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 Sortez couverts !ˮ × Hazel&Yuli

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MessageSujet: Sortez couverts !ˮ × Hazel&Yuli   Lun 17 Aoû - 21:33


     
Janvier 2003


New-York, et ses nuits sans sommeil. Emmitouflé dans un peignoir si sale et usé qu’on ne pouvait plus en discerner la couleur, un homme barbu, aux cheveux longs et emmêlés, et répondant au nom de Spa-Robes, traînait des savates dans la fine couche de neige qui recouvrait les allées, presque vierges en cette heure tardive, de Central Park. Dans un grelottement, il s’arrêta et tira une longue bouffée sur son cigarillo puis, dressant son visage vers le ciel qui reflétait les lumières orangées de la ville, expira un mince filet de fumée entre ses lèvres écaillées par le froid. Soudain, ses yeux s’écarquillèrent. Spa-Robes frotta puis plissa ses paupières en mettant sa main en visière, le regard rivé en direction de l’un des plus  hauts balcons du Ritz Carlton sur lequel, il en était intimement persuadé, il venait de voir s’agiter, l’espace de deux ou trois secondes où la lumière s’était faite, une pomme géante, rose, pourvue de deux jambes et deux bras. Le vieux mais digne clochard cligna rapidement des yeux, puis haussa les épaules, se racla la gorge, planta un mollard bien gras dans la neige et se recala le cigarillo entre les dents avant de reprendre sa marche en grommelant :
« Faut qu’j’arrête le LSD ! »

 
Au même instant, sur le balcon de la suite deluxe du vingt-deuxième étage du Ritz Carlton, Yuli Zolnerowich, dans le plus simple appareil, se pelait le cul. Ses traits déformés par le désespoir, il tapait vigoureusement des paumes contre la porte vitrée, rendue opaque par l’obscurité qui régnait dans sa chambre.
« Ashley ? Ashley ! Ouvre-moi, je t’en supplie ! »
De l’autre côté du verre, Ashley dressa fièrement son majeur et le lui colla sous le nez. Yuli loucha, se pétrifiant.
« Ashley, je suis désolé ! »
Le doigt disparu dans le noir. Yuli déglutit.
« Ashley… Ash ?! »
Le jeune russe, reprenant ses percussions, se plaqua de tout son corps contre la vitre glacée et serra les dents en frissonnant. L’horreur lui teinta les prunelles alors qu’un filet de lumière filtrait dans la chambre et que la silhouette d’Ashley disparaissait dans le couloir. Le temps que le claquement de la porte parvienne aux oreilles de Yuli, le noir total était de nouveau retombé.
« Non… Non non NON ! ASHLEY !!! »
Silence. Les paumes et le visage rouges, Yuli déglutit, et baissa les bras. Couvrant sa modestie dans ses mains, il se retourna lentement pour regarder autour de lui. Une petite table en fonte, encadrée de deux chaises, lui insuffla une solution qu’il refoula immédiatement, non pas par sa nature criminelle mais bien parce qu’il se savait incapable de soulever un tel poids à la seule force de ses bras de crevette. Mettant un pied dans la neige, Yuli laissa échapper un gémissement contrit, et s’aventura à petits pas le long de la haie de buissons qui délimitait son balcon de celui d’à côté. Une trainée de lumière s’émanant de la porte fenêtre entrouverte alluma en lui une lueur d’espoir. Il se pencha légèrement en avant, toussota et appela d’une petite voix, plus aigüe qu’à son habitude :
« Hello ? Excusez-moi, il y a quelqu’un ? »
Pas de réponse. Yuli retenta sa chance une ou deux fois avant de capituler dans une plainte de chien blessé. Exposant à contrecœur ses bijoux de famille à la bise hivernale, il s’appuya sur les buissons et se courba par-dessus, essayant d’avoir un aperçu de l’intérieur de la chambre. Personne. Dans un renfoncement du balcon, en revanche, il avisa une plante en pot, au feuillage touffu. Le jeune russe se passa le bout de la langue sur la lèvre inférieure, la mordilla et la relâcha dans un petit bruit de succion. Poussant un soupir résigné, il prit son appui sur le rebord du muret de ciment qui abritait les racines des buissons, fléchit les genoux, et s’apprêtait à s’élancer de l’autre côté lorsque le cri d’une mouette manifestement insomniaque le fit sursauter, et perdre l’équilibre. Yuli, passant cul par-dessus tête, roula et atterrit sur le balcon voisin dans un bruit mat. Les yeux dans le vide, il s’octroya une fraction de seconde pour essayer de mesurer le degré de gravité entre le fait qu’il se retrouvât les fesses en l’air, tel un bébé faisant sa sieste, au sommet du Ritz, et celui que la neige fût en train de lui congeler dangereusement le service trois pièces. Il bondit sur ses pieds et, sans prendre le temps d’épousseter les flocons qui s’étaient logés dans ses cheveux, fondit sur la plante qu’il enlaça contre lui. D’un pas de canard, se déplaçant précautionneusement avec son bouclier de pudeur improvisé, il s’approcha de l'entrée et regarda à l’intérieur. Immobilité totale. Sur un fauteuil, tout près de la fenêtre, trônaient quelques vêtements négligemment disposés. Et, directement face à lui, la sortie.
Du bout des doigts, Yuli poussa la porte. Il pouvait désormais entendre un bruit d’eau courante, ainsi que la voix légèrement étouffée d’une femme qui chantait gaiment, sans doute sous sa douche. Crispant ses doigts sur les feuilles, Yuli réprima un frisson qui n’avait qu’à moitié à voir avec le climat hivernal. Il prit une grande inspiration, lâcha la plante et se faufila à l’intérieur, fonçant immédiatement vers le fauteuil sur lequel il se pencha. D’une main fébrile, il frôla les étoffes du bout des doigts et retint tout juste un couinement en dévoilant la dentelle d’une petite culotte. Aussi rouge que le passé de sa nation, il l’écarta rapidement et découvrit enfin un vêtement qui semblait être d’une ampleur suffisante pour couvrir son corps : une robe de chambre en satin mauve. Yuli crispa ses lèvres dans une moue confuse. Il déglutit, hésitant, et jeta un rapide coup d’œil vers le lit, espérant y trouver plus dignes atours. Coquetterie fatale, car plongé dans sa réflexion, Yuli n’entendit ni la note finale du chant de la sirène, ni celui des dernières gouttes d’eau qui heurtaient le carrelage de la salle de bain, dont la porte s’ouvrit à la volée dans son dos.
     

     

✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤ ✤



Dance me to your beauty
with a burning violin

Dance me through the panic 'til I'm gathered safely in. Lift me like an olive branch and be my homeward dove. Dance me to the end of love. Oh let me see your beauty when the witnesses are gone, let me feel you moving like they do in Babylon. Show me slowly what I only know the limits of, dance me to the end of love.



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MessageSujet: Re: Sortez couverts !ˮ × Hazel&Yuli   Mer 19 Aoû - 21:39

Trente ans, riche, déjà célèbre, voilà comment Hazel aimait à se résumer, en ce moment. Preuve en était qu’elle venait de récupérer sa carte magnétique à la réception de l’hôtel le plus cher de New York et que ses bagages l’avaient précédée dans sa chambre via un porteur à qui elle avait laissé cinquante dollars de pourboire sans même sourciller. Elle aimait ça. Elle avait toujours aimé ça, un peu trop dans sa jeunesse, jusqu’à l’excès, et elle avait aussi détesté ça en la personne de sa famille et de ce qu’elle lui avait imposé. Elle s’était détachée de cette vie en rencontrant son mari, plus encore en décidant de le suivre à travers le monde de base militaire en base militaire, mais n’empêche : elle restait riche, elle ne pouvait rien y faire. La plus bourge de chaque base, invitée avec son mari chez tous les colonels et les commandants, la maison la plus grosse, la voiture la plus belle, et le chauffeur, toujours, mis à sa disposition. Et quand elle voyageait, comme aujourd’hui, c’était toujours le Hilton ou le Ritz. Et elle aimait ça. Voilà qu’elle était enfin seule, sans son homme, sans son fils, dans une suite royale avec un minibar rempli jusqu’à la gorge de petites bouteilles d’alcool. Que demander de plus ? Elle ouvrit la fenêtre pour admirer la vue, magnifique. Il faisait froid, mais l’air lui fit du bien. Au vingt-deuxième étage, pas de vis-à-vis : elle se déshabilla, alla ouvrir le minibar en sous-vêtements en satin et descendit deux mignonnettes de whisky avant d’ouvrir sa valise. Pour commencer, une douche. Ensuite, elle appellerait Joshua et Lyam, histoire de vérifier comment ces deux-là cohabitaient, et une fois qu’elle aurait rempli ses devoirs de mère, elle appellerait la réception et se ferait monter un plateau repas avec champagne. Elle déposa des habits propres sur le fauteuil, avec sa robe de chambre, puis s’enferma dans la salle de bains, alluma les robinets de la douche à jets à fond, laissant la vapeur d’eau la débarrasser de la fatigue du voyage.

Deux minutes plus tard, elle chantait You’re the one that I want en une imitation parfaite de John Travolta, sous la douche, chorégraphie comprise. Ouh, ouh, ouh ! Quel plaisir de pouvoir rester des plombes sous la douche sans se préoccuper de l’eau chaude qu’il fallait économiser – ou même l’eau tout court. Sa petite famille était présentement basée sur une base allemande, mais juste avant, il avaient passé six mois à Djibouti, et si Hazel aimait l’aventure depuis qu’elle avait dit adieu à ses parents, elle n’allait pas se mentir : elle était aussi faite pour cette vie-là. Elle finit par éteindre le jet d’eau et attrapa une énorme serviette-éponge, frottant ses cheveux avec et sortant de la salle de bains ainsi, en tenue d’Eve encore ruisselante. Et là, le choc.

Un type.

À poil.

Faisait des saloperies à sa robe de chambre.

Il lui tournait le dos, le cul encore à l’air à travers le tissu, mais il se retourna en même temps qu’elle se figeait, oubliant qu’elle n’était pas plus habillée que lui, mais elle était chez elle, elle, et pas lui ! Un tas de pensées lui traversa l’esprit, qui ressemblaient toutes à des scénarios de NCIS ou Les Experts, et après tout, évidemment qu’elle allait se retrouver égorgée par terre dans sa chambre d’hôtel. Elle avait le profil typique de la victime de meurtre qui ouvre chaque épisode de toutes les séries télés actuelles. Elle était jeune, riche, connue ET À POIL.

Une seule seconde s’était écoulée. Il la fixait, elle le fixait, le silence était palpable. Et autre chose aurait pu être palpable. Plein de trucs, en fait, mais Hazel, dans un même mouvement, se saisit du premier objet à sa portée – un vase vide contenant un bouquet de roses fraîches – et baissa les yeux sur l’entrejambe de l’assassin. En même temps que des images de boa (d’éléphant, de bras de nageur de crawl professionnel, de tronc d’arbre, de grue de chantier) lui traversaient l’esprit, elle abattit le vase sur le crâne du type en poussant un hurlement sauvage.

À son grand dépit, le vase ne se brisa pas, mais le bruit qu’il fit en heurtant sa cible fut sourd à souhait. Elle pensa enfin à s’enrouler dans sa serviette – mourir, okay, mais ne pas mourir à poil, donc – et chercha des yeux un autre objet contondant. Elle chopa la télécommande et la lança sur le type, qui essayait de parler, désormais, mais elle n’écoutait pas. Elle trouva un classeur où étaient listés tous les services de l’hôtel et le lança aussi, puis ce fut le tour de son sac à mains qui passait par là, puis la box télé, puis… plus rien ! Sans cesser de hurler, elle se dirigea vers les munitions les plus proches : les bouteilles du minibar. Elle s’empara d’une bouteille de vin rosé et fit mine de la jeter, mais s’arrêta au dernier moment. Non, elle ne pouvait pas. Elle préférait encore boire cette bouteille cul sec et se laisser trucider. Hoquetante, mouillée, le visage trempée de larmes amères, elle ouvrit la bouteille et porta le goulot à ses lèvres avant de pointer le doigt sur le tueur.

« Mon mari vous retrouvera où que vous alliez. Vous paierez pour votre crime ! »

Elle posait les yeux sur son visage pour la première fois – et du coup, il était un peu abîmé, à cause d’elle.
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