’entourait en venant. Et le pire dans tout ça, c’était qu’elle se doutait qu’il en allait de même pour Ezio. Ils n’étaient pas plus prudents l’un que l’autre.

Mais ce n’était pas le moment de se lamenter sur son sort, ni de s’attarder dans le coin. Mieux valait marcher. Ce n’était pas comme si ces petits îlots étaient grands, ils ne pouvaient pas se perdre, il suffisait de faire le tour. Mais sans passer par le centre parce que c’était sûrement là que se terraient tous les serpents de ce bout de terre. Résolue à retrouver l’air boat, Darryl rendit sa lampe à Ezio et avança. Sans précipitation cela dit, ça serait bête de foncer droit dans la gueule d’un alligator, même d’un petit. Plus facile à dire qu’à faire tout ça, il arrivait parfois que les contours de l’îlot soient totalement recouverts par les arbres et alors on y voyait encore moins bien. C’est ainsi que malgré toutes ses précautions, la gamine parvint à se prendre les pieds dans une racine sortant un peu de terre et s’étala de tout son long. Le sol grouillait sous elle et en relevant la tête, elle vit des crochets brillants, à quelques millimètres de son visage seulement. Ce qu’elle avait craint le plus s’était finalement produit : elle était tombée dans un nid de serpents. Un cri d’effroi lui échappa et, la panique aidant, elle s’emmêla un peu les bras et les jambes en voulant se relever. Elle s’efforça alors de se calmer un peu, se répétant qu’il n’y avait pas de quoi s’énerver, elle ne s’était pas fait mordre, ils étaient tout petits, probablement pas venimeux et il n'y en avait pas tant que ça. Non, mais ces saloperies s’enroulaient tout autour d’elle et ça non plus ce n’était pas très rassurant. La prochaine fois, elle ne quitterait plus jamais l’airboat.

✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤

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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Lun 27 Avr - 20:40

Oh, c'était limite décevant en fait. Il n'avait pas mis son poing dans la gueule d'un nouveau Charles Manson, a priori, en fait il n'y avait visiblement rien qui prouvait qu'il méritait de s'être fait taper dessus, mais bon, hein, ce qui était fait était fait et ne pouvait être défait, et c'était pas la peine de se prendre la tête sur un truc qui appartenait déjà au passé et auquel il ne pouvait rien faire. Et puis peut-être bien que ce vieux méritait son sort, ils ne sauraient jamais, il avait peut-être des chinois dans sa cave ou quelque chose comme ça et alors il avait été puni pour ça, donc Ezio dormirait tranquille ce soir en sachant qu’il y avait finalement une chance sur deux pour qu’il ait fait une bonne action cette nuit. Et tant mieux s’il n’était pas un sorcier non plus, et là-dessus il ne pouvait que croire Darryl sur parole, elle qui venait du pays des grigris et tout le toutim. Ca voulait dire que l’autre ne pourrait pas se venger sur lui à distance ou un truc comme ça. Bref, cela avait donc été une mauvaise idée d’aller toquer à cette porte et une encore plus mauvaise idée de rentrer dans cette maison, ce dont ils auraient pu se douter avant, mais voilà, Ezio, lui, il ne croyait que ce qu’il voyait, donc il fallait toujours qu’il teste avant de se faire une idée, et maintenant il savait. Du coup il n’avait pas récupéré de carte et n’avait pas réussi à faire cracher au vieux une parole intelligible sur la façon dont ils pouvaient retourner à la ferme aux alligators, ce qui faisait de ce petit détour un échec. Surtout que maintenant, il n’était même plus trop sûr de où était l’airboat par rapport à eux. Ou eux par rapport à l’airboat.

Darryl lui prit sa lampe des mains et il la laissa faire, tout prêt à se laisser porter par la brise et guider par la gamine. Mais oui, voilà, dans la nuit, et même de jour en fait, tous les arbres se ressemblaient, toutes les racines aussi et il n’y avait pas chemin ou quoi que ce soit, en fait, ici, ils avaient juste tracé au travers du bordel. Comme elle lui rendit sa torche sans mot dire avant de se mettre en marche, Ezio supposa qu’elle s’était repérée, contrairement à lui, et qu’elle savait parfaitement où elle allait. Il la suivit donc d’un pas tranquille, enfin aussi tranquille que possible compte tenu du terrain. Tellement accidenté, qu’il était, le terrain, que Darryl finit par se péter la figure, bien à plat, et il devait bien avouer qu’il avait rarement vu des vautres pareilles. Lui ne tombait jamais, ne se prenait les pieds dans rien, en revanche c’était assez souvent qu’il s’emplâtrait le front dans des portes de placard ouvertes ou dans des chambranles de portes pour nabots. Quoiqu’il en soit, il allait se mettre à rire, parce qu’il était un peu con, des fois, mais entendit la gamine hurler et en braquant sa torche sur elle, vit qu’elle venait presque d’embrasser un nid de serpents. Oh, okay, alors, euh, est-ce qu’il fallait faire comme pour les ours, fermer les yeux et passer pour un mort ? Oh bon, pas le temps de réfléchir, il agit à l’instinct, comme d’habitude.

« Bouge pas et ferme la bouche ! »

Et par là il ne voulait pas lui dire de la fermer, il voulait littéralement lui dire de fermer son bec avant qu’un de ses trucs ne lui crache dans la bouche ou un truc de ce genre. Il ôta son tee-shirt – déjà une taille XXL – et le jeta bien à plat sur le nid de serpents. Une fois qu’il fut recouvert, il glissa ses mains sous les aisselles de Darryl pour la remettre sur ses pieds, enfin il essaya, parce qu’il semblait qu’elle avait des bouts d’elle-même coincés un peu partout dans les racines. Bon, soit elle se dégageait fissa, soit il allait devoir sauter à pieds-joints sur son tee-shirt qui semblait animé d’une vie propre pour massacrer tous ces petits bâtards. Ou alors, il pouvait toujours tirer d’un coup sec sur Darryl en espérant ne pas lui arracher les bras et les jambes… Non, mieux valait la laisser faire, elle était petite avec une carrure de lutin, elle finirait bien par se dégager des racines dans les trois prochains centièmes de seconde – c’était tout le temps qu’elle avait avant qu’un des serpents n’arrivent à se glisser de sous le tissu pour aller lui faire la bise.

Une fois qu’elle fut debout, ils n’attendirent pas de voir comment les choses allaient tourner pour se barrer vite fait. Ezio ralentit le pas un peu plus loin, prenant le temps de pleurnicher sur son tee-shirt parce que c’était un de ses préférés, mais il semblait qu’ils étaient tous deux destinés à devoir sacrifier une possession pour pouvoir continuer leur voyage. Et puis l'un dans l'autre, il préférait avoir perdu son tee-shirt que s'être retrouvé dans la situation de Darryl, nez à nez avec ces bestioles. En relevant la tête, il eut l’impression qu’il faisait un peu moins sombre. C’était peut-être une illusion d’optique vu que c’était difficile de voir la couleur du ciel à travers cette végétation, mais il semblait bien que la nuit tirait sur sa fin.

« Bon, faudrait vraiment qu’on commence à se rentrer, ils vont sonner le réveil général vers neuf heures, au camping, et ça serait bien qu’on soit là pour répondre présent au petit dej. »

Et où était ce foutu bateau, à la fin ? Bon, ils n’avaient qu’à tracer tout droit, et dans tous les sens, et à force ils finiraient bien par tomber dessus, ou alors ils retomberaient sur la cabane du vieux, et s’il n’était pas dans les vapes, Ezio le secouerait jusqu’à ce qu’il leur dégueule une réponse quant à la direction à prendre.

« Tu veux que je te porte ? Le prends pas mal, mais certaines de ces racines sont plus grosses que toi… »
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MessageSujet: Re: Is this where we all sing Kumbaya ? → Ezio   Mar 28 Avr - 13:50

Il s’en était fallu de peu pour qu’ils rejouent l’une des scènes les plus tragiques de toute l’histoire du cinéma : la mort de Macaulay Culkin dans My Girl sauf qu’à la place des guêpes ou des abeilles, ils avaient des serpents, eux, et pas sûr que ça soit plus joli à voir. Darryl à se calmer un minimum pour pouvoir faire ce qu’Ezio lui disait, c’est-à-dire arrêter de gigoter et fermer la bouche. Dès lors, il fut bien plus facile de se dépêtrer de ces racines et elle s’en sortit heureusement indemne. Pas comme le malheureusement t-shirt de l’adolescent, mais bon, il valait mieux que ça soit un bout de tissu qui y passe plutôt qu’elle. Elle n’eut même pas le temps de remettre de ses émotions qu’il fallait et ne même temps, elle n’avait pas l’intention de rester en compagnie de ces charmantes bestioles plus longtemps. Ils s’éloignèrent sans perdre de temps et sans regarder dans quelle direction ils allaient une fois de plus mais bon, au point où ils en étaient, de toute façon. Jusqu’à ce qu’Ezio ralentisse l’allure. Il rappela alors qu’il était temps de rentrer, sans plus parler de qu’il venait de se passer. Bien, Darryl en ferait de même, même si ça signifiait qu’il faudrait qu’elle pense à le remercier plus tard, quand même.

La gamine consulta sa montre et nota qu’il leur restait environ trois heures pour être de retour au camp. Ca semblait juste, mais ils ne pouvaient tout de même pas tourner en rond pendant trois heures sans retrouver la ferme aux alligators, elle en était persuadée. Enfin, elle le serait une fois qu’ils auraient remis la main sur l’airboat, chaque chose en son temps. Une fois de plus, elle répondit d’un hochement de tête et se remit en marche lorsqu’Ezio lui suggéra de la porter. Darryl considéra la question. En temps normal, elle aurait répondu non, aurait affiché l’air le plus fier qu’on puisse imaginer et aurait continué son chemin, tête haute. Mais compte tenu des circonstances… inutile de préciser qu’elle n’avait pas la moindre envie de tomber à nouveau nez à nez avec les rampants, cette perspective la terrifiait au-delà de ce qu’elle aurait cru. Au bout de quelques secondes, elle fit signe au jeune homme de s’abaisser un peu pour qu’elle puisse grimper sur son dos. Décidément, on aurait tout vu, même avec ses frères elle ne se montrait pas aussi facile.

    « Donne la lampe, je vais éclairer. »


Histoire de ne pas être complètement inutile non plus, elle aurait du mal à le supporter. Toujours est-il que maintenant, elle avait tout le loisir d’observer le paysage et il arrivait parfois qu’elle éclaire un endroit suspect, d’où elle avait entendu un bruit plutôt que la route devant eux, mais en dehors de ça, elle faisait bien son boulot.

    « T’as des frères et sœurs, toi ? Moi j’ai deux frères, ils sont tous les deux plus âgés mais pas de beaucoup. C’est pas juste qu’eux n’aient pas été forcés de venir dans cette colo. »


Tant qu’ils y étaient, pourquoi ne pas discuter, hein ? Ils pouvaient avancer et même trouver l’airboat tout en discutant et puis elle devait reconnaître qu’Ezio s’en sortait très bien avec une gosse de son âge et peut-être que c’était la raison. C’est alors qu’elle crut voir une ombre familière et braqua la lampe dessus. C’était l’airboat ! Il les attendait sagement à l’endroit où ils l’avaient laissé, toujours retenu par la corde qu’elle avait attaché à un arbre.

    « Hey, on y est ! » lui cria-t-elle dans l’oreille avant de sauter à terre.


Une lueur d’espoir ! Et effectivement, elle pouvait se rendre compte par elle-même que le soleil était en train de se lever. Ce qui ne l’empêcha pas de voir des yeux jaunes étinceler dans la pénombre une fois qu’elle fut montée à bord. Darryl se pencha pour détacher la corde pile au moment où lumière aveuglante l’éblouit. La gamine lâcha immédiatement le lien.

    « C’est vous qui avez volé l’airboat ! »


Une voix s’élevait d’un mégaphone. Il semblerait que les employés de la ferme se levaient aux aurores pour soigner leurs pensionnaires avant l’ouverture, qu’ils s’étaient aperçus de la disparition de leur embarcation et qu’ils étaient partis à sa recherche. Ils en avaient forcément un deuxième, au cas où le premier tomberait en panne. Volé, tout de suite les grands mots ! Darryl prit un air tout ce qu’il y a de plus innocent et marmonna :

    « Non, non, on l’a trouvé comme ça. »


Quoi qu’il en soit, il n’y avait pas la place pour deux airboats et le gars se contenta de rester derrière eux puis éteignit finalement sa lampe. Il s’agissait d’un ado boutonneux, il devait avoir à peu près l’âge d’Ezio. Peut-être un peu plus vieux mais pas de beaucoup. Son cœur reprit un rythme normal. Il était jeune, il se montrerait compréhensif et ils n’auraient probablement pas de problèmes. Pas trop, en tout cas. Moins que si ça avait été le responsable de tout ça, c’était certain. Il se colla à leur airboat avec le sien et leur fit signe de monter, le tout avec un sourire. Comme s’ils avaient l’habitude, qu’ils y avaient droit tous les ans.

    « Alors, vous vous ennuyiez pendant vos vacances ? Z’êtes pas les premiers alors on va faire comme d’habitude, on va laisser la bête là et dès qu’on sera de retour à la ferme, on appellera vos parents. »


Pour quoi faire ? Ils étaient loin et puis fallait-il vraiment qu’ils préviennent qui que ce soit, hein ? Il y avait peut-être moyen de l’amadouer et de faire en sorte qu’il ne prévienne personne, s’ils promettaient de ne plus jamais recommencer, non ? En attendant, il avait déjà enclenché la marche-arrière, parce qu’il y en avait une.

✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤

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