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 Wind of Changeˮ × John&Téo

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Johnathan Rayne
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MessageSujet: Wind of Changeˮ × John&Téo   Mar 10 Sep - 20:39


John X Téo

WIND OF CHANGE



Je lève les yeux alors qu’un flash éclaire l’horizon encore noir, suivi, de longues secondes plus tard, d’un roulement de tonnerre sourd. L’orage est encore loin, mais il sera là avant la fin de la journée : on peut le sentir dans l’air, lourd, moite, oppressant. Baillant, je m’étire puis me redresse de sur la souche pourrie sur laquelle j’ai passé les quatre dernières heures de cette nuit à veiller. La routine. Après avoir fait rapidement le tour de la zone pour m’assurer de sa sécurité, je me dirige vers la cabane de chasse qui nous sert actuellement de campement et en pousse la porte, doucement, prenant garde à ne pas faire le moindre bruit. Malgré l’obscurité, je distingue la silhouette de Téo, allongée sur le sol, dormant encore paisiblement.
Six mois. Six mois que je me la coltine, que je m’évertue à essayer de transformer ce boulet en arme. Six mois qu’on ne se quitte plus, puisque je n’ai jamais réussi à me débarrasser d’elle et de son obstination à me suivre comme mon chien. Il paraît que les chiens sont censés être le meilleur ami de l’homme, qu’on ne pourrait trouver créature plus dévouée et plus fidèle. Je n’ai jamais eu de chien, je n’aime pas ça. C’est con et ça pue. J’ose donc encore espérer qu’elle saura donc se montrer plus utile qu’une stupide boule de poils baveuse. Et même si je dois admettre qu’elle semble sur la bonne voie, je ne m’avoue pas vainqueur : ce n’est qu’une gamine. Une gamine qui avant que le monde ne s’effondre ne connaissait rien à la vie et qui devait être bien loin de se douter de l’horrible réalité qui lui est inhérente, Apocalypse ou non. Même après six mois de survie, a-t-elle seulement compris que le pire n’est pas encore arrivé, qu’elle pourrait s’endormir un soir et ne plus se réveiller ?
À pas de loup, je m’approche, faisant glisser dans ma paume mon couteau caché dans ma manche. Puis je m’agenouille, me penche sur elle, prenant garde à ne pas la toucher, et approche mon couteau de sa gorge. Je reste ainsi, immobile, durant de longues secondes dans un silence tout juste troublé par le murmure du vent qui s’engouffre entre les planches vermoulues des murs de la cabane. Finalement, j’appuie sur le bouton, enclenchant la lame qui surgit de sa poignée dans un feulement métallique, et à ce bruit, Téo ouvre les yeux.
« Bonjour. Tu es morte, » déclaré-je froidement.
Je rentre la lame et range mon couteau dans ma manche avec un soupir exaspéré.
« T’as encore le sommeil trop lourd. Peut-être que tout le monde n’est pas aussi silencieux que moi, mais quand même : t’as même pas entendu le tonnerre tout à l’heure. »
Comme pour appuyer mes dires, un nouveau roulement retentit dans le lointain.
Je farfouille autour d’elle dans l’obscurité, mes doigts se refermant sur l’étoffe de la veste sur laquelle elle a dormi. Je lui décoche un regard noir :
« Terminé, ça. La nuit prochaine, tu dors à même le sol. Ça t’apprendra. »
Je me redresse et la secoue du pied, lui enfonçant le bout de ma chaussure dans les côtes.
« Debout. »
Sans l’attendre, je sors, attrapant au passage une boîte de conserve vide traînant sur le rebord de la fenêtre. Je retourne m’asseoir sur ma souche, à quelques mètres de la cabane et tire de mon sac une boîte de café soluble ainsi qu’une bouteille d’eau. Je verse de la poudre brune dans la conserve et la dilue dans un peu d’eau, puis sans un mot passe le tout à Téo, qui m’a rejoint entre temps, pour qu’elle se prépare son petit déj’ à son tour. Je porte alors la conserve à mes lèvres et avale le mélange d’un coup en faisant la grimace. C’est infâme. Entre le goût du café de mauvaise qualité qui n’a finalement de café que le nom et celui ferrailleux de la vieille conserve, j’ai l’impression de boire de l’eau de serpillère. Pourtant je m’inflige ça tous les matins depuis que j’ai pu mettre la main sur cette saloperie. Même après un long sevrage forcé, je ne peux pas me passer de ma dose quotidienne de caféine. Et d’ailleurs en parlant de routine, j’ai la chance d’avoir pu, il y a quelque jours, dénicher un paquet de cigarettes encore neuf ; et même si je compte bien le faire durer le plus longtemps possible, il ne sera pas dit que je commencerai la journée sans m’octroyer une petite douceur cancérigène tant que j’en ai l’occasion. Je me fiche donc une clope entre les lèvres, l’allume et, baissant les paupières, inhale longuement la fumée avant de la recracher, rouvrant les yeux et les posant sur l’horizon qui commence à pâlir. Quand la voix de Téo s’élève, me demandant si elle peut tirer une taffe, je tourne un regard incrédule vers elle et la considère longuement en silence avant de ricaner :
« T’as dix-huit ans ? Une carte d'identité pour le prouver ? Non ? Alors va chier, la naine. »
Je prends une taffe avant de renchérir, grinçant :
« Si tu crois qu’en plus de me pomper l’air tu peux me gratter mes clopes… On aura tout vu. »
Sans prévenir, je lui arrache alors la conserve des mains et termine son café.
« Gah, c’est dégueulasse, » maugrée-je en balançant le contenant par-dessus mon épaule.
Avisant le regard furibond que me jette Téo, j’ajoute avec une innocence exagérément feinte :
« Quoi ? Je te rends service : vu comment tu chipotais, t’en voulais plus de toute façon, non ? »
Je me laisse aller contre le tronc en continuant à fumer d’un air béat, puis claque des doigts :
« Abdos, pompes, tractions. Je te donne une longueur d’avance : je termine ma clope puis je m’y mets, et si tu termines après moi… »
Je ne termine pas ma phrase : elle sait très bien ce que j’entends. Cet entraînement, tous les matins, elle y a droit. Et tous les matins, je lui fais recommencer une série de chaque puisque, tous les matins, elle termine après moi. Et encore, qu’elle s’estime heureuse que nous soyons en forêt et non pas en terrain ouvert, sinon je l’aurais faite courir en plus.
« C’est parti. »
Je ne prends pas mon temps pour terminer ma cigarette, même si j’aimerais pouvoir m’attarder et en profiter ; mais je ne veux pas donner à mon élève un avantage trop considérable, ce qui peut se jouer à la seconde près. Alors que j’attaque la toute dernière taffe, je retire ma veste et ma chemise puis écrase le mégot sous mon talon avant de m’allonger sur le sol et d’attaquer les abdos. J’y vais à mon rythme, déjà élevé certes, mais sans me presser ; je suis peut-être dur, mais je n’ai pas non plus l’intention de tricher, cela ne rimerait à rien. J’enchaîne ensuite avec les pompes, puis rebelote avec les abdos, afin de laisser mes bras reposer avant de me mettre aux tractions. Je fais ainsi cinq séries de vingt pour les pompes et les tractions, entrecoupées de dix séries de quinze abdos. Durant tout l’exercice, je n’accorde pas un regard à Téo, la laissant se débrouiller et gérer son planning toute seule : je fais exprès de lui donner un enchaînement différent à chaque fois (aujourd’hui : abdos, pompes, tractions ; hier : pompes, tractions, abdos ; demain : tractions, abdos, pompes) pour qu’elle comprenne l’intérêt de bien le choisir afin de rester le plus efficace tout en ménageant ses forces. Depuis le temps, je voudrais croire qu’elle a compris. Peut-être n’ose-t-elle tout simplement pas encore prendre la liberté de gérer cela d’elle-même. Comme si j’allais lui faire le cadeau de le lui balancer l’explication toute cuite sur un plateau d’argent.
« … Dix-neuf… Et vingt. »
Je lâche la branche à laquelle je suis accroché et me laisse retomber sur le sol mousseux en expirant longuement. J’essuie mon front du revers de l’avant-bras, grimaçant. Avec cet air lourd et moite, je suis ruisselant de sueur. Et bien sûr, pas un cours d’eau aux alentours pour aller me rafraîchir. J’ai horreur de cette sensation. Attrapant un vieux t-shirt dans mon sac, je m’en sers pour m’essuyer avant de me retourner vers Téo pour voir où elle en est.
« Alors ? » demandé-je froidement.





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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Dim 15 Sep - 17:36



John & Téo
Elle était profondément endormie sur le sol, ou plutôt sur sa veste qu’elle avait posée en guise de matelas. Quelques mois plus tôt, jamais elle n’aurait un seul instant imaginer partir sur les routes et devoir se reposer toutes les nuits de cette manière. Elle avait toujours eu une chambre entre quatre murs et un lit confortable dans lequel elle pouvait dormir en paix, sans craindre de se faire attaquer par une quelconque créature nocturne. Elle n’avait jamais connu que la sécurité, malgré les dangers du monde, jusqu’à ce que tout bascule. Elle était si épuisée par la marche et les entraînements de John qu’elle s’était endormie la tête à peine posée, les muscles douloureux et engourdis. Elle était si épuisée que la fraîcheur du soir ou la dureté du sol ne pouvaient être suffisants pour la maintenir éveillée. Son sommeil en était lourd, profond et privé du moindre rêve. Ainsi, elle ne vit pas les gestes de John autour d’elle. Elle ne le vit pas prendre son couteau, ni s’approcher d’elle et s’agenouiller. C’est alors que, du plus profond de son inconscience, elle entendit un cliquetis qui agita quelque chose en elle, un réflexe la poussant à sortir de sa torpeur et à ouvrir les yeux. Si elle avait quelque difficulté à émerger, les paroles de son compagnon et la conscience de la présence d’une lame proche de sa gorge furent suffisantes pour la réveiller complètement.
Elle déglutit et demeura immobile, attendant qu’il ait éloigné son arme pour bouger et se reculer un peu. Passée la surprise de ce réveil plutôt inattendu, sa mauvaise humeur revint comme un boomerang et c’est bien volontiers qu’elle aurait prononcé quelques paroles bien senties. Elle était épuisée, évidemment qu’elle dormait ! Comment pourrait-elle récupérer sinon ? Et pourtant, quelque part, elle savait qu’il n’avait pas tort : surprise par un mort-vivant, elle n’aurait pas fait long feu. Mais ça, hors de question de l’admettre devant lui, ou même de se l’admettre à elle-même d’ailleurs. En vérité, après six mois de vie commune, elle commençait à en avoir assez d’être constamment traitée de cette manière. Certes, elle l’avait plus ou moins forcé à la prendre avec lui, mais elle n’était pas un animal et jamais de sa vie elle n’avait accepté qu’on lui parle ainsi. Mais les circonstances avaient changé et elle n’avait d’autre choix qu’obéir.

« Je suis sûre qu’il n’y a même pas eu de tonnerre... » murmura-t-elle entre ses dents.

Ce n’est que lorsqu’il voulut récupérer sa veste qu’elle poussa une exclamation de protestation. Elle voulut retenir sa veste, mais presque immédiatement après elle sentit le bout de sa chaussure entrer en contact avec ses côtes de manière douloureuse, ce qui la poussa à se lever. Il était visiblement furieux et son regard lui passa l’envie d’émettre la moindre protestation. Elle n’avait plus qu’à se taire et obtempérer. Ce qu’elle détestait faire. Elle se leva alors péniblement, les membres encore engourdis par une nuit passée sur une surface inconfortable. Il s’était déjà éloignée, préparant cette infâme mixture qu’il appelait café, et qu’elle devait à son tour avaler. Au moins ça avait le mérite de la réveiller, même si c’était ignoble, et peu importait le dosage. Elle s’enhardit à lui demander une cigarette, ce qui bien sûr se solda par un très lamentable échec. Si ça continuait, elle allait vraiment le prendre au mot et filer faire sa route de son côté. Elle savait au fond qu’elle n’était pas prête, mais elle avait fait de bons progrès au cours des mois précédents, non ? Ne serait-elle vraiment pas encore capable de se défendre contre une armée de zombies ? Dire qu’elle trouvait ses parents pénibles ! Mais elle ne voulait surtout pas pensé à eux, pas après ce qu’il s’était passé six mois auparavant et dont les images venaient encore la hanter. Après lui avoir répondu de manière désagréable, il eut le toupet de lui prendre son café et de le finir. En le voyant jeter la boîte vide, elle le fusilla du regard.

« Et alors, c’était le mien ! » Elle aurait volontiers ajouter qu’il pouvait garder pour lui son café immonde. Elle sentait peu à peu qu’elle arrivait à bout de patience, frustrée de s’interdire de lui répondre comme elle l’entendait, et selon elle, comme il le méritait.

Vint le moment qu’elle aimait le moins dans la journée, tous les matins sans faute venait cet entraînement où elle se voyait obligée d’enchaîner abdos, pompes et traction vingt fois avant qu’il termine lui-même. Jamais elle n’y était parvenue jusqu’à présent, et chaque fois elle se voyait obligée de répéter l’exercice. Elle savait qu’il était inutile de discuter et qu’il valait mieux commencer avant que la cigarette soit trop entamée et qu’il ait lui même démarré la série. Mais ce matin-ci, ce fut particulièrement pénible tant la fatigue commençait à se faire sentir. Elle enchaîna les mouvements, essayant comme elle le pouvait de gagner du temps, et surtout d’économiser ses efforts. C’était encore quelque chose qu’elle avait beaucoup de mal à faire, ayant tendance à démarrer trop vite et à trop présumer de ses propres ressources. A chaque fois elle tentait d’y remédier mais n’y avait jamais vraiment réussi, et cette fois-là ne fut pas différente des autres. Elle fit son possible pour arriver à terminer avant lui mais sans y parvenir. Aussi, lorsqu’il annonça qu’il était venu au bout de sa série et se tourna vers elle, attendant le verdict, elle ne put que se relever péniblement et annoncer la couleur piteusement.

« J’en suis à seize. »

C’était mieux, mais ce n’était pas encore tout-à-fait ça, et certainement pas suffisant au regard de l’exigence de John. Elle savait qu’il était inutile de lui mentir, il le devinerait très facilement, tout comme elle savait ce qui suivrait. Mais elle en avait assez, elle était épuisée et n’en pouvait plus d’être traitée avec une telle froideur, comme si elle n’était qu’un fardeau, et tout en s’interdisant de répliquer en plus.

« Laisse-moi deviner : je vais devoir recommencer, c’est ça ? » lança-t-elle d’un ton plus acide qu’elle l’aurait voulu. « T’inquiète pas, je vais le faire, mais j’ai besoin de récupérer avant. »

Autoritaire et sans attendre de réponse, elle s’assit à même le sol et resta là, le défiant du regard. Elle n’était pas idiote, elle se doutait qu’il allait y avoir des répercussions, mais à cet instant, elle s’en fichait éperdument.  
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Johnathan Rayne
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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Jeu 19 Sep - 17:05




Mes traits se figent, crispés, quand Téo s’arrête et se redresse, l’effort et la frustration se lisant sur son visage. Je n’ai même pas besoin d’entendre sa réponse pour la deviner : elle a échoué, une fois encore.
« Goddammit… marmonné-je en balançant mon t-shirt d’un geste rageur. Putain, mais c’est pas possible ! Je te donne une longueur d’avance et tu trouves encore moyen de te planter ! Tu le fais exprès ou quoi ?!
— Laisse-moi deviner : je vais devoir recommencer, c’est ça ? »
Je fais volte-face en la fusillant du regard. Je ne sais exactement ce qui me met le plus en rogne : le fait qu’elle me déçoive une énième fois, ou bien le ton avec lequel elle ose s’adresser à moi.
« Bien sûr que tu recommences, bordel ! Enfin, si tu es au moins capable de terminer ce que tu as commencé. On y passera la matinée s’il le faut, mais t’y couperas pas !
— T’inquiète pas, je vais le faire, mais j’ai besoin de récupérer avant. »
C’est les yeux écarquillés que je la vois s’asseoir, et me fixer, sans bouger. Fulminant, je soutiens son regard. Allez, elle ne peut pas être sérieuse ! Il ne faudra que quelques secondes, et elle se réveillera, comprenant la colère qui m’anime devant son manque flagrant et inadmissible de respect, et se rappelant sa promesse de faire exactement tout ce que je lui ordonne sans discussion, avant de se remettre docilement à l’ouvrage. Il ne peut en être autrement…
Et pourtant, la bataille de nos regards continue à faire rage, les secondes s’écoulant sans que rien ne se passe.
« Je te préviens, tu as intérêt à te bouger, maintenant, ou bien… »
Je prends une profonde inspiration, sifflante entre mes narines dilatées.
« Je compte jusqu’à trois. »
Ce n’est même plus de la lassitude, ni même de la détermination que je lis dans son regard, mais bel et bien un défi.
« Un. »
Elle joue un jeu dangereux. La patience, ça n’a jamais été mon fort, et si elle veut me pousser à bout, elle goûtera à ma tristement célèbre ire.  
« Deux. »
Même si une petite voix au fond de moi me dit de me contenir, d’attendre, qu’elle finira par entendre raison, qu’elle n’est qu’une gosse, fatiguée, épuisée, seule au monde, un monde cruel, un monde sans pitié, un monde dont je suis ni plus ni moins qu’en train de lui refléter l’image… je ne peux finalement pas éviter l’inévitable.
« TROIS ! »
Je franchis d’un pas la distance qui nous sépare et l’attrape fermement par le bras, la tirant d’un geste brusque sur ses pieds et faisant fi de sa résistance.
« Maintenant t’arrêtes de jouer les gamines pleurnichardes et TU TE REMETS AU TRAVAIL !!! » aboie-je en la secouant sans ménagement.
Je la relâche en la repoussant, ne prenant même pas garde au risque qu’elle puisse vaciller et perdre l’équilibre. Je vois rouge, suis enivré par la colère qui ne fait que bouillir en moi de plus en plus.
« Qu’est-ce que tu crois ? tempêté-je. Que j’en suis arrivé là en me la coulant douce ? Ou en faisant la forte tête ? Tu t’imagines que je fais ça pour le plaisir ? Je suis passé par la même chose que toi, pire même ! Dis-toi que ce que je te fais subir, c’est qu’une putain de récréation comparé à ce à quoi j’ai eu droit ! Tout ce que tu risques, toi, c’est de recommencer une bête série d’exercices. C’est peu cher payé en échange de se donner toutes les chances d’échapper à la mort. Alors que moi, si je rentrais pas dans les rangs, c’était l’exécution sommaire qui m’attendait au tournant ! »
Poussant un rugissement de colère, je donne un grand coup de pied dans une des conserves se trouvant sur mon chemin. Elle vole dans les airs avant d’aller s’écraser dans un fracas métallique contre le tronc d’un arbre. Je respire un grand coup, me passant une main sur le visage. Il faut que je me calme. À beugler comme un taureau, je risque d’attirer des visiteurs indésirables. Non seulement cela, mais porté par ma rage, je commence à trop en dire sur mon passé.
« Voilà où on en est, avec tes conneries, reprends-je dans un grondement sourd en la pointant d’un index furieux. Tu veux me rendre dingue, c’est ça ? Tu veux notre perte ? Je pensais que tout ce que tu voulais c’était t’en sortir, et que c’est pour ça que tu as accepté de m’obéir ! »
Mettant toute ma concentration dans le but de baisser d’un ton et de diverger du sujet de mon expérience, j’ai en contrepartie de plus en plus de mal à contrôler le flot des paroles furieuses qui se bousculent dans ma gorge, glissant sournoisement sur ma langue pour finalement franchir la barrière de mes lèvres.
« Pourquoi je perds mon temps avec toi, hein, tu peux me le dire ? Six mois, six putains de mois que je m’acharne à faire quelque chose de toi, et tu continues à me décevoir ! Et maintenant en plus, tu joues les ados rebelles, tu me manques de respect ! J’y crois pas ! Après tout ce que j’ai fait pour toi ! J’aurais dû te balancer aux walkers quand j’en avais l’occasion !!! »
Ce n’est qu’une fois qu’ils sont prononcés que je prends conscience de mes mots. Fielleux, cruels, ils me laissent un goût bileux dans la gorge. Je baisse les bras, déglutis, me sentant devenir livide ; et quand je vois le regard que Téo me décoche, j’ai l’impression que quelque chose se brise en moi. La colère se liquéfie instantanément, laissant place à un sentiment de vide que viennent bientôt combler honte et haine de moi-même.
Bon sang, mais que suis-je en train de devenir ? L’Apocalypse est-elle un prétexte suffisant pour justifier la violence dont je viens de faire preuve envers une enfant ? Ou bien ai-je au fond toujours été un tel connard ?
Et pourtant, à l’inverse, je me demande également si j’aurais ainsi été capable de remords, d’une remise en question, si cette scène s’était déroulée quelques mois plus tôt…
La respiration trémulante, j’ouvre la bouche, mais aucun son n’en sort. Je voudrais dire quelque chose, mais quoi ? J’ai l’impression d’avoir perdu l’usage de la parole. Et quand bien même, comment trouver les mots justes après le venin que je viens de déverser ?
Finalement, je ne peux que, dans un souffle presque plaidant, prononcer son prénom :
« Téo… »





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Dernière édition par Johnathan Rayne le Mar 26 Nov - 19:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Mer 25 Sep - 21:56



John & Téo
Oui, Téo en avait assez et pour la première fois, elle venait de le manifester à haute voix. Enfin. Elle savait qu’il allait y avoir des répercussions, et probablement pas des moindres. Néanmoins, elle ne s’était pas attendue à une réaction aussi violente de la part de John. Elle faillit bien céder à ses menaces et finalement s’exécuter, mais tint bon, soutenant son regard d’un air résolu. Elle en avait plus qu’assez de céder, de se voir traitée comme une moins que rien. Après tout, elle faisait des efforts, non ? Elle faisait de son mieux pour progresser, même si apparemment elle ne semblait pas être à la hauteur des espérances de son professeur. Oui, elle résista, mais elle n’était pas préparée à ce qu’il la saisisse violemment. Elle tenta un mouvement de recul, mais en vain, il la releva aussi facilement que si elle avait été faite de coton. Pour la première fois, il lui fit peur, encore plus quand il se mit à la secouer tout en lui hurlant dessus. Lorsqu’il la lâcha, brusquement, elle perdit un instant l’équilibre et manqua de tomber, mais parvint à se rattraper. La suite ne fut qu’un long flot de récriminations qu’elle parvenait à peine à saisir. Il la regardait comme si elle était la pire chose qui lui soit jamais arrivée, un caillou dans sa chaussure. Elle en aurait presque fondu en larmes, mais elle ne voulait pas pleurer devant lui, non, pas question.

Elle n’osait rien dire, pour la première fois, attendant que l’orage passe. Mais vinrent ses dernières paroles. Elle se figea, aussi frappée que s’il l’avait giflée. Elle ouvrit des yeux horrifiés, ne parvenant pas à croire à ce qu’il venait de dire. Elle ne s’était pas attendue à ce qu’il l’aime bien, mais elle avait cru qu’au bout de six mois il se serait habitué à sa présence, ou du moins ne la détestait pas. Elle s’était apparemment trompée. Elle eut de plus en plus de mal à cacher les larmes qui lui montaient aux yeux, sous le choc et la fatigue qui la rendait nerveuse. Lorsqu’il prononça son prénom, elle eut un mouvement de recul et le choc se transforma en colère.

« Ne t’en fais pas, tu vas être débarrassé de moi ! »

Et, sans prévenir, elle tourna les talons et se mit à courir. Sans forcément s’en rendre compte, elle avait acquis une certaine vélocité. Elle se précipita vers le bois, s’y engouffra, sachant pertinemment qu’il lui serait plus difficile de la suivre, quoiqu’elle doutait qu’il en ait réellement envie. Néanmoins, elle ne s’arrêta que lorsqu’elle fut certaine que plus personne ne se trouvait derrière elle. Epuisée, les membres douloureux et encore sous le coup de la scène qui venait d’avoir lieu, elle fondit en larmes. Néanmoins, elle ne s’autorisa pas à pleurer longtemps : elle n’avait aucune envie de se transformer en pleurnicheuse, et ce n’était pas de cette manière qu’elle allait pouvoir se sortir de cette situation désastreuse.
Car la situation était désastreuse. Elle venait tout juste de quitter le seul adulte qui avait voulu la prendre avec elle, et par-dessus le marché sans provision ni équipement d’aucune sorte. Autant dire qu’elle était dans une très mauvaise situation. Mais au moins elle était partie et ne se ferait plus malmener par John. Elle aurait dû en être soulagée mais n’y parvenait pas. Elle ne ressentait qu’un grand vide, et une peur qu’elle tentait d’ignorer en songeant à ce qui l’attendait. Qu’allait-elle faire à présent ? Pas question d’y retourner en tout cas, non, certainement pas, elle préférait encore continuer seule même si cela l’exposait à un réel danger. Elle commença à marcher, sans vraiment savoir où elle allait.

C’est alors qu’elle entendit un craquement, non loin de là. Elle se retourna, vivement, mais ne vit rien derrière elle. Sa respiration devint plus rapide, plus saccadée. Etait-il possible qu’elle devienne paranoïaque ? Elle le crut, l’espace d’un instant, jusqu’au moment où elle entendit des gémissements caractéristiques. Un frisson lui parcourut l’échine, parce qu’elle ne savait que trop bien ce que c’était, et la vision qu’elle appréhendait ne tarda pas à s’avérer exacte : un être immonde dont la chair était putréfiée, ni vivant, ni vraiment mort. Sauf qu’il n’était pas seul. Elle en vit un autre, à sa droite, puis un autre, derrière elle. Elle avait trop traîné dans cet endroit. A cet instant lui vint la pensée que c’était fini pour elle, qu’elle ne s’en sortirait pas. Puis, les pensées se turent et les réflexes reprirent le dessus. Contrairement à ce qu’ils avaient pu croire, les enseignements de John n’avaient apparemment pas été vains et si sa tête était incapable de raisonner convenablement, son corps semblait réagir de lui-même, frappant, esquivant, sautant, tournant. Elle n’était plus qu’une arme vivante.
Mais contrairement à une arme, elle n’était pas inépuisable. Elle parvint à les repousser un moment, gonflée à bloc par l’adrénaline, mais sans rien d’autre pour se défendre, elle ne ferait pas long feu et elle s’en rendit rapidement compte. Elle se fatigua rapidement, trop rapidement. Chaque coup qu’elle recevait diminuait ses forces tandis qu’eux se relevaient toujours. Seul le désir de survivre la poussait à continuer, car le risque n’était pas seulement de mourir, mais de devenir l’une d’entre eux, une pensée qui était insoutenable. Mais les secondes, ou les minutes passaient et elle prenait de plus en plus de coups.
Vint celui de trop. Elle sentit une main se saisir de ses chevilles, trop tard. Réagissant trop tard, elle perdit l’équilibre et s’écroula au sol en poussant un cri. Sa tête heurta quelque chose, une pierre probablement et si elle ne perdit pas conscience, elle fut néanmoins sonnée. Elle roula sur le dos et vit au-dessus d’elle le visage répugnant de l’une de ces créatures qui se penchait sur elle. Elle n’avait même pas la force de se relever pour se défendre, ni celle de crier, au cas où quelqu’un se serait par hasard trouvé dans les parages. Alors, c’était comme ça que ça finissait ? C’était aussi simple que ça ?
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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Jeu 26 Sep - 16:39




Son visage est livide, ses yeux brillent ; plus je la regarde, plus je me brise. Plus je me dégoûte.
Je n’ai jamais eu beaucoup de considération pour mon prochain ; il faut cette froideur d’esprit quand on n’est rien de plus qu’un instrument de mort, si l’on ne veut pas devenir fou. J’ai construit des remparts autour de mon cœur, pour me protéger, pour oublier. Les choses sont tellement plus simples lorsque l’on n’a pas à se préoccuper de ses états d’âme. Seulement, jamais je n’avais considéré la possibilité de me retrouver dans une telle situation. Prendre les vies de criminels, casser la gueule de ses collègues et jouer avec les femmes, c’est une chose. Mais faire preuve d’autant de froideur et de cruauté envers une enfant, c’en est une autre. Je me revois — non — je revois Donnie, à l’âge de Téo. Il était perdu, lui aussi. Pourtant, il menait une gentille petite vie d’adolescent, ne manquait pas d’amour, ni de mains qui se sont tendues vers lui pour l’aider quand il a sombré. Et qu’a-t-il choisi ? La fuite.
Donnie a fui devant ses responsabilités, et malgré mon acharnement à devenir tout sauf ce qu’il était, c’est également ce que je suis en train de faire aujourd’hui. En la prenant sous mon aile, j’ai accepté d’être responsable de Téo, de la protéger. Et qu’ai-je réussi à accomplir finalement ? La détruire, tout simplement. La seule chose dont je sois capable.
C’est sous mes yeux horrifiés qu’elle prend soudainement la fuite, tournant les talons, traversant la clairière et détalant dans la forêt. Et pendant une fraction de seconde, je me demande si je ne devrais pas la laisser faire, la laisser s’éloigner de moi, se sauver tant qu’il est encore temps. Mais mon être ne peut s’y résoudre : déjà, ma bouche s’ouvre, appelant son prénom dans un cri, une prière, alors que mes jambes m’entraînent à sa poursuite.
Je n’ai même pas la présence d’esprit de prendre mon arme, ne songeant qu’à rattraper Téo qui file comme une flèche, légère comme le vent, entre les arbres. Sa petite carrure lui offre un avantage considérable sur moi. Elle prend de la distance, je la perds plusieurs fois de vue. Je la vois surgir d’un buisson à quelques mètres et, entièrement focalisée sur elle, je ne vois pas l’énorme racine sur mon chemin et me prends les pieds dedans, m’effondrant lamentablement sur le sol et goûtant l’âpreté de l’humus dans ma bouche. Quand je me redresse, Téo a complètement disparu. Je me relève d’un bond, l’appelant encore une fois et reprenant ma course, sans savoir où aller.
Voilà où j’en suis : en pleine forêt, désarmé, et d’autant plus vulnérable que je suis torse nu, exposant ma peau aux dents et ongles des éventuels walkers qui pourraient croiser ma route. Il est beau, le donneur de leçons. Je ne peux pas prendre le risque de faire demi-tour afin de récupérer mes affaires, car pendant ce temps, Téo s’éloignerait encore plus et mes chances de la retrouver diminueraient dramatiquement, et elles sont déjà bien trop faibles à mon goût. Car je ne pourchasse pas le premier survivant venu, une proie facile, bruyante, brouillonne : je piste ma disciple.
Chaque seconde sans trouver le moindre indice fait monter mon inquiétude d’un nouveau cran, et plus le stress m’envahit, plus il m’est éprouvant de me concentrer sur mon environnement. Je me donne une claque tout en continuant à courir ; il ne faut surtout pas que je perde mes moyens. Et soudain, je me fige, un filet de sueur glacé coulant le long de mon échine, en entendant un cri. Mon cœur manque un battement en reconnaissant sa voix.
« Téo… TÉO ! » appelle-je d’une voix étranglée.
Plus rien. Je me remets à courir, je l’espère dans la bonne direction. Les branches fouettent mon visage et mon corps, mais transporté par l’adrénaline, je n’y prends absolument pas garde. Et soudain, je les vois, ces trois corps en putréfaction qui se penchent sur la silhouette, immobile sur le sol, de Téo. Mon sang ne fait qu’un tour. Animé d’une frénésie aveugle, plus violente que jamais, je bondis au-dessus d’un buisson de ronces et me précipite vers eux, sans songer un seul instant au fait que je ne sois pas armé ; je ne réfléchis plus, uniquement transporté par la rage et l’instinct. Mon corps se penche, mes mains ramassent une pierre et, poussant un rugissement, je l’écrase dans la tête du walker penché sur Téo. La pourriture valse sur le côté dans un gargouillis agonisant. Mais je n’en ai pas fini : mon intervention a suffi pour détourner l’attention des deux autres de Téo, qu’ils reportent maintenant sur moi. Je me dresse devant Téo, dos à elle, en position de défense, serrant toujours la pierre ensanglantée entre mes paumes. Les deux walkers restant avancent vers nous épaule contre épaule, se marchant presque dessus dans leur précipitation.
Ils se jettent sur moi comme un seul mort.
Je brandis ma pierre, écartant celui qui se trouve à ma gauche d’un coup de coude et envoyant mon arme improvisée dans le front de l’autre. Il vacille, mais tient bon. Je profite de son étourdissement pour attaquer le premier, lui faisant mordre la poussière du premier coup avant de me retourner vers le second dont les doigts griffus sont à quelques centimètres de se refermer sur ma gorge. D’un coup de pied dans l’estomac, je l’envoie au tapis avant de lui bondir dessus, le maintenant au sol en lui plantant ma semelle dans le torse. Dans un ultime rugissement, je pilonne impitoyablement son crâne à coup de pierre, ne cessant que lorsque son visage en soit réduit à une charpie malodorante. Je me fige, la pierre levée au-dessus de ma tête. Enfin, mes doigts tremblant s’ouvrent, la laissant tomber à terre. Je fais aussitôt volte-face, et croise le regard de Téo. Je me précipite vers elle tombant à genoux à ses côtés et la saisis par les épaules.
« Dis-moi que tu vas bien, » prie-je dans un souffle.
De gestes fébriles, j’inspecte chaque centimètre de sa peau exposée : son visage, son cou, ses mains, remontant même ses cheveux et les manches de son haut pour m’assurer qu’elle n’a pas été griffée ou mordue. Enfin, je la lâche, fermant les yeux et poussant un long soupir.
J’inspire profondément, prenant le temps de laisser mon cœur, qui cogne à m’en assourdir dans ma cage thoracique, se calmer. Ma rage s’est envolée, laissant place au soulagement de savoir Téo hors de danger. Je rouvre les yeux, croise son regard. Et en cet instant je ne pense qu’à une chose : s’il lui était arrivé quelque chose, je serais devenu fou.
Je suis tellement obnubilé par cette pensée que je ne songe pas un instant à m’inspecter moi-même. C’est pourquoi je ne remarque pas l’égratignure d’à peine deux centimètres qui orne le haut de mon bras, laissée par l’ongle d’un walker.





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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Mar 1 Oct - 18:06



John & Téo
Elle allait mourir, et même pire : elle allait se transformer en l’une de ces choses. Elle songea alors qu’elle aurait peut-être dû écouter John et se montrer plus assidu. Allait-il la regretter ? Elle n’aurait su le dire, à supposer qu’il apprenne ce qui lui était arrivé. Personne ne se souviendrait d’elle, ne la pleurerait. Les membres de sa famille avaient tous été massacrés voilà six mois de cela et durant tout ce temps, son seul compagnon avait été l’homme d’Eglise, ou plutôt celui qui prétendait en être un. Et étant donné ce qu’il lui avait dit, avant qu’elle s’enfuit, elle doutait peu qu’il se soucie réellement de son sort une fois qu’elle aurait disparu. Elle se trompait.
Elle se sentait étourdie, absente et son regard demeurait flou, mais elle était suffisamment consciente pour comprendre que quelqu’un était arrivé. Elle n’eut pas le temps de réaliser ce qu’il se passait, et encore moins de réfléchir. Elle entendit un coup heurter la chair putréfiée du walker qui se penchait sur elle et se retrouva en partie couverte de quelques débris de pourritures. Si c’était peu ragoûtant, c’eut le mérite de lui faire reprendre un peu ses esprits. Malgré son crâne douloureux, elle parvint à se redresser légèrement, et ce qu’elle vit lui fit un instant croire qu’elle avait des hallucinations : John. Ou plutôt, son dos, devant elle. Elle n’en fut certaine que lorsqu’elle le vit tourner la tête. Elle aurait voulu se lever, combattre avec lui, l’aider, mais sa tête s’était mise à tourner au premier mouvement qu’elle avait fait et elle s’était rarement sentie aussi faible de toute son existence. Elle pouvait seulement tenter de retrouver ses esprits, de ne pas sombrer dans l’inconscience. Dans d’autres circonstances, c’aurait été l’occasion rêvée pour observer et admirer les compétences de son mentor en matière de combat, tout en espérant un jour être à sa hauteur. Mais à ce moment précis, les sentiments qui l’envahissaient étaient davantage la peur et la douleur que l’admiration.
Bientôt pourtant, le combat cessa. Elle vit John lâcher son arme et se précipiter vers elle, puis examiner toutes les parcelles de sa peau qui auraient éventuellement pu être exposées.

« Je vais bien, je vais bien... »

En réalité elle n’en savait rien, elle savait seulement qu’elle avait l’impression qu’un troupeau d’éléphants dansait une gigue dans sa tête. Elle se redressa péniblement. L’examen dut être concluant parce qu’il se recula après l’avoir lâchée. Elle le regarda, fixement. Il était venu à son secours, lui avait sauvé la vie. D’un coup, la peur qu’elle avait éprouvée, celle qu’elle ne s’était pas laissée ressentir dans le feu de l’action remonta d’un coup tandis qu’elle réalisait pleinement ce à quoi elle avait échappé. Prise d’une soudaine impulsion, elle s’avança d’un coup et se jeta dans les bras de John, l’entourant de ses bras amaigris. C’était la première fois qu’elle manifestait un tel témoignage d’affection, une affection qu’elle n’aurait pas cru ressentir avant cet instant. C’était également un besoin, celui d’une présence humaine et chaleureuse après s’être confronté à des corps en putréfaction et avoir failli finir en repas pour zombies. C’était un geste qu’elle nierait sans doute par la suite, ou mettrait sur le compte du coup qu’elle avait reçu sur la tête. Pour le moment, elle en profitait, parce que désormais, elle se sentait rassurée, rassurée par la certitude que malgré les horreurs qu’ils avaient pu prononcer peu de temps auparavant, il serait là pour elle et viendrait à son secours.
Elle se recula doucement, mettant fin à son étreinte. C’est alors que, baissant les yeux, elle aperçut une minuscule tâche rouge sur la manche de son tee shirt, une tâche qui ressemblait fortement à du sang. Soulevant le tissu, elle vit bien que cela ne venait pas d’elle. C’est alors qu’elle leva les yeux vers John et aperçut la coupure sur son bras. Elle poussa une exclamation où se mêlaient la surprise et l’horreur, pointant la marque du doigt.

« John, ton bras ! Tu saignes ! »

En apparence ce n’était rien de plus qu’une simple égratignure. Ce pouvait n’être que cela d’ailleurs, lorsqu’il l’avait poursuivie ou encore lorsqu’il s’était battue. Mais elle savait également que ce pouvait être bien plus. S’il s’était réellement fait griffer par un walker, les conséquences pourraient être épouvantables. Immédiatement elle se sentit submergée par la terreur et l’inquiétude, comprenant que si jamais il lui arrivait quelque chose, elle ne le supporterait pas. Elle avait besoin de lui et le voir devenir l’une de ces créatures auraient été pires que tout.

« Tu t’es fait ça en tombant, n’est-ce pas ? »

Elle le regardait, pleine d’espoir et pourtant effrayée, voulant sincèrement croire qu’il s’était simplement fait ça à cause d’une épine ou une branche, ou quoi que ce soit d’autre qu’il aurait pu rencontrer en traversant les bois. Tout sauf un zombie.  
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Johnathan Rayne
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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Mer 2 Oct - 15:37




Je passe une main sur mon visage en prenant une grande inspiration : on se calme maintenant. Téo va bien, je vais bien, mais nous ne sommes pas sortis d’affaire. Pas question de perdre mes moyens. Je rouvre les yeux et croise le regard de ma disciple ; mon sang se glace en y lisant sa peur. Je regarde par-dessus mon épaule, craignant l’arrivée de nouveaux walkers quand soudain, je sens une masse me foncer dessus. Je me retourne aussitôt pour voir le sommet de la tête de Téo se fourrer sous mon menton, ses cheveux blonds chatouillant mon nez alors qu’elle passe ses bras autour de mon cou.
 
What the fuck.
Et je fais quoi moi, maintenant ? Bordel, j’ai pas reçu le mode d’emploi de l’adolescente ! Au secours ! Voilà que je panique en plus ! Du calme Johnathan, focus ! Ça doit pas être bien sorcier ! Réfléchis… Ou plutôt non, réfléchis pas.
 
Fixant le vide droit devant moi, je finis par laisser, d’un geste raide et hésitant, mes bras se lever puis se lover autour des épaules de Téo. Ce contact, je l’avais oublié — non — je ne le connaissais pas ; personne ne m’a jamais enlacé, pas de la sorte, moi, Johnathan Rayne. Je déglutis ; mon cœur cogne dans ma cage thoracique, pourtant l’adrénaline est retombée. Néanmoins, je me sens vulnérable, plus vulnérable que si je me retrouvais à poil et désarmé devant une horde entière de walkers me fonçant dessus. Je ne comprends pas ce qu’il se passe. Je crois que je ne veux pas comprendre ce qu’il se passe.
Secondes, minutes ou heures, je ne sais combien de temps s’écoule pendant lequel je demeure ainsi figé en la tenant contre moi, déconnecté de la réalité ; c’est elle qui met fin à ce contact, et je reste un peu interdit encore un instant avant de la regarder, un sourcil haussé. Son attitude a de nouveau changé ; la voilà qui inspecte la manche de son t-shirt où l’on peut voir une tâche de sang frais. Le mien ne fait qu’un tour alors que je reviens brusquement à la réalité.
« Qu’est-ce que… »
Je suis pourtant certain de l’avoir bien inspectée, je ne vois pas comment j’aurais pu passer à côté de cette marque, et quand elle soulève sa manche, dévoilant sa peau intacte, je ne suis pas rassuré pour autant. Je fais déjà un geste pour vérifier une nouvelle fois quand je m’arrête alors qu’elle me pointe du doigt, une expression d’horreur sur le visage :
« John, ton bras ! Tu saignes !
— Quoi… »
Je saisis mon bras en baissant les yeux dessus et je la vois, cette petite égratignure zébrant ma peau sur à peine deux centimètres, en dessous de mon épaule.
« Tu t’es fait ça en tombant, n’est-ce pas ? » me presse Téo d’un ton presque plaidant.
Je voudrais pouvoir lui répondre que ce n’est rien, que je me suis probablement fait ça en courant dans un buisson. Mais je n’ai pas besoin d’essayer de me souvenir si oui ou non, alors que je la poursuivais à travers la forêt, j’ai senti la morsure d’une branche sur ma peau, car du bout des doigts, je retire de ma plaie un petit fragment d’un noir jaunâtre qui ne laisse aucun doute sur son identification : un morceau d’ongle.
Je plante un regard résolu dans celui de Téo, la mine grave.
« Goddammit… » soufflé-je en jetant la rognure d’un geste rageur.
Connerie. Toutes ces années à flirter avec la Faucheuse pour me faire avoir de cette façon. C’est d’abord la honte et la colère qui s’emparent de moi : poussant un rugissement, je donne un coup de pied dans une pierre, l’envoyant voler dans les airs et s’écraser sur un tronc dans un bruit mat. J’aurais bien également passé ma rage sur les cadavres de ces saloperies qui m’ont condamné si je n’avais pas de nouveau croisé le regard de Téo. Et là, c’est la peur qui m’envahit : non pas celle de mourir — celle-là, cela fait longtemps que je l’ai domptée — mais bien celle de laisser Téo seule derrière moi.
J’inspire un grand coup en serrant les poings.
Bon sang, ai-je vraiment un instant songé à accepter cette fatalité sans me battre ? Hors de question. Je ne crèverai pas si connement.
« Viens, on rentre, » déclaré-je platement en prenant la main de Téo.
Je l’entraîne résolument à ma suite, en silence. Je sais déjà ce que je dois faire, mais pour cela, il faut retrouver notre camp et nos affaires, ce qui risque de s’avérer pénible étant donné que je ne faisais absolument pas attention où j’allais en poursuivant Téo. Heureusement, mon objectif est clair et net dans mon esprit, et je peux donc me concentrer sur l’observation plutôt que de me préoccuper de la suite ; je scrute la forêt, attentif à la moindre perturbation dans l’environnement pouvant témoigner de notre passage quelques minutes plus tôt : des traces de pas dans les feuilles, un buisson écrasé, une branche brisée. Quand au bout d’un certain temps, les rayons du soleil levant percent l’épaisse canopée, j’observe les ombres et constate avec soulagement que nous sommes dans la bonne direction. Ce n’est que lorsque nous déboulons enfin sur la clairière abritant la petite cabane de chasseur dont la tôle luit de rosée que je lâche la main de Téo pour me précipiter sur mes affaires. Je m’empare aussitôt de mon flingue avant de faire le tour du campement, m’assurant que rien n’a bougé et que personne ne se terre dans les environs, prêt à nous tenir en embuscade.
Clear.
« Je vais avoir besoin de toi, » déclaré-je en revenant vers Téo.
Je lui tends mon arme.
« Surveille les environs et tiens-toi prête à intervenir si besoin est. »
Je marque une pause avant d’ajouter :
« Mais reste près de moi, d’accord ? »
Sur ce, je m’assieds sur ma souche et commence à fouiller dans mon sac. J’en tire le t-shirt le plus propre qui me reste ainsi que mon Zippo, puis récupère mon couteau toujours à sa place dans la manche de ma veste. Je déchire le t-shirt en plusieurs bandes et les dispose à côté de moi avant de saisir mon couteau et d’enclencher la lame qui jaillit du manche dans un feulement métallique. J’agite mon briquet près de mon oreille pour vérifier le niveau d’essence et fais la grimace : le réservoir n’est qu’à moitié plein, je n’ai pas le droit à l’erreur.
Je prends une profonde inspiration puis attrape un lambeau de t-shirt que je roule avant de le fourrer entre mes dents. J’actionne la molette et la mèche s’enflamme. Aussitôt, je passe mon couteau dans la flamme, referme le capuchon et sans perdre un instant, enfonce la lame dans ma chair, sous la griffure.
Mes yeux larmoient et ma mâchoire se crispe dans un gémissement rauque, en partie étouffé par le bout de tissu. Je donne un coup net vers l’avant, faisant ressortir la lame de ma peau. Je prends une seconde pour respirer un coup, m’efforçant de contrôler mes tremblements avant de reprendre : glissant la lame sous la plaie, je scie ma chair vers le haut. Mes gestes se font moins précis alors que la douleur commence à me faire tourner la tête et que des gouttes de sueur coulent, brûlantes, dans mes yeux que je sens rouler d’eux-mêmes dans leurs orbites ; je m’interromps juste le temps de me donner une claque, puis, avec un grognement où se mêlent rage et agonie, je donne un dernier coup sec, détachant la darne de chair qui glisse de mon bras pour s’écraser sur le sol. Encore une fois, je me sens partir et dois faire appel à tout ce qu’il me reste de force pour ne pas sombrer : je n’en ai pas fini. J’attrape un lambeau de tissu et essuie mon couteau dessus avant de me saisir de nouveau de mon Zippo que j’allume aussitôt. Je laisse la lame chauffer dans la flamme, concentrant cette dernière sur une seule zone afin de ne pas perdre de chaleur. La couleur de l’acier change lentement, la flamme vacille plusieurs fois, sans s’éteindre ; je prie pour avoir assez d’essence.
Quand enfin je vois l’éclat du blanc, je lâche mon Zippo sans prendre le temps de l’éteindre et applique aussitôt la lame contre ma plaie. Un grésillement sinistre retentit. Ma mâchoire se crispe à s’en décrocher, mes traits se déforment, ma vision se brouille, et dans ma gorge serrée s’étrangle un cri de douleur, pendant que l’odeur de la chair calcinée se mêle à celle capiteuse du sang.
Mon couteau glisse de mes doigts tremblants, rebondit sur la souche et atterrit dans l’herbe humide de la rosée et de mon sang. Mes mâchoires se relâchent, laissant échapper le bout de tissu imbibé de salive alors que ma tête roule sur mon épaule. La respiration courte et sifflante, je rouvre les yeux et les pose sur Téo. Mes lèvres tentent de sourire, s’étirant dans un rictus douloureux.
« Même pas mal. »
Mes muscles lâchent et mon corps valse, s’effondrant sur le sol. Gardant résolument les paupières ouvertes, je me concentre sur Téo.
« T’inquiète pas, baby girl, » laissé-je échapper dans un souffle.
Inspirant et expirant lentement par la bouche, je savoure la fraîcheur de l’herbe sur mon corps et mon visage. Non, je ne flancherai pas. Je dois terminer mon ouvrage, bander ma plaie, et surtout rester alerte pour veiller sur Téo. Il me faut juste quelques secondes, quelques minutes pour récupérer.





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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Ven 11 Oct - 14:10



John & Téo
Ca lui était venu comme ça, sans même qu’elle ne parvienne à le prévoir. L’envie de chaleur, de contact humain, et peut-être la manifestation de sentiments qui s’étaient développés à l’égard de John sans qu’elle ne s’en rende compte, trop occupée à lui reprocher sa dureté. Elle avait eu le sentiment de passer ces derniers mois à devoir jouer les adultes. On avait exigé d’elle qu’elle grandisse brutalement, sans même lui demander son avis. Les circonstances l’exigeaient, c’était comme ça, elle n’y pouvait rien. En un instant, elle s’était sentie redevenir l’adolescente qu’elle était, celle qui avait besoin de sécurité avant tout. Elle l’avait étreint par besoin et fut agréablement surprise lorsqu’elle sentit ses bras se resserrer autour de ses épaules.

Mais la chaleur était vite retombée, laissant place à un froid glacial lorsqu’elle se rendit compte de la tâche qu’il se trouvait sur la manche de son tee shirt. La peur d’avoir été griffée ou mordue se transforma en peur que ç’ait été le cas de John. Elle regardait avec frayeur l’égratignure à son bras, si petite en apparence, et qui pourtant pouvait signifier son arrêt de mort. Elle espéra, oui elle espéra qu’il s’était fait ça en tombant, entendre que ce n’était pas grave et qu’il s’en remettrait très bien. Jusqu’à ce qu’il en extraie ce qui ressemblait fort à un bout d’ongle, et qui appartenait définitivement à un walker à en juger l’aspect. Elle écarquilla les yeux, horrifiée, sentant les larmes lui monter aux yeux au fur et à mesure qu’elle comprenait ce que cela signifiait.

« C’est pas possible... Qu’est-ce qu’on va faire ? Qu’est-ce qu’on va faire ? »

Elle sentait peu à peu la panique monter, encore plus que lorsqu’elle s’était trouvée face à trois morts-vivants. Elle sentit tout à coup à quel point il serait terrible de le perdre, et pas seulement parce qu’elle se retrouverait soudainement seule. Il allait devenir l’une de ces choses, ni vivant ni mort et dépourvu d’humanité. Cette simple pensée était tout bonnement insupportable.
Alors qu’elle s’attendait à le voir réagir, il se leva simplement, lui signalant qu’ils rentraient au campement s’attendant visiblement à ce qu’elle se retienne de protester. Il lui attrapa la main et elle ne put que se laisser entrainer, incertaine quant à l’avenir, désespérée face à ce qu’il s’était passé. Allaient-ils s’en sortir cette fois-ci ? Elle ne pouvait qu’en douter après ce qu’il venait de se passer.
Mais que pouvait-elle faire, à part le suivre à travers la forêt. Elle espérait qu’il connaissait le chemin, car elle ne parvenait pas à se concentrer sur la direction qu’ils étaient en train de prendre.

Enfin, elle finit par reconnaître l’endroit où ils avaient passé la nuit, puis où ils avaient eu cette altercation qui l’avaient amenée à fuir. C’est alors que la réalité lui sauta aux yeux : c’était de sa faute, elle était responsable de cette situation. Elle avait poussé John à lui courir après et voilà le résultat ! Ce n’est que lorsqu’ils arrivèrent qu’elle comprit qu’il avait quelque chose en tête. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, elle se retrouva un revolver à la main avec pour mission de monter la garde.

« D’accord mais... qu’est-ce que tu comptes faire ? »

L’inquiétude transparaissait dans sa voix. Elle aurait été bien incapable de lire dans ses pensées ou même de deviner ses intentions à ce moment là, mais elle avait un mauvais pressentiment. Face à la situation, elle s’exécuta néanmoins, observant les environs, tout en ne pouvant s’empêcher de tourner la tête pour regarder ce qu’il faisait.
Au début, elle ne comprit pas, le voyant sortir son briquet et son couteau de son sac. Ce n’est que lorsqu’il déchira son tee shirt que ses intentions devinrent claires. Elle écarquilla les yeux, horrifiée.

« John... »

Mais que pouvait-elle faire ? Au fond elle savait qu’il n’avait pas vraiment d’autre choix. Et elle était là, à se tenir debout l’arme à la main, totalement impuissante. Elle le regarda passer la larme du couteau sur la flamme, comme hypnotisée, oubliant presque sa mission. Elle ne put s’empêcher de pousser une exclamation lorsqu’elle vit la lame entrer dans sa chair.
Ses doigts se crispèrent autour de l’arme qu’elle tenait entre les mains. Elle sentit son souffle s’accélérer, ne pouvant qu’imaginer la douleur qu’il devait ressentir. Elle savait pourtant que si elle intervenait, elle pourrait tout faire échouer et elle ne le voulait pas. Elle voulait qu’il reste en vie, par-dessus tout. Elle sentit pourtant qu’il n’allait peut-être pas pouvoir aller jusqu’au bout. C’était un homme aux capacités physiques étonnantes, mais un homme avant tout. Ce qu’il était en train de faire le faisait souffrir, et pouvait très bien finir par le tuer. Elle serrait les dents, ayant cette fois perdu tout intérêt pour la surveillance.

Elle se crispait de plus en plus. Enfin, il lâcha le couteau et elle frémit en le voyant attraper son Zippo de nouveau, pressentant ce qui allait se produire. Lorsqu’elle vit la lame chauffée à blanc appliquée contre la plaie, elle laissa tomber le revolver qu’elle tenait à la main et se précipita vers lui au moment où il s’effondrait.

« Tu es complètement idiot ! Tu vas avoir une infection et ça va te tuer ! »
Sous le coup de la pression, de tout ce qu’il s’était passé en si peu de temps, elle laissa les larmes s’échapper de ses yeux.
« Je suis désolée... Tout ça c’est de ma faute, je n’aurais jamais dû m’enfuir... »

Elle s’agenouilla près de lui. Il semblait lutter pour garder les yeux ouverts, mais elle sentait bien qu’il s’était trop affaibli pour continuer. Elle ravala ses larmes et essuya ses joues d’un geste rapide. Ce n’était certainement pas le moment de jouer les pleurnicheuses. Elle devait à tout prix se reprendre.

« Dis-moi... dis-moi ce que je dois faire. »

Elle s’efforça de prendre un ton résolu alors même qu’elle n’était pas certaine de se sentir capable de prendre le relais. Mais il le fallait. Pour le moment il avait besoin de rester allonger. Elle se leva rapidement, songeant qu’il avait du perdre beaucoup de sang, et attrapa une gourde qu’elle ouvrit, puis retourna à sa première place. Elle s’agenouilla derrière lui et souleva sa tête comme elle le put et approcha le goulot de sa bouche.

« Bois, ça va te faire du bien. Ensuite, dis-moi ce qu’il faut que je fasse. »

Elle n’était pas experte en la matière et préférait être sûre des gestes à suivre. Elle n’avait plus qu’à espérer qu’il ne perde pas connaissance, parce que dans ce cas elle risquerait de réellement se laisser aller à la panique.
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Johnathan Rayne
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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Mer 16 Oct - 15:50




Mes oreilles bourdonnent ; j’entends la voix de Téo qui me sermonne comme un écho lointain. J’essaye de secouer la tête, veux la rassurer, lui dire que la cautérisation suffira, que je suis hors de danger, mais sous la douleur, les mots s’étranglent dans ma gorge. Ma vision se brouille, pourtant je vois l’éclat des larmes qui coulent sur ses joues ; mes doigts se crispent sur l’herbe, et quand ses mots de regret me parviennent, étouffés comme à travers un mur, un battement de cœur plus soutenu me pousse à tenter de me redresser. Mais c’est sans force que ma paume s’appuie sur le sol, et j’ai à peine bougé d’un millimètre que mes muscles cèdent à nouveau. Dans une grimace, mes paupières s’écrasent l’une contre l’autre ; je voudrais lui dire que non, ce n’est pas de sa faute mais de la mienne, moi et ma colère, moi et les horreurs que je lui ai crachées, moi et mes peurs. Mais c’est maintenant où mes mots pourraient être secourables et non inutilement dévastateurs que je ne parviens à les articuler ; je ne peux que secouer mollement la tête de droite à gauche.
Quand elle s’agenouille près de moi, je sens une goutte tomber sur mon visage, puis une autre. Je relève les yeux pour la voir essuyer les siens, pourtant l’eau continue de tomber sur ma peau. Un flash illumine la clairière, suivi par un roulement de tonnerre, sourd dans le lointain. Je soupire en roulant sur le dos, m’offrant à la fraîcheur apaisante de la fine pluie. La voix de Téo me parvient plus claire :
« Dis-moi... dis-moi ce que je dois faire. »
Ma main cherche la sienne ; trop faible pour la serrer, je ne fais qu’effleurer ses doigts.
« T’inquiète pas, » répète-je dans un souffle.
Il n’y a rien à faire qu’attendre, attendre que ça passe, attendre et veiller. Je sais qu’elle en est capable, mais je vois que mon état la distrait. Encore une fois je voudrais lui dire de ne pas se soucier de moi, de se contenter de rester attentive, de se protéger puisque je n’en suis pas capable. Mais quand elle se lève, l’inquiétude et l’abandon me submergent irrationnellement l’espace des simples secondes durant lesquelles elle s’éloigne. Je ne suis apaisé que lorsqu’elle revient près de moi ; ignorant les nécessités de sécurité, c’est docilement que je la laisse me soulever la tête, l’aidant comme je peux malgré mes maigres forces. Je laisse retomber ma nuque sur ses genoux alors qu’elle me tend une gourde dont elle approche le goulot de mes lèvres :
« Bois, ça va te faire du bien. Ensuite, dis-moi ce qu’il faut que je fasse. »
Je reçois le liquide comme je le peux entre mes lèvres tremblantes qui en laissent échapper des filets courant sur mes mâchoires et mon cou. Encore un éclair. Le tonnerre se fait désirer, timide. La pluie s’épaissit, s’alourdit, fauchant les feuilles des arbres dans un tintinnabulement de plus en plus soutenu. La fraîcheur et la pureté de l’eau me montent au cerveau, clarifiant mes pensées et apaisant si peu soit-il ma douleur. Je détourne la tête pour pouvoir respirer et lève les yeux vers Téo :
« Reste. »
C’est tout ce qu’elle a à faire. Rester près de moi maintenant, maintenant et demain, demain et toujours.
Je ferme les yeux, inspirant et expirant profondément, calmement, savourant la caresse de la pluie qui nettoie le sang sur ma peau. Mais je refuse toujours de me laisser sombrer, et pour ne pas inquiéter Téo et m’accrocher à l’état conscient, je cherche à parler ; c’est presque inconsciemment que cette litanie m’échappe :
« Itchen Bridge is falling down, falling down, falling down… »
L’effet est presque instantané : ma douleur s’estompe légèrement et mon corps se réveille.
« Itchen Bridge is falling down, falling down, falling down. Itchen Bridge is falling down, my sweet… »
Je m’interromps et rouvre soudain les yeux, mes traits se contractant et mes muscles se raidissant. M’appuyant sur mes avant-bras, je me redresse avec une grimace. Je secoue la tête pour dissiper les mille chandelles qui dansent devant moi puis tends le bras vers la souche pour attraper un bout de tissu et nettoyer sur mon bras les restes de sang dilués par la pluie. Je pousse un feulement en sentant la morsure du frottement contre ma plaie mais ne flanche pas.
« Merde… » grogné-je en constatant que les restes de lambeaux ont été trempés par la pluie.
Je tourne la tête vers Téo et vois ses cheveux humides coller à son front ainsi que la couleur de ses vêtements qui commence à foncer. Aussitôt, je rassemble mes forces renaissantes pour me hisser sur mes pieds.
« Faut pas rester là, tu vas attraper la mort. »
Abandonnant les morceaux déchirés de mon t-shirt qui ne me serviront à rien pour l’instant, je récupère ma sacoche avant de me traîner jusqu’à la cabane, oubliant mon couteau et mon Zippo dans l’herbe. J’attends que Téo me rejoigne et jette un dernier coup d’œil aux environs avant de refermer la porte et de me laisser tomber sur le sol, m’adossant au mur. La pluie tombe maintenant drue, assourdissante sur la tôle du toit, s’infiltrant ça et là parmi les interstices que le temps est venu ronger. Pourtant non frileux de nature, je frissonne. Je tire ma chemise noire de ma sacoche, puis la passe, non sans difficulté, mes traits se contractant sous la douleur que provoquent les mouvements de mon bras gauche. Une fois boutonnée, je ne prends pas la peine de la compléter de mon col romain ; en revanche, j’en relève la manche afin de laisser ma blessure respirer. Je n’ai plus de quoi la bander puisque ce que j’avais prévu pour a été ruiné par la pluie, et je me refuse de sacrifier ma dernière chemise propre.
« Faudra penser à faire des lessives un de ces quatre. »
Je fouille dans ma sacoche à la recherche de la trousse où je stocke les divers médicaments sur lesquels j’ai pu mettre la main lors de nos expéditions.
« Merde, où est le désinfectant ? »
J’étais pourtant certain qu’il m’en restait un fond de bouteille, et étant donné que je ne peux ni sécher ni protéger ma plaie, mieux vaudrait que je puisse au moins la désinfecter. Je relève le nez vers Téo :
« C’est pas toi qui l’as ? »





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Dernière édition par Johnathan Rayne le Mer 23 Oct - 11:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Mer 23 Oct - 11:38



John & Téo
Elle ne se préoccupait de rien. Ni des dangers qui pouvaient rôder autour d’eux, ni du temps qui changeait. Elle ne s’aperçut même pas qu’il commençait à pleuvoir, et ce même lorsque des gouttes d’eau vinrent s’écraser sur sa peau. Il n’y avait plus que John, John qui était blessé. Après avoir craint de le voir se métamorphoser en zombie, elle était à présent terrorisée à l’idée qu’il meure. Le voir se mutiler de la sorte avait été épouvantable. Elle réalisa que tout pouvait arriver : il n’y avait plus rien, aucun moyen d’appeler une ambulance, de contacter un médecin ou d’aller à l’hôpital. S’il attrapait une infection, elle serait impuissante et c’était sans aucun doute ce qu’elle craignait le plus. Le regarder mourir sans pouvoir rien y faire. Elle se détestait d’avoir aussi peu de connaissances médicales, et tout ce qu’elle parvenait à faire, c’était à s’accabler en craignant le pire. Elle voulait pouvoir faire quelque chose, elle voulait l’aider, plus que n’importe quoi d’autre.
Il lui souffla de ne pas s’inquiéter. En d’autres circonstances, elle lui aurait volontiers envoyé une réplique bien sentie, mais elle était beaucoup trop inquiète pour parvenir à exercer son sens de la répartie. Il paraissait réellement mal en point, malgré ce qu’il affirmait et plus que jamais, elle avait peur pour lui. Elle sentit soudainement ses doigts effleurer les siens et attrapa sa main qu’elle tint serrée dans la sienne.

« Bien sûr que je m’inquiète, tu te rends compte de ce que tu as fait ? »

Le nécessaire pour sauver sa propre vie, voilà ce qu’il avait fait. Elle avait beau le savoir, elle était trop fébrile et trop angoissée pour pouvoir l’admettre pleinement, admettre qu’il n’y avait pas eu d’autre solution. Néanmoins, elle supportait très mal de ne pouvoir rien faire face à la douleur qu’il éprouvait visiblement. Jamais elle ne l’avait vu ainsi, aussi affaibli. Jusqu’à présent, il avait toujours été un pilier pour elle, l’homme sur lequel elle pouvait compter pour la protéger. Cette fois-ci, c’était à elle de prendre soin de lui et elle n’aurait pas imaginé qu’elle s’attacherait tant à remplir ce rôle avant ce jour, faisant tout son possible pour subvenir à ses besoins et faire en sorte qu’il se sente au mieux, malgré la souffrance qu’il devait ressentir, une souffrance qu’elle n’avait malheureusement aucun moyen d’apaiser. Elle aurait souhaité pouvoir faire plus que lui assurer sa simple présence, mais comme c’était la seule chose qu’il demandait, elle pouvait au moins faire ça, rester là, à ses côtés, sa main dans la sienne. Son but était qu’il reste réveillé, jusqu’à ce qu’il aille mieux. Elle restait à ses côtés, comme si le reste du monde avait disparu.
Allait-il mieux ? Elle n’aurait pas su le dire, mais il sembla de nouveau reprendre ses esprits et se soucier des soins à apporter à sa blessure. Ce ne fut qu’en constatant avec lui que son tee shirt était mouillé qu’elle réalisa qu’il pleuvait.

« Je peux te prêter un des miens si tu veux. »

Elle n’avait évidemment pas beaucoup de vêtements de rechange, mais son confort lui semblait de peu d’importance en comparaison. Elle ne s’était pas aperçue qu’elle était littéralement trempée et commençait à avoir froid, jusqu’à ce qu’il le lui fasse remarquer.

« Tu es sûr que tu peux te lever ? Tu devrais peut-être rester allongé encore un peu... »

Mais elle se doutait bien que ce serait inutile. Elle commençait à le connaître depuis le temps et savait qu’il refuserait de trainer plus longtemps ici, de se laisser une fois de plus à se montrer affaibli. Elle soupira, n’ayant plus qu’à se taire et le suivre. C’est en passant qu’elle remarqua son couteau et son Zippo abandonnés sur le sol. Elle se baissa pour les ramasser, avant de le rejoindre. La pluie était de plus en plus forte et le sol devenait boueux. Leurs affaires étaient probablement déjà trempées et ce serait la croix et la bannière pour tout faire sécher, sans parler de s’abriter en attendant que la pluie cesse. Il avait apparemment déjà résolu la question puisqu’il l’entraîna jusqu’à la cabane, puis referma la porte derrière eux. Ils étaient toujours trempés mais au moins ils étaient au sec.
Lorsqu’il fit remarquer que le désinfectant avait disparu, elle se sentit envahie d’un regain de panique.

« Je... je sais pas... »

Déposant le couteau et le Zippo à ses pieds, elle attrapa son sac et fouilla à l’intérieur avec frénésie. Ne le trouvant toujours pas, elle finit par retourner le sac et en répandre le contenu sur le sol, à présent que ses affaires ne risquaient plus d’être endommagées par la pluie. Elle finit par apercevoir la bouteille et la tendit à John, rassurée. Qu’il puisse désinfecter sa plaie était déjà une bonne chose, elle n’avait aucune envie de devoir lui couper le bras, ou de le voir souffrir d’une septicémie. Elle entreprit ensuite de ranger ses affaires comme elle le pouvait, malgré la pluie qui avait commencé à tout tremper à travers le tissu de son sac.
Ce n’est qu’ensuite qu’elle se rappela du couteau et du Zippo de John. Elle les prit et se leva, puis les lui tendit, sachant qu’il y tenait.

« Tiens, tu avais oublié ça. » Elle leva les yeux vers le ciel, constatant que le temps était de pire en pire. « Et maintenant, où est-ce qu’on v... »

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase, coupée dans son élan par un éternuement. A défaut de s’être fait tuer par les trois zombies qui l’avaient attaquée, voilà qu’elle allait attraper un rhume ! Sans compter qu’elle n’était pas certaine qu’il lui reste des vêtements secs... 
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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Lun 11 Nov - 18:50




J’étais pourtant persuadé qu’il nous restait un fond de bouteille de désinfectant, et le regard de panique que me lance Téo lorsque je lui demande s’il est en sa possession n’arrange en rien mes inquiétudes. Alors qu’elle déverse le contenu de son sac sur le sol, je me vois déjà arpentant chaque centimètre carré de la forêt, le nez rivé sur le sol dans l’espoir fou de trouver une plante aux vertus désinfectantes.
« T’inquiète pas, répète-je pourtant. C’est pas bien grave. La cautérisation devrait suffire. »
Je n’ai pas sitôt dit ces mots que Téo brandit victorieusement la bouteille du fouillis de ses affaires. Un soupir de soulagement m’échappe alors que ma main se referme dessus. J’humecte le bout de mes doigts avec le produit pour l’appliquer sur ma plaie, serrant les dents et réprimant un feulement de douleur. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus hygiénique, mais sans compresses, c’est le mieux que je puisse faire.
Je referme la bouteille et la range au fond de mon sac avant de me laisser aller contre le mur, y appuyant ma tête et fermant les yeux en poussant un petit soupir. La douleur est toujours présente, me rappelant que malgré mes efforts je ne suis pas encore certain d’être tiré d’affaire. Mais, même si ma plaie finit par s’infecter et que je dois en crever, je ne serais au moins pas resté les bras croisés en attendant que mon ultime maîtresse ne vienne me prendre. Croyez-moi que celle-ci se sera bien battue jusqu’au jour où elle pourra enfin me baiser.  
Je rouvre les yeux en entendant Téo se lever ; elle se plante devant moi, me tend quelque chose :
« Tiens, tu avais oublié ça. »
L’espace de quelques secondes, je regarde alternativement son visage, mon couteau et mon Zippo qu’elle tient dans sa main. Puis, je tends la mienne, saisis mon couteau, le range, puis m’apprête à récupérer mon Zippo lorsque ma main se fige au-dessus de la paume de Téo. Je lève les yeux vers elle, puis referme ses doigts sur le briquet.
« Garde-le. »
Je détourne aussitôt le regard. Je sais pas pourquoi j’ai fait cela, je ne comprends pas la logique de mon geste et encore moins sa finalité, mais cela m’est pourtant apparu comme une évidence.
« Et maintenant, où est-ce qu’on v... »
Téo s’interrompt dans un éternuement et je me redresse aussitôt, la scrutant.
« Goddammit, marmonné-je en bondissant sur mes pieds. Je t’avais dit que tu prendrais froid ! »
Et à qui la faute, songé-je aussitôt en me mordant l’intérieur de la lèvre. Si je n’avais pas traîné aussi longtemps sous la pluie, ou si je lui avais dit plus tôt d’aller se mettre à l’abri, nous n’en serions peut-être pas ici. Avant, un simple rhume n’aurait pas eu à inquiéter. Mais aujourd’hui, sans confort ni soins même basiques, un bête refroidissement peut vite se transformer en menace, et ce n’est pas cette cabane glaciale et humide qui risque de la protéger. Je sors ma veste de mon sac et la tends à Téo d’un geste impératif avant de me détourner, me dirigeant vers la table de bois poussiéreuse et vermoulue qui trône à côté de la porte. Me servant uniquement de mon bras valide, j’en débarrasse les divers débris qui la parsèment avant de l’attraper par un pied pour la tirer vers l’endroit le plus sec de la pièce, le centre. Je parcours la cabane des yeux, avise ce qui semble être une bâche ; je la saisis et, d’une main, la déplie tant bien que mal en pestant dans ma barbe avant d’entreprendre de l’étendre sur la table.
« Ça va, je peux me démerder tout seul ! » grondé-je quand Téo fait mine de m’aider.
Je finis par utiliser mes deux bras, m’efforçant d’oublier la souffrance qui me lancine à chaque mouvement. Et même si je dois avoir l’air particulièrement con à m’agiter ainsi avec ma bâche entre deux grognements de douleur, je n’en démords pas. Je peux le faire, je peux m’en occuper tout seul. Je ne suis pas à l’article de la mort, putain. Je veux me prouver que je peux encore être opérationnel, et que si quelque chose arrive, quoique ce soit, Téo pourra compter sur moi ; mais pourquoi y tiens-je tant, ça, je n’en sais rien. Et encore une fois, je crois que je ne veux pas le savoir.
Enfin, je parviens à installer la bâche, dont les bords retombent sur les côtés jusqu’aux trois quarts des pieds de la table. J’observe mon œuvre quelques instants puis me tourne vers Téo et désigne le dessous de l’index :
« Bon alors, qu’est-ce que t’attends ? Va te mettre à l’abri des courants d’air ! Tu croyais que je faisais du pop art ou quoi ? »
J’insiste jusqu’à ce qu’elle s’exécute et la rejoins ensuite sous la table, m’asseyant en tailleur à quelques centimètres d’elle.
Voilà. Plus qu’à attendre que ça passe.
D’ordinaire, j’aurais profité de l’occasion pour faire une petite interro surprise à Téo sur la théorie du combat, de la traque, de la survie en général ou encore des caractéristiques des armes. Mais aujourd’hui, un silence pesant s’installe, rythmé par les tintinnabulements métalliques de la lourde pluie qui s’abat sur le toit de tôle. L’air agacé, je commence à tirer sur les pans de la bâche pour essayer de gagner un peu plus de protection, sans grand succès.
« On aura pas mieux, » maugrée-je avec un soupir.
Je regarde Téo en coin : elle est recroquevillée sur elle-même sous ma veste ; ses lèvres sont bleutées, son nez rougi, les mèches de ses cheveux encore humides qui retombent sur son visage tremblant par intermittence. Je jette des coups d’œil rapide autour de moi, comme si je m’attendais à soudainement voir surgir quelqu’un de derrière la bâche pour me dire quoi faire. Enfin, je prends une inspiration courte et sèche, puis me traîne sur le sol pour venir m’asseoir près de Téo et, tout en gardant le regard résolument fixé sur le vide droit devant moi, passe un bras autour de ses épaules et l’attire contre moi.





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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Mer 27 Nov - 16:56



John & Téo
Tout en fouillant, elle ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel, agacée, comme elle savait si bien le faire en tant qu’adolescente lunatique. La prenait-il pour une idiote ? Evidemment que la cautérisation ne suffisait pas, et si John mourait d’une infection, le résultat serait exactement le même. Fort heureusement, elle ne tarda pas à trouver la bouteille et à la lui tendre. C’était déjà une bonne chose de faite. Elle en avait presque oublié à quel point elle était frigorifiée par l’humidité. Avant, il lui aurait suffi de se changer, puis de se coller au radiateur emmitouflée dans un pull. Mais là, tout était différent, et avoir un vêtement sec était un luxe auquel elle n’avait pas droit à ce moment là.
Elle lui tendit ensuite les objets qu’il avait perdus dans la précipitation. Il récupéra d’abord le couteau, puis laissa le Zippo dans sa main, refermant celle-ci, lui signifiant qu’elle pouvait le garder. Elle ne sut pas vraiment quoi dire sur le coup, on ne pouvait pas dire que jusque là il ait été du genre à lui faire des cadeaux.
« Je... » Elle allait dire qu’elle ne pouvait pas le garder, mais il avait déjà tourné la tête. « Merci... » murmura-t-elle, mais elle ne fut pas certaine qu’il l’ait entendu.

D’un coup, les effets du froid apparurent, et elle se mit à éternuer. Elle sentit sa gorge la piquer. Il ne manquait plus que ça, qu’elle tombe malade ! En même temps, comment aurait-il pu en être autrement avec une pluie pareille et des vêtements mouillés qui lui collaient à la peau ? A l’exclamation de John, elle répliqua avec une mauvaise humeur visible.
« Oh je ne l’ai pas fait exprès ! Ce n’est rien de toute façon... »

Un simple rhume. Sauf que ce qu’elle aurait pu guérir avec quelques médicaments risquait de se transformer en quelque chose de beaucoup moins sympathique. Mais bornée comme elle l’était, elle n’avait pas franchement envie d’admettre que ça pouvait devenir grave. Elle rangea le Zippo avec soin dans sa poche, inconsciente des états d’âme de John et du fait qu’il se sente réellement coupable de la situation. Lorsqu’il lui tendit sa veste, elle l’attrapa avec une mine boudeuse, plus pour la forme car elle devait bien admettre qu’elle avait terriblement froid et que l’idée d’avoir quelque chose de sec sur elle lui faisait particulièrement envie. Elle l’enfila et se sentit déjà un peu mieux, malgré ses vêtements toujours trempés contre sa peau. Il sembla ensuite mettre en place toute une installation, ce qui allait prendre du temps étant donné son bras. Elle s’avança pour lui venir en aide, et se fit bel et bien rabrouer. Elle fronça les sourcils.
« Comme tu veux, juste pour savoir, tu crois que tu auras fini avant l’année prochaine ? » lança-t-elle d’un ton acide.

Puisqu’il ne voulait pas de son aide, tant pis, elle ne la lui donnerait pas ! Elle alla s’asseoir dans un coin, croisa les bras et le contempla de l’air moqueur qu’elle maîtrisait à merveille. Il finit par installer elle ne savait quoi et l’invita à s’abriter, ou plutôt le lui ordonna de manière plutôt abrupte. Elle s’exécuta avec une mauvaise grâce volontaire.
« Faut croire que je me suis endormie entre temps... » marmonna-t-elle.

Elle s’exécuta néanmoins et alla s’abriter avec lui. Il les entoura tous deux de la bâche qu’il avait trouvée dans un coin. « Ca ira très bien... » Malheureusement, elle sut très rapidement que ce ne serait pas le cas. Elle mourrait littéralement de froid, tremblait comme une feuille et elle avait beau faire de son mieux pour se réchauffer, se recroqueviller, elle n’arrivait pas à retrouver un peu de chaleur. C’est avec surprise qu’elle réalisa que John était tout près d’elle et pourtant, lorsqu’il passa son bras autour de ses épaules, l’adolescente se laissa aller contre lui.
Il était toujours le même vieux grincheux, mais quelque chose avait changé, pour lui comme pour elle, elle le sentait. Désormais, malgré les différends qu’ils avaient pu avoir, il était tout ce qu’il lui restait. Sa famille avait été massacrée et elle était soulagée d’avoir quelqu’un sur qui compter, malgré la peur persistante qu’il l’abandonne un jour, qu’elle se retrouve seule. Mais n’avait-il pas prouvé qu’il était prêt à tout pour que ça n’arrive pas ? Elle voulait le croire du moins, croire que désormais, quoi qu’il arrive, elle ne serait plus seule. Une certitude bien branlante dans les circonstances où ils se trouvaient. Calée ainsi contre lui, la chaleur revint de nouveau et il lui sembla que la température de son corps remontait peu à peu. Il n’y avait plus qu’à attendre que cette pluie cesse, et espérer que l’endroit ne grouillerait pas de zombies quand ils voudraient en ressortir. Elle leva les yeux vers John. Elle se sentait plus fatiguée que jamais, par le froid, mais aussi par les péripéties de la matinée.
« Tu as une famille, toi ? »

La question était sortie toute seule et elle ne savait pas vraiment pourquoi elle la lui avait posée. A vrai dire, si elle y réfléchissait bien, elle ne savait rien de vraiment personnel à son sujet. Elle ignorait pourquoi son intérêt se ravivait soudainement, maintenant. Immédiatement après avoir posé la question, elle le regretta, tout simplement parce qu’elle se doutait qu’elle n’obtiendrait sans doute pour toute réponse qu’une autre remarque destinée à la faire taire. Tant pis, elle encaisserait ou protesterait, comme d’habitude. Du moment qu’il ne la lâchait pas. Parce que, mine de rien, c’était un contact auquel elle commençait à s’habituer.  
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Johnathan Rayne
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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Dim 1 Déc - 23:54




Je suis tendu, et pas seulement de par la position de mon bras qui, passé autour des épaules de Téo, tire sur ma blessure. La douleur est encore vive, bien que ce ne soit rien comparé à l’agonie que j’ai pu ressentir plus tôt ; l’avantage est qu’elle me coupe un peu du froid et même mieux, me distrait, car cette proximité physique avec Téo est loin de me mettre à l’aise. Ce n’est certes pas la première fois que je propose à une femme de la ‘réchauffer’ mais d’ordinaire, j’ai toujours une idée très primaire derrière la tête ; ce geste désintéressé m’est aussi inhabituel qu’incongru et maintenant que j’en suis là, je ne sais plus quoi faire. En plus Téo continue à trembler comme une feuille, à me demander si ça sert à grand-chose. D’un geste un peu raide, et continuant à regarder droit devant moi, je frotte rapidement le haut de son bras pour tenter de lui procurer un peu plus de chaleur. Finalement, ses tremblements commencent à légèrement se calmer ; d’ailleurs, à l’extérieur, l’averse elle aussi semble diminuer d’intensité : le martèlement de la pluie sur la tôle du toit s’est adoucit, se faisant tintement léger ; en revanche, le vent souffle s’engouffrant et se retrouvant pris au piège dans la clairière souffle toujours aussi ardu entre les vieilles planches de la cabane, s’insinuant sournoisement jusque sous notre abri de fortune et promettant de ne pas nous laisser de répit tant que l’orage ne se sera pas bel et bien dissipé.
Bercé par ce semi-silence, je suis surpris par la voix de Téo et tourne vivement la tête vers elle, la considérant presque perplexe. Je fronce les sourcils, hésitant sur ma réponse, un oui me démangeant la langue. L’espace d’une fraction de seconde, des visages s’imposent à mon esprit ; je sens mes entrailles se nouer et secoue la tête.  
« Non, » réponds-je alors platement en détournant les yeux.
Pas d’explications, pas de roman sur le pourquoi du comment. Je n’ai plus de famille ; non, je n’en ai pas, Johnathan Rayne n’en a jamais eu, point à la ligne.
« Et toi ? »
Aussitôt les mots ayant franchi mes lèvres, ces dernières se pincent et dans un réflexe, je retire mon bras des épaules de Téo : quel con. La question de Téo appelant tout naturellement son écho de ma part, je n’ai pas réfléchi. Pourtant la réponse, je la connais, ayant été témoin au premier rang du massacre dans lequel s’est terminé le mariage où tout le bordel dans lequel nous nous trouvons a commencé.
Je jette un coup d’œil en coin à Téo, mais sans m’attarder, craignant de voir sa réaction à ma maladresse. Voilà autre chose d’ailleurs : depuis quand suis-je gêné d’avoir mis les pieds dans le plat ? Comme si j’en avais quelque chose à foutre, de ce que peuvent ressentir les autres. Pourtant l’idée que mes paroles aient pu — encore — blesser Téo me mortifie. C’est pourquoi j’essaye de rattraper le coup :
« Enfin, je veux dire… »
D’un geste hésitant et même, à ma grande honte, un peu pataud, je repasse mon bras autour de ses épaules, étouffant un feulement de douleur.
« Si jamais tu veux en parler… » marmonné-je dans ma barbe en cachant mon embarras.
Une partie de moi regrette cette proposition : je crains qu’elle ne se lance dans une grande tirade émotionnelle et dans ce cas, je n’ose imaginer la merde dans laquelle je me trouverais si elle a besoin de se faire consoler. Si elle vide son sac, me connaissant, je crains de me braquer derrière mon masque de l’insensibilité et de ne pas trouver les mots pour la réconforter. Je suis un baratineur de première lorsqu’il s’agit d’arriver à mes fins mais cette situation n’a rien à voir avec ce que j’ai pu connaître jusqu’ici. Je suis face à l’inconnu total et comme tout être humain confronté à ce qui lui est étranger, et aussi exécrable soit-il de le reconnaître, je flippe.
« Ou pas, ajouté-je encore une fois sans réfléchir. C’est comme tu veux. »
Et voilà, maintenant elle va croire que je m’en branle de ce qu’elle pourrait avoir à dire...
Minutes, c’est quoi mon problème ? Je viens de me chier une pendule à treize coups rien qu’à l’idée qu’elle ouvre son clapet, et maintenant je me mets la rate au court bouillon en m’imaginant qu’elle ne le fasse finalement pas. Bonjour, Johnathan Rayne, trente-six ans, ancien agent du MI-6, en train de se foutre dans tous ses états à cause d’une gamine.





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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Jeu 19 Déc - 10:48



John & Téo
Ils se trouvaient dans une position inédite. Elle vivait avec lui depuis plusieurs mois, et pourtant c’était bien la première fois qu’ils se rapprochaient de la sorte. La pluie tombait à l’extérieur, les empêchant de sortir au risque que leur santé, et donc leur vie n’en subisse les conséquences. Se trouver tout contre lui était gênant, étrange, mais aussi quelque part, rassurant. Depuis qu’elle avait perdu sa famille, elle avait été contrainte de grandir. John lui avait très tôt fait comprendre qu’il ne la gardait pas avec lui de gaieté de coeur, et même si elle avait espéré au fil du temps qu’il ne la considérait plus que comme un boulet un peu trop encombrant, elle ne s’était jamais fait d’illusion : il n’était pas sa famille, il était là pour lui apprendre à se défendre, non pour lui apporter l’affection et le réconfort dont elle avait besoin. Alors, elle avait dû apprendre à s’en passer, à se blinder contre le monde froid et dur qui était devenu le sien. Alors, lorsqu’elle se trouva tout contre lui, elle éprouva un réconfort considérable : il était bon de se sentir de nouveau une enfant dont on prenait soin. Et puis, le contact faisait son effet : peu à peu, ses tremblements cessèrent et elle sentit même une douce chaleur l’envahir, malgré l’humidité et ses vêtements mouillés qui lui collaient à la peau. Elle ignorait si c’était ce contact ou la fatigue qui la poussa à soudainement l’interroger sur son passé familial. Depuis qu’ils se connaissaient, jamais il n’avait abordé le sujet, et même si elle lui avait promis de ne jamais lui poser trop de questions, elle n’avait pu s’en empêcher, tout comme elle ne put s’empêcher de réagir à sa réponse.

« Non ? Est-ce que... est-ce qu’ils sont morts, eux aussi ? »

Ou est-ce qu’il n’en avait jamais eus ? Elle ne s’était pas rendue compte avant aujourd’hui qu’elle était aussi curieuse à son sujet, ou alors elle n’avait tout simplement pas voulu l’admettre. Mais le fait est qu’ils vivaient ensemble, rien que l’un avec l’autre, depuis longtemps maintenant, et il était naturel qu’à un moment donné elle ait envie de mieux le connaître. Si elle avait pu choisir un compagnon de voyage, elle n’était pas certaine que ce choix se serait porté sur lui, mais la question ne s’était pas posée. En ce qui la concernait en tout cas, il était tout ce qu’elle avait au monde désormais, et malgré les relations houleuses qu’ils avaient pu avoir, elle ne pouvait s’empêcher de se raccrocher à lui comme à une bouée de sauvetage.

C’est alors qu’il posa la question qu’il aurait mieux valu éviter. Il y a six mois à peine, sa famille entière avait été massacrée par une horde de zombies, et elle avait du mal à ne pas être hantée par ces images, que ce soit de jour ou de nuit, où ses nuits étaient souvent peuplées de cauchemars. Son visage se ferma et elle faillit l’envoyer sur les roses, avant qu’il semble commencer à vouloir se rattraper, lui proposant d’une voix hésitante qu’elle ne lui connaissait pas de lui en parler ou pas. Comme s’il en avait envie ! Elle se doutait bien qu’il devait avoir mieux à faire qu’écouter les soi-disantes histoires qu’elle avait à raconter, elle le voyait parfaitement.

« T’inquiète, j’ai pas envie d’en parler. Laisse tomber, d’accord ? » dit-elle d’un ton froid en s’écartant de lui.

Elle n’était pas certaine de le pouvoir. Elle était de toute façon persuadée qu’il n’avait pas vraiment envie qu’elle se confie à lui. Voilà qu’elle revoyait les images de ses parents, ses frères et soeurs, les membres de sa famille, massacrés en ce qui était supposé être un jour de fête. Elle entendait leurs cris, et c’était sans doute ça le plus terrible. Elle tenta de ravaler les larmes qui lui montaient aux yeux et détourna la tête pour ne pas qu’il les voit. Puis, elle resserra ses genoux contre elle qu’elle entoura de ses bras. Le froid était revenu à l’instant où elle s’était éloignée de lui, mais elle n’avait pas envie qu’il la voit pleurer, et elle doutait qu’il la laisse faire. Elle n’avait pas vraiment eu l’occasion de se laisser aller au sujet de la mort de sa famille. Elle n’en avait pas eu le temps, et John lui avait clairement fait comprendre dès le début que si elle souhaitait rester avec lui, elle devait avant tout obéir. Certaines nuits, il lui était parfois arrivé de laisser échapper des larmes silencieuses, mais jamais en plein jour, jamais devant lui. Jusqu’à aujourd’hui.
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MessageSujet: Re: Wind of Changeˮ × John&Téo   Mer 15 Jan - 15:36




Non, pas de famille, c’est aussi simple que ça. Pourtant, à cette réponse qui selon moi n’appelait aucune suite au sujet, Téo en rajoute :
« Non ? Est-ce que... est-ce qu’ils sont morts, eux aussi ? »
Je serre les dents, ma main se crispant malgré moi sur son épaule alors que je m’efforce de tirer un rideau sur les images qui viennent se bousculer dans mon esprit : des visages, des silhouettes, flous, se débattant comme pour reprendre forme. Je secoue la tête.
« Non. J’ai personne, c’est tout. »
Personne, sauf elle. Je déglutis, comprenant que j’étais à deux doigts de formuler cette pensée subite et incongrue à haute voix. Tirant un autre rideau sur cette idée à la mords moi le nœud, j’enchaîne en m’enquérant sur la famille de Téo, bien décidé à éloigner la conversation de ma propre pomme, et me rendant compte trop tard que je viens de sauter dans le plat à pieds joints. Le résultat ne se fait pas attendre : Téo se braque, s’éloigne, en m’envoyant subtilement bouler, me faisant savoir qu’elle a bien compris que je ne voulais pas qu’elle me fasse chier avec ses histoires.
« On en parle pas, alors… » marmonné-je dans ma barbe en haussant les épaules.
Le silence retombe. Voilà, ça c’est fait. Mais je reste mi figue, mi raisin en contemplant absentement la toile moisie qui danse au gré des courants d’air devant mes yeux. Éviter la conversation, les effusions et autres conneries sentimentales, n’était-ce pas ce que je voulais ? Effectivement, je ressens un certain soulagement à l’idée d’éviter une telle scène, mais la froideur qui s’est de nouveau installée entre Téo et moi me laisse un arrière-goût désagréablement amer au fond de la gorge. Encore une fois, je risque un coup d’œil vers Téo qui s’est légèrement détournée, son visage caché derrière ses longs cheveux encore humides. Je vais tourner la tête pour continuer à fixer le vide devant moi lorsque je crois voir ses épaules se soulever légèrement. Fronçant les sourcils, je continue à l’observer et après avoir remarqué ce mouvement encore deux ou trois fois, ma gorge se serre. Bordel, voilà qu’elle pleure… Au fond de moi, j’ai le réflexe d’être agacé et j’entends au loin une petite voix me dire de lui en coller une pour l’aider à se reprendre tout en lui beuglant que ce n’est pas en chialant qu’elle arrivera à quoique ce soit. Pourtant, ce n’est que d’une légèrement pression sur l’épaule que j’attire son attention :
« Hey. »
Elle peut bien refuser de me regarder, de se détourner pour cacher son visage en pleurs, je n’en démordrai pas.
« Regarde-moi. »
Ma voix est posée, détachée, avec juste ce qu’il faut de fermeté pour qu’elle finisse par se décider. Après quelques secondes où je la fixe en silence dans les yeux, je reprends :
« N’y pense pas. Arrête d’y penser, ça ne sert à rien. »
Cette fois, toute autorité s’est envolée. Reste le détachement, cette impression de parler de la pluie et du beau temps. Pourtant si l’on tend l’oreille, l’on peut percevoir ce soupçon de gravité qui sied au ton de la confidence.
« Dis-toi que tu n’as personne… Que tu n’as jamais eu personne. T’es quelqu’un d’autre, aujourd’hui. La vie d’avant, c’est la vie de quelqu’un d’autre, quelqu’un que tu as connu, mais qui n’est plus là aujourd’hui. Ou peut-être n’est-ce qu’une histoire que tu as lue quelque part… »
Je m’interromps, tourne la tête pour regarder droit devant moi.
« Oublie. Tourne la page. C’est plus facile comme ça. Crois-moi. »
Le silence, encore. À nouveau, je l’observe du coin de l’œil.
On n'a personne. On n'a jamais personne. C’est un luxe qu’on ne peut pas se permettre, si l’on veut survivre. Pourtant, elle est là, moi aussi. Survivants, tous les deux, et ce n’est pas demain la veille du jour où je laisserai — ou nous laisserons — la faucheuse faire son inévitable job.
Un petit sourire ses dessine sur mes lèvres. Je me balance un coup de côté pour la bousculer doucement de mon épaule contre la sienne, attirant son attention. Nos regards se croisent à nouveau et mon sourire s’élargit.
« T’es une guerrière, baby girl. »





✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤



soldier of fortune

Many times I've been a traveller, I looked for something new. Now I feel I'm growing older. And the songs that I have sung echo in the distance like the sound of a windmill goin' 'round. I guess I'll always be a soldier of fortune.



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